Illustration : Flock
Ce n’est pas demain la veille que n’importe qui pourra générer le prochain GTA simplement en le demandant à une IA. Et peut-être même jamais, d’après deux pontes de l’industrie vidéo-ludique.
Que les joueurs l’apprécient ou pas, l’IA générative fait partie du quotidien de nombreux studios de développement de jeux vidéo. L’enquête annuelle réalisée à l’occasion de la Game Developers Conference (GDC) indique que 36 % des professionnels de l’industrie utilisent des outils d’IA. Le sondage, qui interroge 2 300 professionnels, précise que 58 % d’entre eux se servent de cette technologie chez les éditeurs, les équipes support, le marketing et les relations presse, et 30 % chez les développeurs.
Un outil de plus pour les développeurs
Pour autant, l’IA générative ne peut pas remplacer les humains qui créent les jeux. Pas encore, affirme Peter Molyneux, légende britannique du jeu vidéo et père du genre « god games » avec Populous, Fable et Black & White. « La qualité de l’IA n’est pas suffisante pour que nous puissions réellement l’utiliser dans les jeux pour le moment », explique-t-il à la BBC.

Celui qui, à 66 ans, s’apprête à lancer Masters of Albion, son dernier jeu (et ultime, jure-t-il), prévient qu’il faut être « très, très prudents et nous assurer qu’il existe des garde-fous, afin de ne pas abuser de cette puissance que l’IA nous donne ». Cette technologie va sans aucun doute « provoquer des perturbations»… mais il se veut aussi prudemment optimiste. « Vous savez quoi ? Nous sommes des êtres humains. Nous avons toujours évolué. Nous ne sommes jamais restés immobiles. Les sociétés changent, et nous nous adaptons. »
Le discours est similaire chez Strauss Zelnick, le PDG de Take-Two qui publie GTA, la franchise NBA 2K, BioShock et bien d’autres blockbusters. « Peut-on utiliser des outils d’IA pour créer des storyboards plus rapidement ? Ou pour aider à dégager des éléments d’intrigue ? Ou encore pour explorer des alternatives ? Bien sûr », explique-t-il au micro de Christopher Dring de The Game Business.
Il avance que ces outils sont tout simplement plus efficaces que ceux utilisés auparavant, comme la recherche sur internet. D’ici à penser que l’IA peut concevoir un jeu de A à Z qui fasse un carton, il y a tout un monde.
Le génie n’est pas sorti de la bouteille
Fin janvier, Google lançait un pavé dans la mare en dévoilant son « project Genie », un prototype expérimental qui génère des mondes ouverts interactifs, un peu comme les derniers Zelda en 3D, simplement à partir d’une requête ou d’une photo. La démo est certes impressionnante, mais on est très loin d’un « vrai » jeu.
« L’idée que de nouveaux outils permettraient à une seule personne d’appuyer sur un bouton pour générer un succès et le diffuser auprès de millions de consommateurs à travers le monde est risible », affirme Strauss Zelnick. Il martèle : « Ça n’a jamais existé dans le monde du divertissement ». Le dirigeant en veut pour preuve la musique générée par IA : « Ça ressemble à une chanson, mais je vous mets au défi de l’écouter plus d’une fois. C’est très bien pour l’envoyer comme carte d’anniversaire, mais pas beaucoup plus ».
Il y aura toujours des margoulins pour tenter de refourguer des jeux entièrement générés par IA, code et assets compris, ou pour promettre de créer des jeux révolutionnaires, comme un certain Elon Musk. À l’heure actuelle, l’industrie se dirige plutôt vers l’utilisation d’outils d’aide à la conception, que ce soit pour le prototypage ou tester différents chemins dans une histoire, comme le studio Larian, créateur de Baldur’s Gate 3, l’a indiqué en décembre dernier.
L’enquête de la GDC précisait ainsi que 81 % des répondants utilisent l’IA générative pour de la recherche ou du brainstorming. Loin derrière, la génération d’assets concentre 19 % des usages – et les joueurs sont généralement les premiers à s’en rendre compte et à s’en plaindre. Il y a également eu toute la polémique autour de DLSS 5 qui utilise l’IA générative pour modifier les graphisme des jeux.
