Publié le 23 janvier 2026

5 min

Sur X, les députés RN font comme si le procès n’existait pas

#Extrême droite #Médias

Ouvert depuis le 13 janvier, le procès en appel de Marine Le Pen et du Rassemblement national n’inspire presque aucun soutien sur le réseau social de la part des députés frontistes. Ce silence pousse, de fait, à considérer que le parti a déjà fait son choix pour 2027 en plaçant Jordan Bardella dans la course à l’Élysée.

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Marine Le Pen, à l’Assemblée nationale, le 23 décembre 2025.

Les vœux pour la nouvelle année, l’accord du Mercosur, le Groenland, le premier tour de l’élection présidentielle au Portugal, le budget ou les zones à faible émission. Tout au long du mois de janvier, sur le réseau social X, les 119 députés du Rassemblement national ont balayé les sujets incontournables qui ont marqué l’actualité. Tous, sauf un : le procès en appel de la présidente de leur groupe, Marine Le Pen, ainsi que deux autres élus qui siègent à l’Assemblée nationale, Julien Odoul et Timothée Houssin, tous les trois visés dans l’affaire des emplois fictifs au Parlement européen.

En première instance, leurs condamnations – quatre ans de prison dont deux avec sursis, une amende de 100 000 euros et cinq ans d’inéligibilité pour la cheffe frontiste, 8 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité pour Julien Odoul, 6 mois de sursis et un an d’inéligibilité pour Timothée Houssin –, avaient suscité un florilège de publications criant au scandale judiciaire et au complot antidémocratique. Mais pour la séquence qui s’ouvre, pourtant déterminante pour Marine Le Pen en prévision de 2027, c’est le silence absolu. Comme si le palais de justice de Paris, où s’est ouvert ce procès historique depuis le 13 janvier, s’était subitement volatilisé.

Chaque post s’efforce de contourner le seul sujet qui secoue aujourd’hui le RN : la fin potentielle de l’ère Le Pen.

En effet, sur les 119 députés que compte le groupe d’extrême droite dans l’hémicycle, 99 d’entre eux n’ont absolument rien posté sur X à propos du procès. Parmi des centaines de publications en dix jours, pas une ligne de soutien pour leur présidente.

Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas pensé à l’élue du Pas-de-Calais. Beaucoup d’entre eux ont partagé les commentaires de la triple candidate à l’Élysée sur le Mercosur, sur le budget, ou des extraits de son discours à Marseille pour soutenir le candidat RN, Franck Allisio. Mais chaque post s’efforce de contourner soigneusement le seul sujet qui secoue aujourd’hui le Rassemblement national : la fin potentielle de l’ère Le Pen.

Selon notre comptage, les 17 députés qui ont osé s’exprimer sur le procès en appel ont, en réalité, tous partagé le même extrait de la prise de parole de Marine Le Pen, le 12 janvier, aux micros de nombreux journalistes. « Ce sont de nouveaux magistrats. L’affaire va être remise à zéro. Il y a un seul axe de défense, c’est de dire la vérité », déclarait, en substance, la présidente du groupe RN la veille de l’ouverture du procès. Après ce partage, plus rien. Le néant total. Pas même après les onze heures d’audition cette semaine durant lesquelles la plus connue des accusées tâchait de se défendre.

Mon seul axe de défense pour ce procès en appel sera le même que lors du procès en première instance : dire la vérité.

L'affaire va être remise à zéro, et sera jugée par de nouveaux magistrats. J'espère être mieux entendue, et les convaincre de mon innocence. pic.twitter.com/xfMDkKV2St

— Marine Le Pen (@MLP_officiel) January 12, 2026

Seule Caroline Colombier, députée de Charente, s’est permis de partager une image de soutien provenant de la fédération RN de l’Ain. Le seul élu RN de ce département, Jérôme Buisson, n’a même pas pris la peine de partager cette publication, où l’on voit Marine Le Pen au-dessus du message « Soutenons Marine ! ». Le visuel avait pourtant été posté le 13 janvier, premier jour du procès, par la fédération, avec ce commentaire : « Dans l’adversité comme dans la tempête, Marine Le Pen n’a jamais reculé. Elle se bat par amour profond et passionné de la France et des Français. C’est cette force, cette constance, qui fait d’elle une femme d’État. Nous lui apportons tout notre soutien ! » Le groupe RN n’a visiblement pas l’air de cet avis.

Seuls Sébastien Chenu et Jean-Philippe Tanguy, respectivement députés du Nord et de la Somme, reviennent sur leurs interviews où la question de 2027 et du procès est posée par des journalistes. Des extraits vite noyés sous le reste de leurs publications. Les deux occupent pourtant des postes éminemment stratégiques au sein du parti d’extrême droite, l’un étant vice-président du parti, l’autre membre du bureau national.

Des consignes ont-elles été données aux élus du RN ? Contactés, Sébastien Chenu et Jean-Philippe Tanguy n’ont pas répondu à notre sollicitation.

Cette omerta révélerait-elle l’anticipation d’une inéligibilité confirmée en appel pour Marine Le Pen ? Et derrière cette potentielle décision, le feu vert pour le président du parti, Jordan Bardella, dans sa course vers l’Élysée ? À côté du black-out autour du palais de justice de Paris, les témoignages de soutien ou de promotion envers le trentenaire sont, eux, très nombreux.

Cette mise en avant dessine la stratégie numérique du RN : faire la promotion de Jordan Bardella, sans affirmer qu’il se tient prêt pour 2027. Lequel a tenu à confirmer « un scoop » ces derniers jours : il n’est pas candidat. Mais si ce dernier assure, dans une interview sur CNews, jeudi 22 janvier, travailler « main dans la main » avec Marine Le Pen pour la présidentielle, la communication du groupe RN est, elle, toute dirigée vers l’ambitieux dauphin d’extrême droite.

Par Hugo Boursier

Publié le 23 janvier 2026

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