Les élus de la majorté ont présenté un début de plan mobilité pour la métropole de Lyon. ©PL/Rue89Lyon.
Ce mardi 9 juin, Véronique Sarselli avait donné rendez-vous à la presse à Oullins-Pierre-Bénite pour parler « mobilités ». Au programme ? De nouvelles attaques contre l’ancienne majorité écologiste et un (début) de plan pour les transports. Avec un retour de la voiture.
« Rééquilibrer », « fluidifier », « concerter », tenter d’amener une « méthode »… Ce mardi 9 juin, la nouvelle majorité à la tête de la Métropole de Lyon tenait son premier grand point presse « mobilités » de l’ère Véronique Sarselli (LR).
Ce rendez-vous, donné à Oullins-Pierre-Bénite, ne devait rien au hasard. C’est là où, en février 2024, les élus de droite de la métropole s’étaient rassemblés contre une expérimentation : la mise en sens unique de la Grande rue du centre-ville pour privilégier la circulation de modes doux, dont une fameuse « Voie lyonnaise ». Une chose sur laquelle est déjà revenue l’actuelle majorité en la rouvrant à double sens. Tout un symbole.
Mobilités : la Métropole continue à taper sur ses prédécesseurs à Lyon
Deux ans plus tard, les maires d’hier sont devenus les vice-présidents de la Métropole d’aujourd’hui (et sont restés pour la plupart maires). Même si, pour l’instant, le temps reste encore majoritairement consacré à la critique de leur prédécesseur. Sur une heure de présentation, la nouvelle majorité a passé une bonne quarantaine de minutes à cogner sur l’ancien exécutif, chiffres et études à l’appui.
Un moment indispensable pour « objectiver » les conséquences du mandat précédent, estime Véronique Sarselli. « Une agressivité s’est développée entre cyclistes, automobilistes, piétons…, assure la Présidente de la nouvelle majorité. Notre but aujourd’hui n’est pas de privilégier un mode par rapport à un autre.»
« Lorsqu’il y a un changement de majorité, il faut du temps et de la pédagogie pour expliquer les changements aux électeurs », nous glissait un participant, en aparté.
S’appuyant sur des données Métropole, de LPA (Lyon Parc Auto) et d’un sondage Ifop de Lyon Capitale réalisé en 2025, Véronique Sarselli a égrené les chiffres du mécontentement. Selon elle, on parlerait de 74 % de mécontents de la circulation automobile et 95 % des usagers déclarent avoir peur des comportements dangereux des autres.
Pour mémoire, ce sondage était paru quelques jours avant les tweets ayant lancé la campagne de Jean-Michel Aulas. Il annonçait que 58 % des Lyonnais étaient mécontents de leur maire écologiste (réélu d’une courte tête en mars 2026).
Gel du prix des parkings, rouverture de la voirie… Le retour de l’auto
Même si l’exécutif dit ne pas vouloir opposer les modes, les chiffres présentés mettent en avant les difficultés des automobilistes dans les bouchons (121 heures perdues aux heures de pointe en 2025 selon TomTom Trafic) et pointent le comportement de cyclistes peu respectueux du code de la route.
40 % d’entre eux reconnaîtraient passer au feu rouge quand cela n’est pas autorisé, selon le même sondage. Autant dire que les deux-roues n’ont pas la côte (comme dans la montée du Chemin-Neuf). Cela étant, l’exécutif l’assure : la priorité reste de sécuriser les piétons.
Pour cela, la Métropole veut avancer en trois temps. Durant ces 100 premiers jours du mandat, un audit express est réalisé par ses services pour réaliser une cartographie des points bloquants de la métropole.
La collectivité a aussi lancé, ce mardi, une plateforme intitulée « Ça bloque, on agit », afin que les citoyens fassent remonter les points de friction existant dans la collectivité.
Parmi les autres propositions « phares », la nouvelle collectivité a aussi décidé un « gel » de l’augmentation des tarifs de Lyon Parc Auto. Sous le précédent mandat, une augmentation de 6 % des tarifs par an avait été annoncée pour les parkings lyonnais, alors présidés par le monsieur Vélo de la Métropole, l’écologiste Fabien Bagnon.
Le philippiste Emmanuel Hamelin, qui a pris sa suite, a assumé envoyer un « signal concret » aux habitants. Une grande campagne institutionnelle de communication intitulée « Tous mobiles, tous responsables », est aussi prévue pour septembre.
« Pas là pour remplacer une doctrine par une autre »
« On n’est pas là pour remplacer une doctrine par une autre », tient à rappeler Véronique Sarselli, lorsqu’on l’interroge sur les voies lyonnaises. Son but : garder ce qui « fonctionne » de ce projet porté par les précédentes majorités métropolitaines et « corriger ce qui dysfonctionne ».
N’empêche, les mesures proposées dans les « 100 jours » sentent quand même bon un retour du gasoil. Parmi les mesures à mettre en place rapidement, on note par exemple également un réajustement des feux sur le quai Romain-Rolland (Lyon 5ᵉ) pour fluidifier la circulation.
Sur cette portion, elle note une baisse du nombre de voitures alors que la congestion augmente. « Ça [la réduction du nombre de voitures, ndlr] s’est fait sous la contrainte », regrette-t-elle. Un raisonnement inverse de celui porté par la précédente majorité, et par nombre d’associations écologistes.
Et pour les piétons ? Peut-être faudra-t-il attendre la phase 2 du plan mobilité. Dans les six prochains mois, la priorité va être donnée à « réparer la qualité de services » et à traiter les sujets de la réouverture de la rue Grenette aux voitures, comme la Zone à trafic limitée (ZTL)… Le tout en améliorant rapidement les transports en commun lyonnais avec, en ligne de mire, la réparation des escalators dysfonctionnels du métro.
La phase 3 sera une réflexion de 18 mois sur la mise en place d’une sécurité des usagers. Avec une attention particulière portée sur les transports en commun.
Bref, des premières annonces, mais pas encore des projets structurants. « La présidente prend le temps d’avancer et de travailler, elle évite le côté politique buzz », nous explique le maire d’Oullins-Pierre-Bénite Jérôme Moroge (LR), en sortant du point presse.
Certes, mais quand même, un air de campagne électorale subsiste deux mois après le scrutin de mars. Il serait temps d’en sortir non ? « Ne vous inquiétez pas, on y arrive », sourit-il. On a hâte.
