Le conseil municipal de Strasbourg se tient vendredi à 15h.
Le troisième conseil municipal de l’ère socialiste de Catherine Trautmann a duré plusieurs heures, marqué par une série d’interpellations sur des dossiers sensibles : jumelage avec Ramat Gan, avenir de la Foire Saint-Jean, Coupe du monde ou encore finances locales. L’occasion pour la nouvelle municipalité de clarifier son positionnement sur plusieurs politiques.
Comme l’avait révélé Rue89 Strasbourg dans un précédent article, c’est bien Pascale Gérard qui a été proposée pour succéder à Françoise Bey au poste de sixième adjointe à la maire après la démission de l’adjointe aux solidarités Laure Pain. Elle a été élue par le conseil municipal ce vendredi 5 juin. Peu connue du grand public et du monde politique strasbourgeois, elle a notamment travaillé comme chargée de communication à l’Eurométropole, à l’époque de la Communauté urbaine de Strasbourg. La répartition exacte de ses délégations n’a pas encore été officialisée, mais elle devrait notamment récupérer les compétences liées à la nature en ville et à l’environnement, tandis que Françoise Bey se recentrerait sur les solidarités.
Cette perspective a suscité les critiques de La France insoumise. Son chef de file, Florian Kobryn, a dénoncé « la promotion des élus qui s’entendent le mieux avec la droite départementale », en référence à Françoise Bey, également élue à la Collectivité européenne d’Alsace (CeA). Et d’ajouter : « Elle a voté le budget de Frédéric Bierry de 2023 qui criminalise les allocataires du RSA, qui met en danger la scolarité des enfants en situation de handicap, met à terre les Ehpad. » Selon lui, « elle s’est opposée à tout ce qui aurait pu permettre de mettre en place une solidarité de gauche ».
La maire de Strasbourg, Catherine Trautmann, n’a pas vraiment aimé l’invective. Et lui a répondu que « les règlements de comptes pour une autre collectivité ne nous concernent pas ». « Je vous inviterais à un peu plus d’humilité et de retenue. Quand on a fait exploser son groupe et qu’on fait l’objet d’une plainte, je crois qu’on devrait être plus lucide et discret quand on accuse sur des faits qui ne sont pas sérieux », lui-a-t-elle encore envoyé, en référence à la plainte de Ludivine Quintallet, écologiste à la CeA, contre l’Insoumis après l’explosion de leur groupe commun dans cette collectivité.
Revenant sur le fond du dossier, Catherine Trautmann a défendu le travail de Françoise Bey et sa capacité à dialoguer avec la CeA sur des sujets sensibles. « La délégation sociale, c’est un sujet », a-t-elle reconnu, évoquant de prochains échanges avec le président de la collectivité. « Je ne m’engage pas dans les négociations par la menace, le chantage, l’intimidation ou le mépris. Elle a la confiance de la CeA pour parler des sujets qui nous concernent : handicap, vieillissement, enfants à la rue… »
La maire a conclu en saluant une élue « qui n’est pas dans la confrontation mais dans le partenariat exigeant et libre », défendant « une façon sereine et transparente de travailler avec la CeA », avant de clore les échanges sur le sujet. Au moins, on sait que c’est bien elle qui devrait prendre le dossier…
L’audit financier présenté en septembre
Le point consacré aux marchés publics (point 6) a surtout permis à l’opposition d’interroger la nouvelle majorité sur deux dossiers sensibles : l’audit des finances de la collectivité et l’annulation du Festival des possibles.
Nadia Zourgui, du groupe de Jeanne Barseghian, n’a pas trouvé de montant lié à l’audit financier dans ce document. Elle a demandé davantage de transparence sur le marché attribué pour réaliser l’audit financier promis pendant la campagne. Elle a demandé des informations sur « le type de marché, le prix, le nom du titulaire, la date de diffusion ». Catherine Trautmann a répondu que le cabinet avait été choisi via le catalogue de l’Ugap, la centrale d’achat public utilisée par les collectivités, dans une procédure « en dessous du seuil qui oblige à passer par la commission d’appel d’offres », ce qui a permis à la Ville « d’aller rapidement ». La majorité n’a toutefois pas communiqué le coût de cet audit. Une première présentation de l’état des finances est annoncée pour le prochain conseil municipal, avant un bilan plus complet en septembre. C’est le cabinet Deloitte qui est chargé de l’audit.
Autre interrogation : les 40 000 euros inscrits pour la société Cyprès Event dans le cadre du Festival des possibles, pourtant annulé dès avril. Benjamin Kuntz (LFI) a demandé des explications sur ce montant. Mathieu Cahn a assuré qu’il ne correspondait pas à une dépense réelle mais au plafond d’un « accord-cadre à bon de commande ». Après résiliation du contrat, la collectivité versera finalement 6 984 euros aux prestataires. « Le festival aurait dû coûter 125 000 euros », a rappelé le premier adjoint.
Fan zone et sonorisation des terrasses pour la Coupe du monde
La question des festivités de la Coupe du monde a donné lieu à une passe d’armes politique plus apaisée. Irène Weiss (Les Républicains) a interrogé la municipalité sur l’accompagnement des commerçants et restaurateurs pendant la Coupe du monde de football, alors que les horaires nocturnes pourraient compliquer les diffusions en terrasse et les regroupements festifs. Elle a appelé à des autorisations élargies pour les matchs de l’équipe de France et à des dispositifs adaptés, comme des extensions temporaires de terrasses ou des fan zones encadrées.
Le premier adjoint Mathieu Cahn a assuré que « Strasbourg sera au rendez-vous », voyant dans l’événement un « moment de partage » et une « émotion collective ». Il a rappelé que le dossier avait été repris récemment par la nouvelle équipe, « sur une feuille blanche », et annoncé que la Ville travaille, sous réserve de l’accord de la préfecture, à la sonorisation des terrasses lorsque les horaires le permettent, ainsi qu’à la mise en place d’une fan zone en cas de qualification de l’équipe de France pour les phases finales. Objectif affiché : faire de Strasbourg « une ville qui assume les grands moments ».
La Foire Saint-Jean n’ira pas plaine des Bouchers
Sur la Foire Saint-Jean, le ton est monté. Interrogé sur son avenir et son transfert prévu vers la plaine festive de la Meinau par Nadia Zourgui, de l’ancienne municipalité, pour qu’elle puisse se tenir « comme prévu » en 2027, le premier adjoint Mathieu Cahn a dressé un constat très critique du dossier, accusant l’ancienne majorité d’avoir construit « un calendrier irréaliste ». Selon lui, les engagements pris sur une livraison rapide du site ne correspondent pas à l’état réel du projet, qui ne permettrait aujourd’hui de disposer que d’environ « 3 hectares sur les 4,5 hectares nécessaires pour accueillir la foire », notamment en raison de contraintes techniques et de déplacements d’équipements encore impossibles à court terme. Il précise que trois hectares ne suffisent pas à accueillir la foire sur ce terrain.
Le premier adjoint assure que la municipalité actuelle a choisi la transparence en partageant l’ensemble de ces difficultés avec les forains, et dit travailler à « plusieurs scénarios alternatifs, y compris de nouveaux sites ». Une phrase qui fait écho, puisque durant la campagne électorale, Catherine Trautmann avait déjà exprimé des réserves sur ce site. Elle a été rejointe sur ce point par Jean-Philippe Maurer (Les Républicains) qui doute de la pertinence même du site de la plaine des Bouchers et de ses abords, évoquant un secteur déjà fortement contraint par de multiples usages — jardins familiaux, équipements sociaux, accessibilité, flux liés au stade ou encore projets en cours — et jugeant son adéquation à une grande foire « sujette à caution ». Avec tout cela, il est impossible d’envisager que la Foire Saint-Jean se tienne à la plaine des Bouchers. Ailleurs, en 2027 ? Rien n’est acté.
Soutien au jumelage de Ramat Gan
Moment le plus tendu de la séance : la question du jumelage avec Ramat Gan en Israël. La France insoumise, par la voix de Lisa Farault, a interrogé la maire sur son maintien, estimant que Strasbourg ne pouvait « rester silencieuse » sur la guerre à Gaza. Une prise de position qui intervient alors que le consul honoraire d’Israël à Strasbourg, Thierry Roos, a évoqué sur Radio Judaïca une relance du jumelage, relançant les interrogations sur son statut réel.
Dans l’hémicycle, Catherine Trautmann a défendu un jumelage qu’elle juge « qui revêt une importance particulière », rappelant qu’il a permis des coopérations actives « même en temps de guerre » et qu’il engage, selon elle, une responsabilité strasbourgeoise dans les efforts de paix. Elle a estimé que le « gel » décidé par l’ancienne majorité était « la position la plus inefficace et pénalisante », en privant la ville de « tout dialogue pour la paix entre Israéliens et Palestiniens ». Elle a aussi insisté sur sa conviction : « pour la paix il faut être deux, et il faut être deux pour une solution à deux États ».
Le ton est ensuite monté lorsqu’elle a élargi ses critiques à LFI, accusant le groupe d’« instrumentaliser et utiliser le conflit israélo-palestinien en essentialisant les Français » à l’approche de l’élection présidentielle. Elle a également dénoncé des méthodes qu’elle juge « indignes du débat public », et mis un tacle à Jean-Luc Mélenchon, qu’elle définit comme « particulièrement antisémite » ces derniers temps.
Avenue du Rhin : la motion LFI rejetée
Enfin, le conseil municipal a rejeté la motion du groupe LFI visant à « apaiser » l’avenue du Rhin, à la suite notamment de la mort d’une cycliste. Le texte proposait une limitation généralisée à 30 km/h à Strasbourg, des contrôles renforcés sur les restrictions poids lourds la nuit et une transformation en profondeur de cet axe très circulé. Malgré les alertes sur les nuisances et la sécurité, plusieurs groupes de la majorité comme de l’opposition ont estimé que la proposition relevait d’une approche trop globale et insuffisamment travaillée, renvoyant à des études et au schéma global de mobilités. L’adjointe de quartier Delphine Bernard a notamment jugé que la ville ne pouvait pas se satisfaire « d’une réponse improvisée », tandis qu’Anne Reymann (LR) a refusé une réduction à une seule voie sans analyse approfondie. Catherine Trautmann a, elle, appelé à inscrire ces transformations « dans une planification plus large », évoquant les contraintes liées aux infrastructures, au port et aux financements. Au final, la motion a été rejetée par tous les autres groupes.