Publié le 14 juillet 2026

5 min

« Anaëlle, rock & rollers », le portrait d’une battante sur roulettes filmée au plus près de ses émotions

#Actu

Sandrine Herman obtient le prix de la Meilleure réalisation au Festival Clin d’Œil pour son documentaire « Anaëlle, Rock & Rollers » qui dresse le portrait d’Anaëlle Robert, une sportive sourde atteinte d’une maladie génétique rare. Bien plus qu’un film sur la performance, il raconte le combat d’une femme qui a fait de ses différences une force.

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Tournage du documentaire Anaëlle, rock & rollers (Anthony Arrosères)

Sandrine Herman obtient le prix de la Meilleure réalisation au Festival Clin d’Œil pour son documentaire « Anaëlle, Rock & Rollers » qui dresse le portrait d’Anaëlle Robert, une sportive sourde atteinte d’une maladie génétique rare. Bien plus qu’un film sur la performance, il raconte le combat d’une femme qui a fait de ses différences une force.

Sur ses rollers, Anaëlle Robert ne donne pas l’impression de composer avec les limites que son corps lui impose. Sourde profonde, la quadragénaire habitant Bergerac – native de Cherbourg – est aussi atteinte du syndrome de Klippel-Feil, une maladie génétique rare caractérisée par la fusion congénitale de plusieurs vertèbres cervicales. Une pathologie qui réduit la mobilité du cou et peut s’accompagner d’autres malformations. Dans son cas, elle vit avec un seul rein, une malformation de l’utérus, des côtes cervicales surnuméraires et trois rates.

Pourtant, rien ne semble freiner sa passion du roller. Elle découvre ce sport en allant inscrire sa fille dans un club. Elle observe alors des adultes évoluer sur une piste et décide qu’elle aussi veut essayer.

« À ce moment-là, ma fille était trop petite pour en faire. J’ai dit au directeur du club que je voulais, moi, en faire. Il s’est esclaffé et m’a dit : “Laisse tomber, c’est trop difficile pour toi.“ C’est cette réaction qui a tout déclenché », confie-t-elle.

De la maladie à l’endurance

Cette mère de quatre enfants se tourne vers le roller d’endurance, une discipline où les performances se construisent dans la durée, à force de patience, de régularité et de résistance à l’effort.

« Ma maladie ne m’empêche pas de faire ce que je veux », assure-t-elle. Elle reconnaît toutefois devoir redoubler de vigilance face aux chutes, qui pourraient avoir des conséquences particulièrement graves en raison de son atteinte cervicale. Elle participe alors à des marathons, avant de relever l’un des défis les plus exigeants de la discipline : les 24 Heures Roller du Mans, disputées en solo.

Au printemps 2026, elle s’est élancée pour un parcours de près de 515 kilomètres entre Auray et Bordeaux. Un défi sportif mais aussi solidaire, réalisé aux côtés de trois championnes du monde de roller afin de soutenir trois associations : Regart, qui promeut l’art des personnes sourdes, l’Association du syndrome de Klippel-Feil (ASKF) et la Ligue contre la violence routière.

Un documentaire récompensé

Le parcours d’Anaëlle Robert est désormais raconté dans Anaëlle, Rock & Rollers, un documentaire de 25 minutes réalisé par Sandrine Herman pour l’émission L’Œil et la Main, diffusé sur France 5. Le film a reçu le prix de la Meilleure réalisatrice au Festival Clin d’Œil, une distinction qui récompense autant son écriture que son regard sur le handicap.

La rencontre entre la réalisatrice et la sportive débute sur les réseaux sociaux. Sandrine Herman découvre la page Facebook Être handicapée, et alors…, où Anaëlle Robert raconte son quotidien.

« Touchée par son parcours et sa personnalité, je l’ai contactée. Elle m’a ensuite invitée chez elle. C’est ainsi que notre rencontre a eu lieu et qu’une relation de confiance s’est construite, ouvrant la voie au film », confie la réalisatrice.

Cette proximité tient aussi à leur langue commune. Toutes deux sourdes, elles communiquent directement en langue des signes.

« Nos échanges étaient très naturels, ce qui a permis une grande spontanéité devant la caméra », ajoute Sandrine Herman.

« Être handicapée, et alors… » Photo : Anthony Arrosères

Affronter ses limites

Dans sa note d’intention, Sandrine Herman explique pour son film vouloir dépasser le simple récit sportif.

« Lorsque je l’ai rencontrée, elle m’a tout de suite impressionnée. Son handicap s’oublie instantanément tant son énergie le rend invisible », écrit la réalisatrice.

Précisant que les Jeux paralympiques ont largement contribué à faire évoluer le regard porté sur le handicap, la réalisatrice évoque surtout « une femme lumineuse, pleine de vie », capable de transformer les épreuves en moteur.

« Son vrai défi est d’affronter ses propres limites tout en supportant le poids du regard extérieur », explique-t-elle.

Enfant, Anaëlle Robert a subi le harcèlement scolaire et entendu à de nombreuses reprises qu’elle ne pourrait « jamais être comme les autres ». Anaëlle est née sans oreille interne, ce qui provoque d’importants troubles de l’équilibre. Pour pratiquer le roller de vitesse, elle compense grâce à sa vue. Son cou bloqué l’empêche de relever facilement la tête, une jambe plus courte de 2,5 cm nécessite des semelles adaptées et son bras gauche, particulièrement fragile, l’a conduite à faire fabriquer des protections sur mesure.

Hors normes

Pour traduire la résilience du personnage, Sandrine Herman choisit une mise en scène immersive. Les prises de vue embarquées le long de la course et les plans serrés plongent le spectateur dans les sensations d’Anaëlle Robert, au plus près de son mouvement et de sa ténacité. Les séquences de compétition alternent avec des moments plus intimes, en famille ou lors d’une séance de photographie qui interroge son rapport à son corps et à son image.

Le film consacre naturellement une place importante à sa participation aux 24 Heures Roller du Mans en 2025. La réalisatrice évite cependant de réduire le récit à un simple spectacle sportif.

« Il ne s’agit pas d’un film sur la performance ou le dépassement de soi au sens classique, mais du portrait d’une femme qui, à travers le sport et l’image, a trouvé une manière d’être pleinement elle-même, sans se conformer aux normes », résume-t-elle.

Au fil des kilomètres, Anaëlle Robert ne cherche finalement pas seulement à battre des records. Elle entend prouver que les limites imposées par le regard des autres sont souvent plus difficiles à franchir que celles de son propre corps.

Le film est visible sur la plateforme de France TV jusqu’au 28 décembre 2027.

Par Walid Salem

Publié le 14 juillet 2026

Bonjour 👋

Voici l'édition du  

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Un euro de plus pour chaque mètre cube d’eau annoncé par la société publique gestionnaire. C'est la très mauvaise surprise reçue par les habitant·es de Colmar en Alsace. Rue89 Strasbourg  explique comment celle-ci est dûe à des années de mauvaise gestion budgétaire et politique des infrastructures liées à l'eau.

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