Publié le 07 novembre 2025

5 min

Elus locaux et candidats aux municipales victimes d’une vague de haine et de racisme en Gironde

#Actu

De Bordeaux à Ambarès-et-Lagrave, une vague de haine xénophobe déferle : insultes, menaces de mort, campagnes de dénigrement visent des élus ou candidats aux municipales. Nordine Guendez, Karfa Diallo et Nordine Raymond, ont récemment été victime de cette « libération » de la parole raciste.

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Du racisme débridé sur les réseaux sociaux (DR)

De Bordeaux à Ambarès-et-Lagrave, une vague de haine xénophobe déferle : insultes, menaces de mort, campagnes de dénigrement visent des élus ou candidats aux municipales. Nordine Guendez, Karfa Diallo et Nordine Raymond, ont récemment été victime de cette « libération » de la parole raciste.

« Nordine Raymond : cherchez l’erreur », « Je suis sûr que Raymond n’est pas son vrai nom de famille », « Nordine ? Un prénom local ? », « Nordine bébèque il va se prendre une belle Taulasse », « Dans la Garonne, c est sa place », « Ici c’est la France »…

Sur Facebook, sous la publication de Rue89 Bordeaux relayant l’article sur la candidature de Nordine Raymond à Bordeaux, les commentaires à caractère raciste se multiplient. Le candidat LFI aux municipales de 2026 fait face à une vague de haine décomplexée, visant notamment ses origines :

« Il y a plus de 2000 commentaires sous le tweet de Clémence Guetté [député LFI de la 2e circonscription de Val-de-Marne] qu’elle a fait après ma candidature à Bordeaux, explique Nordine Raymond à Rue89 Bordeaux. Il y a des propos racistes, des menaces de mort… tout comme en messages privés. »

Pas de « place de victime » pour Nordine Raymond

Nordine Raymond dit ne pas vouloir réagir pour l’instant, mais se réserve le droit de porter plainte.

« Je ne tiens pas à avoir une place de victime dans la campagne. Ce n’est pas super agréable et ce n’est pas trop l’image que je veux donner. En plus, je pense que ça ne va pas calmer le jeu. »

Le candidat insoumis a reçu personnellement de nombreux messages de soutien (Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, Thierry Trijoulet, maire de Mérignac…). D’autre part, de nombreuses réactions ont été communiquées par des communiqué de presse.

Le Groupe des élus socialistes de la Ville de Bordeaux écrit avoir « pris connaissance avec effarement de ce déferlement de messages visant à nuire, harceler le candidat de la France Insoumise sur les réseaux sociaux », et apporte « son plein soutien à Nordine Raymond et à son équipe qui doivent faire face à cette violence abjecte ».

SOS Racisme Gironde condamne « cette vague de haine raciste » et met en garde « tous ceux qui pensent se protéger sous le vernis du pseudonymat des réseaux, car ils sont sous le coup de la loi ». L’association « va regarder d’un œil attentif les auteurs de ces propos, et étudier la possibilité de recours légaux à leur encontre ».

« La violence des attaques » pour Karfa Diallo

Annoncée le 18 septembre 2025, la candidature de Karfa Diallo pour les élections municipales à Bordeaux a elle aussi été l’objet d’attaques racistes sur les réseaux sociaux. Moins d’un mois plus tard, le 10 octobre, le conseiller régional écologiste, a dû renoncer à sa candidature pour plusieurs raisons, parmi lesquelles les « déferlements de racisme » à son encontre.

Sous les publications évoquant sa démarche politique, les commentaires haineux, centrés sur ses origines, se sont multipliés.

« De la violence des attaques autour de mon combat pour la dignité au quartier la négresse de Biarritz aux déferlements de racisme sur les réseaux sociaux suite à cette déclaration de candidature, ces derniers mois, mes différents engagements ont été particulièrement exténuants », écrit l’ex-candidat.

Via les réseaux sociaux, le député écologiste de Bordeaux Nicolas Thierry a apporté son soutien à Nordine Raymond et Karfa Diallo, rappelant « que le racisme n’est pas une opinion mais un délit. La haine n’a pas sa place dans le débat public et politique ».

« C’est absolument immonde, et cela en dit très long sur l’époque que nous traversons. Quelles que soient nos différences ou les débats qui peuvent animer l’espace public – et la confrontation d’idées est normale dans une campagne – le racisme ne doit jamais avoir sa place. Quel que soit le positionnement politique de chacun et quoi que l’on pense des idées des uns ou des autres, on ne peut accepter la moindre ombre de racisme », déclare le parlementaire.

« Ralouf de merde » pour Nordine Guendez

Le 27 septembre dernier, c’est Nordine Guendez, maire socialiste d’Ambarès-et-Lagrave qui a reçu sur la boîte mail de la commune un message raciste et explicitement menaçant : « Salut toi ralouf de merde, je vais t’exploser la gueule », ou encore « va au diable sale musulman de merde ». L’élu a décidé de porter plainte, tout comme les deux agents municipaux visés par ce même message.

Selon le maire, cité par Le Figaro, ces attaques sont « le fruit de l’instrumentalisation de certains élus qui veulent se présenter aux prochaines municipales, et qui décrédibilise notre action tout en attisant la haine et en opposant les gens à notre projet autour du vivre-ensemble ».

Ces menaces interviennent dans un climat déjà tendu autour de deux projets de mosquée à Ambarès-et-Lagrave. En octobre 2024, la commune a été au centre d’une polémique : l’association Ibn Sina souhaitait construire un centre cultuel et culturel rue de Formont, tandis que le Centre Musulman de Bordeaux (CMB) prévoyait d’aménager une salle existante rue de la Commanderie des Templiers.

Refusant deux mosquées dans la même ville, le maire avait apporté son soutien au projet du CMB qui a obtenu un avis favorable de la commission de sécurité et une autorisation d’aménager l’ERP.

L’auteur du message a été identifié par les enquêteurs, placé en garde à vue, et doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Bordeaux le 26 novembre prochain.

Par Walid Salem

Publié le 07 novembre 2025

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