Publié le 23 juin 2026

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États-Unis-Israël : brouille ou tournant historique ?

#International

La grosse colère de J.D. Vance contre le gouvernement Netanyahou annonce-t-elle une réorientation stratégique profonde ?

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Donald Trump et Benyamin Netanyahou lors d’une conférence de presse conjointe à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025.

Comment interpréter le sermon adressé par J. D. Vance à Netanyahou et à ses ministres fascistes ? « Si j’étais le gouvernement israélien, peut-être que je n’attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète », s’est emporté le vice-président américain, avant de passer aux menaces à peine voilées : « Ces derniers mois, deux tiers des armes défensives utilisées par Israël ont été fabriquées par des mains américaines et payées par le contribuable américain (1). » Trump avait déjà averti Netanyahou : « Sans moi, Bibi, tu serais en prison ! » On ne saurait être plus clair. Et plus cynique. Car ce qui met en colère Vance et Trump, ce n’est évidemment pas le massacre de 73 000 Gazaouis, et pas même la promesse du ministre israélien Itamar Ben Gvir de « brûler le Liban », mais le fait que les bombes israéliennes menacent l’accord irano-américain.

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Israël peut encore compter sur le soutien français. Dernière hypocrisie en date, les multiples obstacles d’apparence technique pour entraver l’aide financière aux Palestiniens.

Jusqu’à quand Netanyahou peut-il défier celui qu’il a coutume de vénérer comme un dieu antique ?

Une seule chose obsède Donald Trump : ses élections à mi-mandat qui dépendent en partie des prix du carburant, et donc du rétablissement de la libre circulation des tankers dans le détroit d’Ormuz. Rien d’humain là-dedans, juste une question de pouvoir. Mais jusqu’où ira la colère de Trump ? Et jusqu’à quand Netanyahou peut-il défier celui qu’il a coutume de vénérer comme un dieu antique ? Le Premier ministre israélien est face à une équation délicate. Car une nouvelle trêve illusoire des bombardements sur le Liban risque de ne pas suffire. Les Iraniens ont en effet intégré à l’accord le retrait des troupes israéliennes du Sud-Liban.

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Or, on touche là au but de guerre principal et historique d’Israël, qui est la conquête territoriale en vue d’une occupation définitive. S’il se retire du Liban, Netanyahou provoque la colère de ses amis fascistes et d’une grande partie de sa population. C’est la défaite certaine pour ses élections législatives de l’automne. On risque donc d’assister dans les prochains jours à une abjecte partie de poker menteur dont l’enjeu sera le sort de milliers de Libanais et l’intégrité d’un pays. Peut-on croire que Trump mettra les menaces de Vance à exécution ? Ce serait rompre avec une longue tradition.

Continuer d’aider Israël dans ce contexte devient pour Trump une gageure.

L’Amérique et Israël, ce sont des histoires messianiques de colons qui, à quatre siècles de distance, ont été animés par le même esprit de conquête, souvent sans pitié pour les peuples autochtones. Et une histoire plus récente de sept décennies de soutien indéfectible à l’entreprise sioniste par les États-Unis. Mais « the times they are a-changin’ », comme le chantait Bob Dylan. Et il se passe dans la société américaine des mutations démographiques qui rendent plus difficile que jamais le soutien à Israël. En 2045, les Blancs, principalement Wasp (2), ne seront plus majoritaires. L’avènement de Trump est en partie la conséquence de cette grande peur. Il y a un jeu de miroirs entre ses amis du Ku Klux Klan et les suprémacistes juifs de Ben Gvir. Les uns exècrent les immigrés, les autres détestent les Palestiniens et les Arabes en général.

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White Anglo-saxon Protestant.

Une autre donnée peut agir sur le désamour avec Israël : la lente érosion des gens disant croire en Dieu. N’oublions jamais que la Bible est la matrice des deux pays. Et, pour achever de compliquer le tableau, il faut compter avec les antisémites de la droite républicaine, qui en ont assez du soutien inconditionnel à Israël. Au total, jamais l’opinion américaine n’a été aussi distanciée de l’État hébreu. Même le lobby juif américain est divisé devant la faillite démocratique d’Israël. Continuer d’aider Israël dans ce contexte devient pour Trump une gageure. Surtout si Netanyahou s’ingénie à lui torpiller son accord avec l’Iran. Car il y a une chose que le président américain déteste par-dessus tout, c’est « l’ingratitude ». Malgré ça, on peut douter qu’il aille jusqu’à sanctionner Israël sur l’économie et sur les ventes d’armes.

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Mais la mise en garde de Vance doit tout de même être prise au sérieux. Car Israël devrait aussi méditer un autre volet de l’accord irano-américain. Il y est question d’une nouvelle relation avec l’Iran. Les exportations de pétrole et de produits pétrochimiques ne sont plus restreintes, le blocus est levé, certains avoirs gelés sont débloqués, et un plan de reconstruction et de développement majeur de l’Iran pourrait être lancé. Bref, Trump va faire du business avec l’Iran. C’est, à première vue, une capitulation totale. Mais cela augure peut-être aussi une réorientation stratégique profonde de Washington. Tant pis pour la population iranienne. Et tant pis pour Israël qui n’a pas de pétrole.



Par Denis Sieffert

Publié le 23 juin 2026

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