Publié le 24 juin 2026

5 min

Plan de départ à Ebra : le Progrès risque de perdre 15% de ses effectifs

#Actu

Lundi 22 juin, le groupe Ebra, propriétaire du Progrès, a annoncé un plan de départs. Le journal pourrait perdre 60 postes, en majorité des journalistes, alors qu’en parallèle, l’intelligence artificielle ferait sa grande entrée. Une perspective des plus inquiétantes, pour les syndicats.

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Suite au « plan de départs » annoncés, le Progrès ne compterait plus que deux éditions dans le Rhône.

Lundi 22 juin, le groupe Ebra, propriétaire du Progrès, a annoncé un plan de départs. Le journal pourrait perdre 60 postes, en majorité des journalistes, alors qu’en parallèle, l’intelligence artificielle ferait sa grande entrée. Une perspective des plus inquiétantes, pour les syndicats.

Plans sociaux après plans sociaux, les rédactions du Progrès comptent de moins en moins de journalistes. Lundi 22 juin, le groupe Ebra, possédé par le Crédit mutuel et propriétaire du journal lyonnais, a de nouveau annoncé un « plan de départs ». Il compte se séparer de 10% de ses effectifs à partir de 2027. Pour se justifier, Ebra met en avant un déficit de 10 millions d’euros en 2025 et la chute des ventes de ses journaux papier.

Le nouveau plan de départs concernerait environ 400 salarié·es de différents services sur toute la France. « Aucun départ ne sera contraint et chaque salarié volontaire bénéficiera d’un accompagnement personnalisé », écrit le groupe Ebra dans un communiqué. « C’est la seule bonne nouvelle », grince Jérôme Morin. Le représentant du personnel, membre du Syndicat national des journalistes (SNJ), a parcouru les 200 pages qui détaillent le plan de départ. Il a de quoi être inquiet.

Selon lui, le Progrès pourrait perdre 60 salariés, soit 15% des effectifs. « Cela concernerait 49 postes en rédaction, surtout de salariés chargés de l’édition, sur fond d’arrivée de l’intelligence artificielle », détaille Jérôme Morin.

Lundi soir, le syndicat a diffusé un tract interne auprès des équipes pour dénoncer un « plan social XXL ». Contacté, Xavier Antoyé, directeur du Progrès, du Journal de Saône-et-Loire et du Bien public, nous a renvoyés vers le communiqué publié par le groupe Ebra.

« Le Crédit mutuel abandonne l’information de proximité »

« Ce plan social nous pendait au nez, mais on avait l’espoir qu’il s’accompagne d’une ambition éditoriale forte pour embarquer les rédactions, regrette le syndiqué. Ce n’est pas le cas. C’est une énorme déception. » Pourtant, sur le papier, le groupe Ebra défend un « plan de repositionnement » pour se concentrer sur l’information locale et la vidéo.

« [Ce plan] vise à renforcer la place des enquêtes, reportages et grands formats, tout en proposant des contenus toujours plus proches des préoccupations quotidiennes des lecteurs », écrit Ebra. Une évolution notable par rapport à la stratégie « Digital first » déployée depuis 2018 et qui misait tout sur les articles web.

Pour mener sa nouvelle stratégie à bien, Ebra annonce la création de 68 postes à l’échelle nationale, « principalement dans des rédactions », selon le communiqué. « Ce ne seront pas des journalistes de terrain », déplore Jérôme Morin. Dans le tract diffusé par le SNJ, le syndicat évoque 21 créations de postes « pour créer un pôle news au desk central, chargé de rédiger des articles en continu sans aller sur le terrain ».

In fine, le département du Rhône ne devrait plus compter que deux éditions – Rhône Nord et Métropole de Lyon – sans fermeture de locales. « Est-ce qu’on aura encore les moyens de couvrir et diffuser dans les éditions papiers les conseils municipaux des petites communes ?, s’inquiète Jérôme Morin. On a l’impression que le Crédit mutuel abandonne l’information de proximité. » À l’heure actuelle, le quotidien est le seul à avoir les moyens de faire ce travail.

Le groupe Ebra poursuit son recours à l’intelligence artificielle

Pour compenser les suppressions de postes, le groupe Ebra a déjà annoncé miser sur des solutions technologiques pour accélérer les tâches d’édition. Ebra prévoit un projet de mise en page automatique, le MEPA, pour « automatiser une partie de la mise en page des éditions imprimées afin de réduire les tâches de fabrication des desks et de permettre aux journalistes de se concentrer sur la production de contenus. »

De même, les secrétaires de rédaction devront s’appuyer sur une « boîte à outils » créée par une intelligence artificielle pour leurs tâches d’édition. L’IA pourra notamment leur proposer des titres, des reformulations ou vérifier les fautes d’orthographe.

Cette stratégie tournée vers l’IA est expérimentée depuis 2023 dans les rédactions de l’Est Républicain en novembre 2023, puis à Vosges Matin et au Républicain Lorrain. « Ignorer l’IA en 2024 n’aurait pas de sens, l’accueillir à bras ouverts non plus », déclarait le groupe Ebra en novembre 2024, en lançant une expérimentation à blanc dans sa rédaction parisienne.

Mais, jusqu’ici, l’IA n’était pas encore entrée dans les rédactions du Progrès. Pour l’heure, les contours des outils qui seront mis en place restent « flous » pour Jérôme Morin. « On s’inquiète de la qualité de l’information à l’ère de l’IA générative, avec les biais et les erreurs possibles, explique le syndicaliste. On craint un accident industriel et de ne plus pouvoir être garants de nos contenus. »

Une première réunion est prévue entre les syndicats et le groupe Ebra, lundi 29 juin, avant que les négociations s’arrêtent pour l’été, sur une demande du syndicat. Le 18 juin, des journalistes du Progrès s’étaient mis en grève, répondant à un appel national face aux plans sociaux dans la profession.

Fin 2023, les journalistes du Bien Public, du Journal de Saône-et-Loire et du Progrès avaient aussi fait grève pour dénoncer des suppressions de poste et avaient signé une motion de défiance envers leur direction. Ils déploraient déjà l’absence de « projet éditorial concret ambitieux ».

Par Marie Allenou

Publié le 24 juin 2026

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