Congrès du parti d’extrême droite AfD, à Giessen, le 29 novembre 2025. Le parti d’extrême droite allemand est ouvertement pro-Kremlin.
Voilà un enjeu de plus pour la présidentielle, et non des moindres : l’Ukraine. Le Rassemblement national a beau avoir déployé ses plus beaux atours pour se « relooker », on ne se refait pas. Le parti de Marine Le Pen a un vieux tropisme poutinien qui risque d’être très embarrassant dans les prochains mois. L’homme qui a remis une pièce dans la machine n’est autre que Louis Aliot, vice-président du parti d’extrême droite. Interrogé le 3 septembre sur BFMTV, il a déclaré sans ambages : « Tout le monde est à l’os, et on trouve de l’argent pour aller encore financer des armes pour défendre l’Ukraine. » Version renouvelée du « Mourir pour Dantzig ? » du futur fasciste Marcel Déat en mai 1939. Déat proposait alors, au nom du pacifisme, que l’on cède à Hitler cette « ville libre » enchâssée dans la Pologne ; Aliot abandonne l’Ukraine à Poutine au nom de la rigueur budgétaire.
Marine Le Pen a repris son antienne de “la grande conférence pour la paix”. Chef-d’œuvre d’hypocrisie, puisque Poutine refuse toute négociation.
Mais pourquoi cette sortie maintenant, alors que Marine Le Pen, qui n’en pense pas moins, se faisait plutôt discrète sur le sujet ? Le maire de Perpignan a-t-il voulu accentuer la fracture entre la candidate et Jordan Bardella qui s’est toujours déclaré en faveur de l’aide à l’Ukraine ? Le président du RN, en visite en Angleterre où il était l’hôte du leader d’extrême droite Nigel Farage, a cru bon de réagir, rappelant, non sans ambiguïté, que « la France continuera d’honorer ses engagements » mais que le pays « est ruiné et qu’il serait donc bien irresponsable de promettre de l’argent que nous n’avons pas ». À une petite nuance rhétorique près, on n’est pas loin de Louis Aliot. Contrainte de répondre elle aussi, Marine Le Pen a repris son antienne de « la grande conférence pour la paix ». Chef-d’œuvre d’hypocrisie, puisque Poutine refuse toute négociation, et n’admettrait de « conférence » que celle qui remettrait en cause les frontières de l’Ukraine.
L’hypocrisie était aussi du côté des émissaires américains qui sont allés à Moscou présenter à Poutine les « idées nouvelles » de Donald Trump, alors que Washington ne cesse d’affaiblir l’Ukraine en lui refusant toute aide depuis début 2025. C’était la huitième visite de Steve Witkoff au Kremlin, avant un premier détour par Kyiv, pour la forme. On imagine que les « idées nouvelles » de Trump ne sont pas très éloignées de celles de Poutine, qui reviennent à exiger de l’Ukraine un abandon d’une partie de son territoire, un engagement à ne jamais entrer dans l’Otan, et peut-être, avec d’autres mots, ce que le chef du Kremlin appelle une « dénazification ».
La guerre d’Ukraine est un enjeu pour toutes les extrêmes droites pour imposer au vieux continent des sociétés autoritaires, xénophobes et régressives.
Avec le retour de la question ukrainienne dans le discours du RN et la mission américaine en trompe-l’œil, on a la confirmation qu’il existe un axe Trump-Poutine-extrêmes droites européennes. Car Le Pen n’est pas la seule à affirmer son soutien à Poutine. Le leader de l’Alternative pour l’Allemagne (Afd), Ulrich Siegmund, qui a remporté dimanche les élections dans le Land de Saxe-Anhalt, le dit, lui, sans la moindre gêne. Le retour des vieux démons, qui étaient en berne depuis 1945, se fait aujourd’hui sous le patronage de Poutine. C’est un peu la « dénazification » par les nazis.
Cet axe confirme que la guerre d’Ukraine est beaucoup plus qu’une guerre de frontières. Elle est un enjeu pour toutes les extrêmes droites pour imposer au vieux continent des sociétés autoritaires, xénophobes et régressives. C’est ainsi que la société française doit regarder ce conflit. C’est une guerre contre l’Europe et les valeurs démocratiques. Mais l’Union européenne, et principalement la Commission, n’en finit pas d’afficher ses faiblesses. Cela, alors que Poutine pousse son avantage avec cette fameuse guerre hybride qui vise notamment l’Allemagne, et qu’il intensifie ses attaques contre les civils ukrainiens avec des armes nouvelles qui échappent au système de défense de Kyiv.
L’Allemagne a enfin déchiré un voile d’hypocrisie en identifiant clairement Moscou comme responsable d’une guerre qui est déjà un peu plus qu’hybride.
Le chef du Kremlin voudrait entraîner les Européens dans une confrontation directe qu’il ne s’y prendrait pas autrement. En réalité, ceux-ci disposent encore de beaucoup d’armes politiques et économiques. La saisie des avoirs notamment – quelque 210 milliards d’euros –, l’extension du boycott aux composants occidentaux des armes russes et une restriction massive de l’octroi des visas. Ce renforcement des sanctions est désormais à l’ordre du jour alors que l’Allemagne a enfin déchiré un voile d’hypocrisie en identifiant clairement Moscou comme responsable d’une guerre qui est déjà un peu plus qu’hybride. La découverte sur le tarmac de l’aéroport de Leipzig de deux drones explosifs, faits non pour impressionner mais pour tuer, ne permet plus les circonvolutions diplomatiques.