Gabriel Cardoen lors d’une manifestation pro-palestinienne en juin 2025.
Gabriel Cardoen, un militant pro-palestine de Strasbourg, a été perquisitionné à son domicile à la suite d’une plainte du Crif Alsace d’octobre 2025, visant des posts de 2023 sur les réseaux sociaux.
Lundi 1er juin vers 7h, alors qu’il prenait son café, Gabriel Cardoen entend à sa porte d’entrée « Police, ouvrez ! » Le « militant communiste révolutionnaire » comme il se définit lui-même est menotté et mis à l’écart dans une pièce de son appartement strasbourgeois alors que les policiers procèdent à une perquisition. Ils agissent dans le cadre d’une plainte du Crif Alsace (Conseil représentatif des institutions juives de France) pour « apologie du terrorisme » déposée en octobre 2025 qui vise trois posts de Gabriel Cardoen sur Facebook. Une information confirmée par la présidente du Crif Alsace, Sophie Cohen-Elbaz.
« J’avais critiqué l’attitude du Crif Alsace quand notre appartement avait été la cible de tags », se souvient Gabriel Cardoen :
« Suite à ça, ils sont allés voir dans mon historique et ils ont porté plainte pour une publication du 7 octobre 2023, il s’agissait d’un tableau d’une artiste présentant un bulldozer palestinien franchissant des grilles, une autre du lendemain où j’ai écrit “gloire aux combattants de la liberté” et une du 19 novembre avec cinq individus masqués de cinq mouvements armés palestiniens. Je crois à l’autodétermination des peuples, je ne me prononce pas sur les méthodes utilisées par ces peuples même si je condamne le terrorisme. Je ne soutiens pas non plus le Hamas, qui est un mouvement religieux d’extrême droite. Le Crif Alsace ne m’a pas accusé d’antisémitisme, ça n’aurait pas tenu longtemps puisque je suis juif… »
La bibliothèque passée au crible
Après quelques instants tendus, « compréhensibles puisqu’ils étaient appelés pour quelqu’un soupçonné de terrorisme », dit Gabriel Cardoen, les huit policiers se sont surtout intéressés à sa bibliothèque, dont toute une étagère est consacrée à la lutte contre le fascisme. Ils ont sorti plusieurs livres pour les prendre en photo et les joindre à la procédure. Après une demi-heure, Gabriel Cardoen a été placé en garde à vue et auditionné à l’hôtel de police.
« Je leur ai laissé libre accès à mon téléphone et à mon ordinateur », indique le militant en précisant qu’il s’agissait d’une concession à condition que les policiers fouillent en sa présence :
« Je suis pour une action militante et engagée mais je ne fais jamais rien d’illégal, donc j’étais tranquille. Ils ont regardé Signal et Telegram, des messageries que je n’utilise pas, mes requêtes Chat-GPT mais bizarrement pas mes courriels. »
Gabriel Cardoen devra répondre d’apologie du terrorisme devant le tribunal de Strasbourg le lundi 19 octobre. Sur le réseau social X, où le militant est très actif, il indique qu’il « compte bien défendre la liberté d’expression et d’opinion ainsi que le droit international ». Contactée, la présidente du Crif Alsace, Sophie Cohen-Elbaz, ne souhaite pas faire davantage de commentaires.