Meeting électoral organisée par l’AfD à l’occasion des élections régionales de Saxe-Anhalt, à Magdebourg, dans l’est de l’Allemagne, le 6 septembre 2026.
Noire semaine pour les démocraties européennes. Si l’extrême droite gagne depuis des années du terrain dans nombre de pays européens en y accédant désormais au pouvoir, jamais elle n’avait encore remporté une victoire électorale nette en Allemagne. Le chancelier de droite Friedrich Merz s’est dit « profondément choqué » par l’issue du scrutin ce dimanche dans le Land de Saxe-Anhalt, parlant même d’un « séisme » pour tout le système politique allemand et qui ébranle son parti, la chrétienne-démocrate CDU.
Mais cette digue, si jamais digue il y eut, semble bien aujourd’hui rompue.
Arrivé largement en tête avec plus de 44 % des suffrages – la CDU perdant plus de la moitié de ses soutiens par rapport au précédent scrutin dans ce Land de l’ex-RDA qu’il gère depuis 2002 –, l’AfD a affirmé vouloir appliquer immédiatement son programme : chasse aux immigrés clandestins et expulsions immédiates, travaux d’intérêt général pour les demandeurs d’asile, mais aussi mise en place de classes distinctes pour les enfants réfugiés et surtout handicapés.
Une mesure qui ne peut que rappeler la politique des nazis envers les personnes en situation de handicap, qui furent les premiers déportés par le IIIe Reich. Cette victoire de ce parti xénophobe (ou anti-immigrés, comme disent pudiquement certains médias), mais aussi pro-Russie de Poutine, risque de permettre l’accession au pouvoir de l’extrême droite allemande pour la première fois depuis 1945.
Régimes autoritaires
Il lui reste néanmoins à s’allier avec d’autres formations, faute de majorité absolue. La CDU a d’ores et déjà exclu tout accord, même si les conservateurs de Merz ont parfois voté certaines mesures avec l’AfD dans d’autres Länder, y compris à l’ouest. Ce séisme ne peut que nous inquiéter, en particulier dans un pays comme l’Allemagne, dont l’histoire au XXe siècle a longtemps été considérée comme un rempart contre les succès de l’extrême droite. Mais cette digue, si jamais digue il y eut, semble bien aujourd’hui rompue.
Cela rappelle la progression des extrêmes droites espagnole et portugaise. Le souvenir encore frais des dictatures franquiste ou salazariste avait longtemps semblé empêcher leur possible succès. Mais désormais leurs partis – Vox en Espagne, Chega au Portugal – ont recueilli des scores conséquents, non sans déclarer leur admiration nostalgique pour ces régimes autoritaires disparus au mitan des années 1970.
L’extrême droite, dans des démonstrations de force souvent musclées, a rempli les rues et places de plusieurs villes espagnoles après la récente arrivée soudaine de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta au nord du Maroc, sans doute orchestrée par ce dernier en raison de ses différends avec Madrid (notamment sur le Sahara occidental). Des personnes supposées migrantes ont même été agressées en marge des cortèges. La question migratoire est toujours le ressort des mobilisations de ces fascistes du XXIe siècle, admirateurs des régimes autoritaires contemporains, de Tel-Aviv à Moscou.
La question migratoire est toujours le ressort des mobilisations de ces fascistes du XXIe siècle.
Ainsi, pour finir cette sombre semaine, notre nouveau « jet-setteur » nationaliste, Jordan Bardella, a délaissé la Côte d’Azur pour porter secours au non moins xénophobe Nigel Farage, et signer un hypothétique « accord » qui prévoirait le rapatriement en France de tous les exilés atteignant les côtes anglaises si les deux accédaient au pouvoir, Bardella s’engageant ensuite à leur expulsion immédiate.
Même si l’on sait bien que, faute d’une entente diplomatique avec les pays d’origine, l’application d’un tel accord serait très complexe. Et, ce samedi, plusieurs centaines de militants d’extrême droite, tous de noir vêtus, le visage pour la plupart masqué, ont bloqué le port de Douvres, scandant : « Arrêtez les bateaux ! » Voir les fascistes envahir ainsi la rue et les urnes ne peut faire que froid dans le dos. Car c’est toujours ainsi que les démocraties ont sombré.