Devant la Cour d’appel de Bordeaux, lors d’une manifestation de la journée du 8 mars (SC/Rue89 Bordeaux)
Si le Planning familial de la Gironde a obtenu le maintien de la subvention de l’Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine, celle-ci compte aussi cesser de financer le Centre Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) et le Cacis. Les trois associations féministes font front commun, avant de rencontrer ce vendredi 10 juillet la préfète et l’ARS.
Mi-juin, l’Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine a décidé de supprimer l’intégralité de sa subvention au Planning familial de la Gironde, soit 160 000 euros, un tiers de son budget annuel. Quatre postes sur sept étaient menacés, et avec eux la survie d’une association présente depuis plus de soixante ans sur le terrain de la santé sexuelle et de la lutte contre les violences.
Suite à une forte mobilisation, et après une déclaration de la ministre Aurore Bergé, en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes, l’ARS a fait marche arrière. Le financement 2026 pour la Planning familial est maintenu, mais la bataille est loin d’être gagnée.
La décision ne rassure qu’à moitié la présidente du Planning familial Gironde, Annie Carraretto. Épuisée par des semaines de mobilisation pour la survie de son association, reconnue d’utilité publique, elle refuse d’envisager devoir « se remettre dans une telle situation en 2027 ».
L’incertitude plane déjà sur 2027
Selon la présidente, l’ARS « maintient que ce ne sera plus à elle de financer l’association » l’an prochain. L’enjeu n’est plus seulement de sauver l’exercice en cours, mais d’obtenir une visibilité et « des engagements pour les années à venir », insiste-t-elle :
« Les autres Plannings familiaux de la région n’ont, à ce jour, toujours pas de réponse sur leurs subventions. Nous on l’a eu parce qu’on a demandé le rendez-vous ».
Morgane Raguenet-Pré, coordinatrice de la Fédération Régionale CIDFF Nouvelle-Aquitaine (Centre Information sur les Droits des Femmes et des Familles) affirme que sa structure est très touchée :
« Nous n’avons jamais connu une si brutale baisse des financements, pas que de l’ARS mais aussi des collectivités territoriales ».
L’association, agréée d’intérêt général, favorise l’autonomie sociale, professionnelle et personnelle des femmes avec une aide juridique et un point d’écoute psychologique. Elle est particulièrement sollicitée par les victimes de violences intrafamiliales, « dont le nombre a encore augmenté de 2,5% au premier semestre 2026, selon le parquet de Bordeaux », indique Bernadette Bonnac-Hude, présidente du CIDFF de la Gironde.
« Les pouvoirs publics veulent abandonner la prévention »
Pourtant, la fédération régionale devra composer l’an prochain avec la suppression pure et simple du financement de l’ARS, soit 195 000€ par an, presque un tiers de son budget. « Cela entraînera peut-être le licenciement de 22 professionnels, soit 2 ou 3 par département, alors qu’en Gironde, notre activité a augmenté de 21 % entre 2020 et 2025, », estime Bernadette Bonnac-Hude.
« On reçoit un nombre considérable de femmes, et sans délai d’attente. Il leur faut parfois un an pour avoir une prise en charge ailleurs, et les Maisons santé/femmes que veut multiplier l’Etat ne sont pas opérationnelles et ne couvrent pas tout le territoire. Les pouvoirs publics veulent abandonner la prévention, quand la justice nous dit lors des réunions que sans les associations de prévention, on ne s’en sortira pas. »
L’ARS indiquait dans un communiqué récent sur le Planning familial que ses financements pour les CIDFF avaient progressé de 67 % entre 2023 et 2025, passant de 117 00 à 195 000€. Interrogé par Rue89 Bordeaux, l’agence s’est refusée à commenter l’hypothèse d’une fin de sa subvention l’année prochaine.
Aides sucrées pour le Cacis
Elle n’a pas voulu non plus confirmer les affirmations du Cacis (centre accueil consultation sexualité), selon laquelle, l’ARS n’aurait pas reconduit en 2026 son financement, malgré les promesses faites à l’association. Dans le cadre d’une convention sur la période 2021-2025, cette subvention représentait 106 000€ par an pour cette structure qui gère notamment la Maison d’Ella, à Bordeaux.
Cela représente 20% des subventions et 10% du budget de cette structure de 15 salariés, engagée sur des actions de prévention en santé sexuelle. Or le Cacis comptait sur les fonds de l’ARS pour financer ses activités menées depuis le début de l’année.
« Aussi, on a déjà réduit le nombre de vacataires alors que les besoins augmentent, comme on le voit à l’augmentation des délais de prise en charge de victimes de violences sexuelles à la Maison d’Ella, qui sont désormais de 9 à 10 mois », déplore la directrice Elise Sevenet.
Une réunion organisée avec les financeurs
Cette convention permettait au Cacis d’intervenir « auprès des publics les plus précaires, dans les squats, les aires d’accueil des gens du voyage, en milieu carcéral ou dans des établissements médico-sociaux ». Elle a contribué à aider 5000 jeunes, « avec une focus sur les décrocheurs scolaires ou les personnes suivies par la protection judiciaire de la jeunesse ou l’aide sociale à l’enfance ».
« Cela permet à des publics qui ne viennent pas spontanément dans les structures de santé d’accéder à la contraception et à l’IVG ou au dépistage des maladies sexuellement transmissibles », résume Elise Sevenet.
Selon elle, pour ne pas « avoir à faire des conférences de presse tous les ans en juillet pour avoir des financements qu’on touchera peut-être en octobre », le Planning familial, le CIDFF et le Cacis demandent de concert des engagements pluriannuels des pouvoirs publics.
C’est le message que les trois associations porteront ce vendredi 10 juillet, lors d’une réunion avec la préfète, Sophie Brocas et l’ARS.
