Le stade de Gerland, antre du Lou Rugby.
Le stade de Gerland a soufflé sa 100ᵉ bougie cette année. À l’occasion de cet anniversaire, retour sur l’évolution du quartier de Gerland depuis la construction de son célèbre stade, conçu par Tony Garnier, en 1926.
Tifos géants, anciens joueurs de l’OL, ola… Samedi 23 mai, l’arène de Gerland a résonné des voix de milliers de lycéens de l’agglomération lyonnaise qui s’affrontaient lors d’un tournoi de football interlycées.
À l’unisson, ils ont célébré les 100 ans d’un lieu devenu mythique à Lyon. L’antre a donné son nom au quartier l’entourant : Gerland. Avec le parc des sports, il marque aujourd’hui l’extrémité sud de la ville, plutôt urbanisée. Il n’en a pas toujours été ainsi. Petit saut dans le temps.
Attention à la Mouche
Au XXᵉ siècle, le quartier de Gerland se caractérisait par son caractère industriel et semi-rural. L’activité ferroviaire a contribué à l’installation progressive d’entreprises, telles que des usines, des entrepôts et des abattoirs, notamment ceux de la Mouche, aujourd’hui connus sous le nom de Halle Tony-Garnier. Malgré cette industrialisation progressive, Gerland dispose encore de nombreux terrains ouverts et de champs.

Le sud de Lyon est constitué de terrains gorgés d’eau, boueux et difficiles à aménager. Plus pour longtemps. Maire iconique de Lyon, Édouard Herriot a l’idée de construire un stade olympique, dès 1913. En collaboration avec l’architecte lyonnais Tony Garnier, son chouchou, il choisit Gerland pour son projet. L’objectif est alors de construire un stade municipal capable d’accueillir d’importantes compétitions sportives, toutes disciplines confondues.
« L’emplacement du stade est choisi car les terrains sont peu onéreux », retrace George Duriez, passionné d’histoire et fondateur de La Gazette de Gerland, qui vient d’éditer son 100ᵉ numéro.
Un stade olympique à Gerland
La capitale des Gaules nourrissait déjà l’ambition d’accueillir des compétitions olympiques en France. « On n’a pas construit Gerland pour la population, mais pour Lyon », développe encore George Duriez.
Le déclenchement de la Première Guerre mondiale met un temps en pause les projets de construction du stade. La ville souhaite néanmoins poursuivre coûte que coûte ce projet pharaonique, dont le coût est estimé à deux millions de francs-or.
Elle fait alors appel à une main-d’œuvre immigrée et recrute notamment des prisonniers allemands. Après l’armistice du 11 novembre 1918, une nouvelle vague de travailleurs, composée notamment de réfugiés annamites et chinois issus des colonies françaises, est mobilisée. Les travaux sont également renforcés par le retour des ouvriers lyonnais démobilisés après la Grande Guerre.


Un stade trop ambitieux ?
L’architecte Tony Garnier se lance dans une construction monumentale, marquée par la création de grandes arches emblématiques et d’une vaste piste d’athlétisme entourant le terrain. Le stade peut alors accueillir près de 10 000 spectateurs, ce qui en fait l’un des plus grands stades municipaux de son époque.
Faute de budget, plusieurs éléments du projet ne verront jamais le jour. L’architecte défend pourtant jusqu’au bout la construction d’une piscine ainsi que d’une entrée monumentale ornée de hauts luminaires, encadrée par deux lions. Bien que le complexe ne soit pas entièrement terminé, le stade est inauguré le 23 mai 1926. La construction du stade constitue ainsi l’un des principaux marqueurs de l’urbanisation du quartier de Gerland.
Après son inauguration, Gerland a progressivement perdu ses différents terrains boueux pour se transformer en véritable quartier industriel, populaire et ouvrier. « Tout ce dont la ville ne veut pas se retrouve à Gerland, comme les entreprises chimiques », indique Georges Duriez.
Gerland, un quartier d’immigration

De l’industrialisation à l’urbanisation à Gerland
Pendant que les usines se développent, « Gerland » poursuit son histoire sportive. Dès la création de l’Olympique lyonnais en 1950, le club y élit domicile durant 65 ans, jusqu’à son départ vers le nouveau stade de Décines en 2016. L’enceinte devient ainsi le théâtre des grandes heures du football lyonnais.

Dans les années 1970, le club de rugby du LOU y dispute ses premiers matchs de manière ponctuelle, avant de s’y implanter progressivement à partir de 2010. En 2017, le LOU Rugby fait définitivement du stade son enceinte principale.
Aujourd’hui, les supporters marchent dans un environnement métamorphosé par rapport au début du siècle. Le quartier est devenu un espace mixte en pleine expansion, à la fois urbain, scientifique, résidentiel et économique. Il conserve de vastes espaces ouverts, contrairement à certains quartiers centraux lyonnais, ainsi que de larges avenues, d’anciennes emprises industrielles reconverties et une architecture réhabilitée.
Gerland est-il appelé à devenir « sexy »? En tout cas, le stade aura eu le mérite de faire connaître le quartier dans toute la France.
