La rue Grenette est depuis un an réservée au bus et aux vélos.
La réouverture de la rue Grenette ne s’annonce pas aussi simple qu’envisagé. Alors que des collectifs d’habitants restent vent debout contre le retour des voitures sur cet axe structurant de la Presqu’île, plusieurs questions restent en suspens.
Depuis l’annonce de la réouverture de la ZTL aux voitures, les pétitions citoyennes se multiplient. Sur la rue Grenette, comme à Saint-Just ou sur la montée du Chemin-Neuf (Lyon, 5e), des riverains s’inquiètent.
« Les piétons vont se retrouver dans les pots d’échappement des voitures », résume Philippe Dorier, porte-parole du collectif « ZTL Lyon pour tous » et proche de l’ancienne majorité de gauche à la Métropole. Ce commerçant est convaincu que la ZTL rend le centre-ville plus sûr et attractif pour les piétons et les cyclistes.
De son côté, la Métropole reste floue sur le calendrier d’aménagement des voiries. Malgré sa déclaration d’intention d’un passage à l’action en septembre, elle doit d’abord étudier la faisabilité des travaux en accord avec la loi d’orientation des mobilités (LOM).
Pour certains riverains, comme pour Laurent Bosetti, adjoint mobilités et cadre de vie à la Ville de Lyon, ce retour en arrière en Presqu’île est un « immense gâchis » en termes de qualité de vie et de réseau de transports publics.
Un angle mort juridique pour la rue Grenette
Depuis 2019, la loi LOM impose la présence d’itinéraires cyclables sur les voies urbaines, hors autoroutes et voies rapides. Sur le papier, cette obligation devrait sérieusement contraindre la marge de manœuvre de la Métropole. Dans le cas de la rue Grenette, un simple coup de peinture suffirait à la contourner.
« Il y a cette faille juridique », pointe Stanislas François, avocat en droit public et droit des collectivités. Selon lui, le Grand Lyon n’aurait pas besoin de qualifier son projet de « rénovation de voies urbaines », la catégorie qui déclencherait les obligations les plus strictes de la LOM.
Un simple arrêté de circulation, grâce à un nouveau marquage au sol, suffirait à réaffecter aux voitures les couloirs mixtes bus-vélo existants. L’avocat ajoute que « si un bus peut doubler un vélo, une voiture peut le faire également ».
Risque juridique pour la Métropole de Lyon
L’exécutif écologiste à la mairie maintient son choix « d’instaurer un dialogue ». Il se dit prêt à trouver des « compromis » et des « renoncements » afin d’éviter tout contentieux judiciaire avec la Métropole. Une volonté partagée par les associations la Ville à vélo et ZTL Lyon pour tous. Les acteurs locaux espèrent « pouvoir être intégrés dans les réflexions », explique Thibaut Chardey, membre de La Ville à Vélo.
Mais associations et élus ne s’interdisent pas de saisir la justice en cas d’échec des négociations. L’association La Ville à Vélo, engagée pour le respect de la loi LOM, se réserve le droit de saisir le tribunal administratif de Lyon via un recours.
La mairie de Lyon pourrait, elle aussi, lancer une action en justice contre la Métropole. Sous le motif d’un « recul de la sécurité routière pour les deux-roues et piétons ». Laurent Bosetti craint notamment qu’avec l’ouverture des ZTL aux voitures, ne reviennent « les rodéos urbains en centre-ville ».
En cas de poursuites, la métropole devrait tout de même être en mesure de poursuivre ses aménagements. Les recours n’étant généralement pas suspensifs, les travaux peuvent avoir lieu.
« À Lyon, ça dure souvent bien plus d’un an », explique l’avocat Stanislas François. Un cas qu’avait rencontré La Ville à Vélo en 2022, dans la commune de Marcy-l’Étoile. L’affaire est toujours en cours et les travaux sont depuis terminés.
Des déclarations, mais pas d’actes
À ce jour, la fin de la ZTL et le retour des voitures rue Grenette sont restés au stade des déclarations d’intention côté Métropole. L’exécutif dirigé par Véronique Sarselli (LR), empêtré dans des guerres fratricides depuis l’affaire Abreu, a d’ores et déjà annoncé que la rentrée allait s’annoncer chargée sur le plan des mobilités.
Pour La Ville à Vélo et ZTL Lyon pour tous, ces annonces sont surtout des effets d’annonce. « On a une nouvelle métropole qui fait beaucoup de campagnes de communication pour marteler que les choses changent », observe Thibaut Chardey.
Sollicitée par Rue89Lyon, la Métropole de Lyon indique qu’il est « trop tôt pour répondre à [nos] questions ». Elle assure prendre le temps d’étudier ce dossier qu’elle qualifie elle-même de « complexe ». Pour le mener à bien, elle affirme s’appuyer sur les retours recueillis via la plateforme citoyenne « Je participe ». La Métropole n’a pas donné plus de précisions sur la date d’ouverture de cette première mesure de mandat.
