Nordine Raymond (à droite) et son avocat (MM/Rue89 Bordeaux)
Ancien candidat insoumis aux élections municipales à Bordeaux, Nordine Raymond porte plainte pour dénoncer la vague de harcèlement et de messages racistes qu’il a reçu durant la campagne. Un moyen, selon lui, de ne pas normaliser ces comportements et porter la question du racisme dans le débat public.
Nordine Raymond, ex-candidat LFI aux municipales à Bordeaux, a annoncé déposer plainte pour injures racistes, harcèlement, diffamation et menaces de mort, après avoir reçu près de « 10 000 messages racistes » via les réseaux sociaux durant la campagne des élections municipales.
« Une bonne tronche de salafiste », « Jean-Michel Couscous » : Durant plusieurs semaines des milliers de messages ont été diffusés, pour beaucoup des insultes à caractère raciste. « Pour monter le dossier, il a fallu se replonger dans des messages qui sont extrêmement blessants et déchirants », a confié ce mardi 16 juin lors d’une conférence de presse la tête de liste insoumise (9,36 % au premier tour).
Imposer la question du racisme dans le débat public
« Cette plainte est avant tout une démarche de principe », affirme son avocat maître Simon Takoudjou. « Renoncer à agir reviendrait à banaliser ces comportements et accepter leur installation durablement », poursuit-il. Pour Nordine Raymond, il s’agit moins de faire condamner les auteurs de ces propos que d’imposer la question du racisme dans le débat public.
« Le plus important, c’est la bataille culturelle que l’on est en train de mener contre le racisme. Il faut que les gens se rendent compte de ce qu’est une campagne de cyberharcèlement », revendique-t-il, assurant que la vague de haine et de racisme à l’encontre du nouveau maire (LFI) de Saint-Denis, Bally Bagayoko, l’a poussé de son côté à saisir la justice.
Une grande partie des messages ayant été publiés sous couvert d’anonymat, la plainte a été déposée contre X. Il reviendra donc au parquet de tenter d’identifier les personnes derrière les ordinateurs.
« Cette plainte est politique »
« On rentre dans une année décisive, certains sondages annoncent déjà l’extrême droite aux portes du pouvoir. Cette plainte est politique, parce que ces atteintes l’étaient aussi », affirme Nordine Raymond, qui, dans les messages et commentaires pris en capture d’écran, affirme avoir remarqué une récurrence : « Il y a souvent le logo bleu avec un « M » blanc à l’intérieur qui est la marque de ceux qui soutiennent Marine Le Pen. »
Les attaques ne sont pas restées au stade du cyberharcèlement puisque la permanence de campagne de la tête de liste LFI avait été dégradée après l’affaire Deranque. Face aux menaces, une sécurité rapprochée accompagnait constamment le candidat de 35 ans.
Pour faire taire les commentaires qui l’accusent d’être en quête d’enrichissement personnel, Nordine Raymond assure qu’il reversera l’intégralité des dédommagements potentiellement perçus à SOS Méditerranée : « Je trouve que c’est un pied-de-nez de reverser directement de la poche de personnes racistes à une association qui sauve des personnes en Méditerranées. »
Une plainte qui ne fait pas taire la haine
Les insultes racistes contre un homme politique se sont multipliées ces derniers mois en Gironde. Nordine Guendez (PS), maire sortant de d’Ambarès-et-Lagrave, avait aussi été victime d’un e-mail menaçant à caractère raciste, le 27 septembre dernier. Une personne avait été condamnée dans la foulée.
Alors que beaucoup de personnes « se disent que ce n’est pas la peine, que cela remet une pièce dans le juke-box », Nordine Guendez estime que « tout petit renoncement est déjà un renoncement de trop ». À 52 ans, l’ancien édile affirme avoir écopé lors de cet épisode de ses « premiers stigmates » :
« Franchement, je n’avais jamais ressenti cette discrimination avant. Là je me suis dis ça existe, c’est toléré et insidieux. »
Nordine Raymond confier avoir « pour la première fois de [sa] vie peur des fascistes », constatant depuis 2024 « un basculement politique ». Sa démarche en justice est en effet loin de stopper les menaces : les publications sur son compte X informant de sa plainte ont donné lieu à un déferlement de messages racistes : « T’as pas à moufter, t’es pas chez toi ici » ; « Qu’est-ce que tu veux que ça nous foute, mouloud ? » ; « Va faire ton cinéma avec tes blédards ».
