Étienne Guyot, préfet de la Région Nouvelle-Aquitaine, va remplacer Fabienne Buccio. ©Margaux Bégards/Rue89Bordeaux
À la faveur d’un vaste remaniement préfectoral impulsé par Emmanuel Macron, Etienne Guyot, ex-préfet du département de la Gironde et de la région Nouvelle-Aquitaine, a été nommé pour remplacer Fabienne Buccio, préfète sortante du Rhône. Il prendra ses fonctions le 18 mai prochain.
À chaque remaniement préfectoral, la même chorégraphie des chaises musicales. Dans le Rhône, Fabienne Buccio cède sa place à Étienne Guyot. Comme sa prédécesseure, cet administrateur d’État est d’abord passé à la tête de la préfecture de Gironde et de Nouvelle-Aquitaine. Drôle de coïncidence, il avait déjà succédé à Fabienne Buccio à ce poste, trois ans auparavant.
À première vue, rien de nouveau sous le soleil pour le prochain locataire du 31 cours de la Liberté, siège de la préfecture du Rhône (Lyon 3ᵉ). Diplômé de SciencesPo Paris en 1984, puis de l’ENA en 1988, ce Nancéien de 64 ans ne sera pas sans repère une fois installé, le 18 mai prochain.
Au début des années 1990, il fut sous-préfet de Lyon de 1992 à 1994. Le début d’une carrière dans les hautes sphères de l’État décentralisé. Il fut successivement préfet du Gers de 2005 à 2007, des Landes (2007-2009), et de Meurthe-et-Moselle (2009), avant de prendre la tête de la préfecture de Haute-Garonne et de la Région Occitanie, de 2018 à 2023.
Un administrateur d’État aussi conseiller d’hommes politiques de droite
L’énarque s’est aussi frayé une place dans l’ombre d’hommes politiques marqués à droite. Il a notamment travaillé dans les couloirs des ministères lors du troisième gouvernement de François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Il était directeur de cabinet de Michel Mercier, au ministère de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire de 2009 à 2010, avant de rejoindre le cabinet de Philippe Richert, ministre des Collectivités territoriales entre 2010 et 2011.
Lors de sa prise de fonction en Occitanie en 2018, Etienne Guyot avait détaillé quatre priorités : sécurité, économie-emploi-croissance-esprit d’entreprise, transition écologique, et cohésion sociale et territoriale. Des orientations somme toute classiques, correspondant aux compétences principales de la préfecture.
Tout comme Fabienne Buccio, Étienne Guyot s’est inscrit directement dans le durcissement du ministère de l’Intérieur sur les questions d’immigration, dans les derniers mois de ses fonctions à la tête de la préfecture de Gironde.
Lors de ses vœux à la presse, deux mois avant les élections municipales 2026, le préfet s’est laissé aller à un argument classique de l’extrême droite. Il assurait alors que dans la Métropole bordelaise, « 49% des délits de voie publique seraient causés par des étrangers en situation irrégulière« , rapportaient nos confrères de Rue89Bordeaux.
Un argument sécuritaire régulièrement mis en avant, mais jamais remis en contexte sur les causes de ces statistiques, notamment la difficulté d’accéder à une situation administrative stable pour les personnes immigrées (titres de séjour, visa…), comme l’explique le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII).
Quelles priorités à la tête de la préfecture du Rhône ?
Présenté comme un expert de l’aménagement du territoire et des collectivités publiques locales, il a notamment participé à la construction du Grand Paris Express, à la tête de la Société du Grand Paris entre 2011 et 2014.
En termes d’aménagement, plusieurs « patates chaudes » ont émaillé ses trois ans passés en terres bordelaises. Le préfet a soutenu des projets de constructions controversées pour les impacts environnementaux comme EMME, une raffinerie en bords de Garonne, Flying Whales, une usine de dirigeable sur une zone Natura 2000, ou encore une ferme d’élevage intensif de saumon à l’entrée de l’estuaire de la Gironde (Verdon-sur-Mer).
Dépeint comme un « homme de consensus« , il apparait moins radical que Fabienne Buccio sur les questions sociales, au première desquelles l’hébergement d’urgence. Lors de ces trois années passées à la tête de la Gironde et de la Nouvelle-Aquitaine, Étienne Guyot n’a aussi eu de cesse d’afficher une entente raisonnable avec l’ancien maire bordelais, Pierre Hurmic (Les Écologistes).
Une collaboration qui a permis la création de la Maison des livreurs, un lieu commun unique de repos et de protection pour les livreurs bordelais. Sur la sécurité, l’entente a toutefois buté sur le contrat de sécurité intégrée (CSI), un outil encadrant le partenariat entre l’État et les collectivités.
Plusieurs dossiers l’attendent à la tête de la préfecture du Rhône : organisation des Jeux olympiques d’hiver 2030, collaboration avec Véronique Sarselli (LR) à la Métropole et Grégory Doucet à la Ville de Lyon (Union de la gauche), sécurité, suivi des chantiers du projet de liaison ferroviaire entre Lyon et Turin, ou encore développement d’un RER à la lyonnaise…
