Publié le 23 novembre 2025

5 min

L’assassin de Mélina, auteur du quatrième féminicide de l’année en Gironde, est en détention

#Libertés #Genres

Un homme de 60 ans a été mis en examen et placé en détention pour homicide par conjoint après avoir lui-même appelé la gendarmerie pour déclarer qu’il venait de tuer sa compagne. Ce féminicide survenu à Saint-Ciers-d’Abzac, le quatrième de l’année en Gironde alerte les autorités et associations sur l’ampleur des violences intrafamiliales et le silence qui les entoure.

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Collage féministe (cc/Wikipedia/Lewisiscrazy)

Un homme de 60 ans a été mis en examen et placé en détention pour homicide par conjoint après avoir lui-même appelé la gendarmerie pour déclarer qu’il venait de tuer sa compagne. Ce féminicide survenu à Saint-Ciers-d’Abzac, le quatrième de l’année en Gironde alerte les autorités et associations sur l’ampleur des violences intrafamiliales et le silence qui les entoure.

À quelques jours du 25 novembre, journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, le procureur de la République de Bordeaux, Renaud Gaudeul, a tenu un point presse pour évoquer un nouveau féminicide en Gironde. Un exercice « pas très simple » qui émeut visiblement le magistrat : « Je vais essayer d’être factuel et neutre, mais ce n’est pas de la froideur. »

Selon les associations de lutte contre les violences conjugales et intrafamiliales, citées par le procureur, il est important d’évoquer ces drames. Après chaque relais par la presse, celles-ci constatent en effet « une augmentation vertigineuse » du nombre d’appels et de victimes qui se présentent.

Les faits de ce dernier féminicide, le quatrième en Gironde de l’année 2025, se sont déroulés le 20 novembre à Saint-Ciers-d’Abzac. A 14h20, un homme a appelé la gendarmerie nationale pour indiquer qu’il venait de tuer sa compagne. Sur place, les policiers ont constaté que la victime était décédée. L’individu, toujours présent dans l’habitation, s’est immédiatement rendu, et a été interpellé.

« Élément déclencheur »

En attendant l’autopsie ce lundi, les premières constatations font état de traces de coups, dont un nez cassé, des marques sur la pommette gauche et le front, ainsi que deux plaies par arme blanche au niveau du cou, dont il reste à déterminer s’il s’agit d’ « un ou deux coups ». Des traces de strangulation et des lésions de défense sur les mains et avant-bras ont également été relevées.

Selon ses déclarations, l’homme, âgé de 60 ans – qui vivait en concubinage depuis une quinzaine d’années avec la victime, âgée de 45 ans – dit avoir été affecté par la volonté récente de sa compagne de mettre fin à leur relation, y compris pour des motifs financiers. Il évoque un « élément déclencheur » : une remarque reçue qu’il a jugée désobligeante et son repos dérangé par un aspirateur bruyant.

Il affirme s’être alors muni d’un fusil de chasse détenu – mais pas déclaré –, être allé dans la cuisine où se trouvait la victime, et avoir « brandi le fusil pour la menacer sans volonté de s’en servir ». Il déclare que sa compagne se serait précipitée « pour s’enfuir », avec un couteau à la main. Il évoque un corps à corps, une blessure à la main en s’emparant du couteau, puis des violences, des coups de couteau et une strangulation avec un câble électrique.

Il faut « briser le silence » insiste le procureur de la République de Bordeaux, Renaud Gaudeul Photo : WS/Rue89 Bordeaux

Déjà condamné en 2007

Après les faits, l’homme a lavé le couteau, rangé le fusil et préparé ses vêtements avant d’appeler la gendarmerie, « sachant qu’il n’allait pas recouvrer la liberté ». Il a reconnu être l’auteur des violences ayant entraîné la mort de sa conjointe. À l’issue de sa garde à vue, il a été présenté au parquet puis au magistrat instructeur, et mis en examen pour homicide par conjoint, un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Il a été placé en détention provisoire.

Selon les premiers éléments, aucune plainte n’avait jamais été déposée par la victime et la gendarmerie n’était jamais intervenue auparavant à son domicile. Les premiers témoins entendus, « très peu de personnes », ne décrivent pas de violences antérieures.

Toutefois l’homme, né à Bordeaux, commercial en rénovation de l’habitat, compte sept condamnations entre 2002 et 2011, essentiellement liées aux stupéfiants, dont un fait de violence au sein du couple datant de 2007, pour lequel il avait été condamné à un an d’emprisonnement, dont huit mois avec sursis et mise à l’épreuve. Il avait deux enfants d’une première relation.

La victime, prénommée Mélina, avait une fille de 17 ans issue d’une précédente union, et un garçon de 12 ans avec l’auteur présumé. Les deux enfants ont été immédiatement pris en charge dans le cadre d’un placement d’urgence.

« Briser le silence »

Selon le décompte de BFMTV, quatre féminicides ont été commis ce même jeudi 20 novembre : outre celui en Gironde, le Doubs, les Ardennes et le Gard. Ce qui a déclenché une vague de manifestations contre les violences conjugales partout en France ce samedi. A Bordeaux, les manifestants étaient au total 1 300 sur deux rassemblements à Bordeaux et à Libourne, selon la préfecture citée par Le Monde.

A Bordeaux, l’AG féministe de Gironde et le Planning familial ont dénoncé l’ampleur persistante des violences sexistes et sexuelles : un féminicide tous les trois jours, 220 000 victimes de violences conjugales par an, un viol toutes les 2,5 minutes, trois enfants par classe victimes d’inceste. Elles fustige également l’impact de l’austérité sur les structures d’accueil, la prévention et les services publics.

Le procureur de la République de Bordeaux rappelle que sur les quatre féminicides recensés cette année en Gironde, aucun n’impliquait des victimes ayant préalablement déposé plainte ou sollicité une association. Il insiste sur la nécessité de « briser le silence », soulignant qu’en Gironde, une victime de violences sur quatre seulement se rend dans un service de police ou de gendarmerie, contre une sur dix il y a dix ans.

Par Walid Salem

Publié le 23 novembre 2025

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