Une vue de l’Euroairport Bâle-Mulhouse à Saint-Louis.
Alsace Nature et l’Adra ont déposé une plainte pénale contre l’aéroport de Bâle-Mulhouse pour faire reconnaître sa responsabilité dans la pollution de l’eau potable autour de Saint-Louis et imposer le principe du pollueur-payeur.
Le combat s’intensifie autour des « polluants éternels » dans le sud de l’Alsace. Le 13 avril, les associations Alsace Nature et l’Adra (Association de défense des riverains de l’aéroport de Bâle-Mulhouse) ont annoncé avoir déposé une plainte pénale auprès du parquet de Mulhouse. Une première visant directement l’aéroport, accusé d’être à l’origine d’une contamination massive de l’eau potable autour de Saint-Louis.
Dans leur communiqué, les deux organisations expliquent vouloir « faire appliquer le principe du pollueur-payeur ». Elles pointent en particulier l’utilisation, pendant des décennies, de mousses anti-incendie contenant des PFAS sur la plateforme aéroportuaire. Ces substances chimiques, utilisées pour leurs propriétés anti-feu, ont été interdites en 2017. Mais leurs effets persistent : en 2023, un puits de captage situé à proximité de l’aéroport affichait encore des concentrations 3,5 fois supérieures aux normes réglementaires. Pour les associations, ces éléments justifient une action judiciaire afin « de terminer les investigations en cours et publier les résultats », mais aussi « faire reconnaître les responsabilités dans cette pollution ».
Des habitants privés d’eau potable en 2025
Les PFAS, ou substances per- et polyfluoroalkylées ont une particularité : une extrême persistance dans l’environnement. Elles ne se dégradent quasiment pas, circulent facilement dans les nappes phréatiques et s’accumulent dans les organismes vivants. Plusieurs études les associent à des risques accrus de cancers, ainsi qu’à des troubles hormonaux, immunitaires ou reproductifs. Dans une région comme l’Alsace, où l’eau potable provient largement de la nappe phréatique rhénane, la situation est particulièrement préoccupante. La contamination ne se limite pas aux abords immédiats de l’aéroport et peut s’étendre sur de longues distances. Selon les associations, la pollution observée autour de la plateforme figure « parmi les plus importantes recensées en France », tant par son intensité que par le nombre de personnes exposées.
À côté de l’aéroport, les conséquences concrètes de cette pollution se sont fait sentir dès 2025. Entre mai et décembre, l’eau du robinet a été déclarée impropre à la consommation par la préfecture pour les personnes les plus fragiles dans 11 communes de l’agglomération de Saint-Louis.
Des solutions temporaires ont été mises en place. Depuis décembre 2025, des unités mobiles de traitement de l’eau sont installées pour tenter de filtrer les PFAS. Un dispositif transitoire, en attendant la construction d’infrastructures pérennes. Le coût total des travaux est estimé à 20 millions d’euros. L’aéroport s’est engagé à en financer la moitié, dans le cadre de discussions à l’amiable avec les collectivités.
« Pollueur-payeur » ou « pollué-payeur »?
C’est précisément ce point que contestent les associations. Elles dénoncent une situation où la charge financière va, en partie, reposer sur des fonds publics et sur les usagers, via des hausses de facture.
Dans un précédent épisode, en 2025, plusieurs organisations alertaient déjà sur le risque de voir s’imposer un principe de « pollué-payeur ». Elles demandaient que les responsables de la contamination – qu’il s’agisse de l’aéroport, des fabricants de mousses ou d’autres acteurs – soient clairement identifiés et mis à contribution.
En avril 2025, une autre plainte, contre Véolia et l’agglomération de Saint-Louis avait déjà été déposée par un collectif d’habitants pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui ». Une autre approche avec celles de l’Adra et Alsace Nature qui cible directement cl’aéroport. « L’intérêt de notre plainte est d’inviter le juge à remonter la chaine de responsabilités », distingue Me Antoine Clerc, avocat au cabinet Hélios qui conseille les deux associations. Il estime que même si la pollution n’est pas volontaire, l’aéroport aurait dû « prendre un certain nombre de précautions » sur l’usage des mousses anti-incendie et n’a pas suivi les « recommandations prévues pour l’aviation civile ».
Une procédure longue et incertaine
Les associations reconnaissent que la voie judiciaire sera complexe. Les contentieux environnementaux nécessitent des expertises scientifiques lourdes et s’inscrivent dans des temporalités longues. Elles estiment néanmoins cette étape indispensable pour « exiger des mesures efficaces pour protéger durablement l’eau potable » et « obtenir une remise en état des sites pollués ».
Pour financer cette procédure, Alsace Nature et l’Adra ont lancé une cagnotte en ligne. Le parquet de Mulhouse dispose de son côté de trois mois pour décider de la suite à donner à cette plainte. La première plainte du collectif d’habitants l’agglomération de Saint-Louis ayant été transférée au tribunal judiciaire de Strasbourg qui dispose d’un Pôle régional environnemental plus spécialisé sur ces enjeux, Me Antoine Clerc a « bon espoir » que ce soit aussi le cas pour cette plainte et espère donc que « les deux procédures soient jointes ».