Publié le 19 septembre 2026

9 min

Avec son audit, Catherine Trautmann documente une situation financière dégradée déjà connue

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L’audit financier commandé par Catherine Trautmann sur l’état des finances de la Ville et de l’Eurométropole confirme une trajectoire des comptes très dégradée. Mais ce diagnostic était déjà connu avant les élections municipales.

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Mathieu Cahn, premier adjoint aux finances et Catherine Trautmann, maire de Strasbourg et présidente de l’Eurométropole.

L’audit financier commandé par Catherine Trautmann sur l’état des finances de la Ville et de l’Eurométropole confirme une trajectoire des comptes très dégradée. Mais ce diagnostic était déjà connu avant les élections municipales.

« Poser la vérité des chiffres, construire le début du chemin. » Vendredi 18 septembre, Catherine Trautmann, maire socialiste de Strasbourg et présidente de l’Eurométropole a présenté les conclusions de l’audit financier commandé au cabinet Deloitte pour la Ville de Strasbourg et l’Eurométropole. « Un exercice de transparence », selon la maire, mais aussi le point de départ d’un mandat placé sous le signe du « redressement budgétaire ».

Pour présenter la situation, l’exécutif avait soigné sa mise en scène. Les chiffres sont égrenés, les formules sont pesées, le vocabulaire emprunte volontiers au registre de l’urgence : « au pied du mur », voire « dans le mur ». Catherine Trautmann le dit elle-même : « Je commence ce mandat avec une seule urgence : l’urgence financière. » Derrière la présentation très cérémonielle de l’audit, l’enjeu est aussi de marquer solennellement le début d’une nouvelle séquence politique.

Pendant trois mois, le cabinet d’audit et de conseil a travaillé avec les services des deux collectivités à partir de leurs comptes. Son diagnostic repose notamment sur trois indicateurs : l’épargne brute, l’épargne nette et la capacité de désendettement. Le constat est que l’épargne se réduit, la dette augmente et qu’une partie des investissements inscrits dans les plans pluriannuels ne pourra pas être financée en l’état.

Une épargne qui fond, une dette qui double

À Strasbourg, l’épargne brute, c’est-à-dire ce qu’il reste à la collectivité pour financer ses investissements et rembourser sa dette, ne cesse de diminuer. Elle est passée de 42 millions d’euros en 2020 à 32,6 millions en 2025 et devrait tomber à 23 millions en 2026, selon les projections de Deloitte. Dans le même temps, les frais financiers ont fortement augmenté.

Les dépenses de fonctionnement ont également progressé, notamment les charges générales et la masse salariale. La Ville a pourtant continué à investir massivement : 650 millions d’euros sur le mandat précédent.

Le problème, explique Loïc Muller du cabinet Deloitte, est celui d’un « effet de ciseaux entre des dépenses qui progressent plus vite que les recettes et un niveau d’investissement élevé ». Avec moins d’épargne pour financer ses projets, la collectivité a davantage recours à l’emprunt. La dette a ainsi plus que doublé depuis 2020, pour atteindre près de 500 millions d’euros.

Selon Deloitte, la Ville doit désormais retrouver une trajectoire plus soutenable. Cela implique de dégager 35 à 40 millions d’euros de fonctionnement supplémentaires dès 2027-2028, selon les chiffres présentés vendredi.

Et le problème ne s’arrête pas au budget de fonctionnement : environ les deux tiers des capacités d’investissement de la Ville pour les sept prochaines années seraient déjà absorbés par des opérations engagées ou de la maintenance.

Pour la nouvelle majorité, ces chiffres viennent conforter le récit construit autour d’une situation financière jugée dégradée par l’ancienne municipalité écologiste. Mathieu Cahn, premier adjoint chargé des finances, parle d’une « dégradation progressive et continue ». Il insiste : « Nous ne sommes pas face à un accident. S’endetter pour investir, ce n’est pas un problème en soi. Encore faut-il que l’effort soit soutenable. »

À l’Eurométropole aussi, la trajectoire se dégrade

À l’Eurométropole, l’évolution est comparable, même si la trajectoire récente diffère. Après avoir progressé ces dernières années, l’épargne brute devrait chuter fortement en 2026, notamment sous l’effet de la hausse des frais financiers et de recettes qui ne se sont pas matérialisées comme prévues. La dette a, elle aussi, fortement augmenté depuis 2020, passant de 579 à 911 millions d’euros. L’épargne nette devrait devenir négative en 2027 dans le scénario présenté par Deloitte.

Le cabinet estime qu’environ 45 millions d’euros devront être dégagés pour retrouver une trajectoire soutenable. Là encore, une grande partie de la capacité d’investissement du nouveau mandat serait déjà absorbée par les opérations programmées.

Autre sujet de préoccupation : le budget annexe des mobilités, dont les dépenses ont fortement augmenté ces dernières années, passant d’environ 20 à 60 millions d’euros.

Les écologistes contestent la photographie de Deloitte

L’ancienne majorité écologiste ne conteste pas que les finances soient tendues mais la manière dont la nouvelle majorité l’interprète.

Syamak Agha Babaei, ancien premier adjoint chargé des finances, attaque notamment la méthode employée. Selon lui, « l’audit ne prend pas en compte les provisions constituées par la collectivité, alors que nous les prenions en compte dans nos calculs. C’est ce qui explique l’écart. » Là où Deloitte présente notamment une épargne brute de 23 millions d’euros pour 2026, Syamak Agha Babaei cite un chiffre de 38,4 millions d’euros dans le débat d’orientation budgétaire.

Il accuse ainsi la nouvelle majorité d’utiliser l’audit comme une « manipulation politique » destinée, selon lui, à « effacer ce qui a été fait et justifier un immobilisme ou les reculs du service public ».

Les élus insoumis sont encore plus directs. Florian Kobryn, conseiller municipal d’opposition, dénonce une « pure opération de communication payée avec de l’argent public ». Selon lui, le cabinet Deloitte « n’a fait qu’exploiter les données connues pour les présenter et nourrir le narratif austéritaire de la majorité ».

« Trajectoire connue »

Catherine Trautmann assure s’être préparée à une situation financière difficile en consultant notamment les rapports de la Chambre régionale des comptes de 2025 et les comptes administratifs mais ne pas avoir pu mesurer l’intégralité des ratios.

Rien de nouveau pour autant, nuance Jean-Philippe Vetter, conseiller municipal d’opposition (Les Républicains), devenu président de la commission des finances. Selon lui, « la trajectoire était connue depuis plusieurs années ».

L’audit ne révèle effectivement pas que les finances strasbourgeoises se seraient soudainement dégradées en 2026. La hausse de la dette, la baisse de l’épargne et les difficultés à financer les investissements étaient déjà documentées (lire ici notre bilan financier du mandat des Écologistes). Les comptes administratifs, puis le compte financier unique et le budget 2026 permettaient également de suivre cette trajectoire.

Jean-Philippe Vetter, président de la commission des finances et de l’opposition de droite. Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

« Nous ne pourrons pas financer tout ce qui a été promis »

C’est désormais sur les conséquences politiques de ces chiffres que la nouvelle majorité est attendue. Pas question d’augmenter les impôts, assure Catherine Trautmann. Mais l’exécutif annonce qu’il faudra « reprendre les plans d’investissement ligne par ligne, chercher des économies, maîtriser les charges, examiner la masse salariale, trouver de nouvelles recettes et reporter ou redimensionner certains projets ».

Mathieu Cahn va plus loin : « Nous ne pourrons pas financer tout ce qui a été promis », en référence aux nombreux projets annoncés par l’ancienne municipalité. À l’Eurométropole, Caroline Barrière, vice-présidente aux finances, tient le même discours, tout en rappelant les besoins considérables du mandat : mobilité, eau, logement, transition écologique.

La difficulté est d’autant plus sensible que la nouvelle majorité a elle-même pris des engagements pendant la campagne. Parmi eux, la gratuité des transports pour les plus de 65 ans, dont la mise en œuvre aura un coût massif. Catherine Trautmann assure qu’elle ne renoncera pas à ses promesses, mais « qu’elles devront être réexaminées à l’aune de la situation financière et voir à quel point cela impactera l’effort qui va être le nôtre ».

« L’audit a juste confirmé une trajectoire »

Une prudence qui ne convainc pas Jean-Philippe Vetter, pour qui l’audit ne doit « pas devenir un prétexte pour revenir sur les engagements pris devant les électeurs ». Il considère que les candidats disposaient déjà des informations nécessaires pour mesurer la trajectoire financière. « J’invite à assumer le respect de la parole donnée pendant la campagne. L’audit a juste confirmé une trajectoire. »

Catherine Trautmann refuse, elle, de réduire son mandat à un programme de redressement financier. « Le redressement financier n’est pas l’alpha et l’oméga de notre projet politique », assure Mathieu Cahn, son premier adjoint. « Nous ne voulons renoncer à rien de ce que nous avons promis, nous voulons remettre de l’ordre dans les finances pour retrouver des marges de manœuvre pour tenir les engagements. »

Le cérémonial du vendredi aura donc surtout servi à poser le décor : chiffres à l’appui, la nouvelle majorité installe l’idée d’une situation d’urgence. Il lui reste désormais à démontrer, budget après budget, ce que cette urgence changera réellement dans ses choix politiques.

Par Eva Chibane

Publié le 19 septembre 2026

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