Marche blanche pour Nahel, le 29 juin 2023 à Nanterre.
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« Sans nous, il y aurait eu un autre drame » « Pas de récépissé, pas de police de proximité : nous voulons que les jeunes non-blancs cessent de mourir »Il y a trois ans, le 27 juin 2023, Nahel Merzouk, adolescent de 17 ans, a été tué à bout portant par un policier à Nanterre. Filmée par un témoin, sa mort a déclenché une vague de révoltes partout en France. Pendant plusieurs nuits, les images de la colère ont saturé les médias et les réseaux sociaux. Trois ans plus tard, la réponse prend la forme d’une chimère enracinée dans les quartiers populaires.
Une créature, un corps aux multiples visages : le racisme, l’islamophobie et les discriminations, mais aussi la précarité, l’abandon des services publics, les déserts médicaux, les inégalités scolaires, les politiques sécuritaires et le mépris social. Une chimère ancienne dont la mort de Nahel n’a été ni l’origine ni la fin, mais une nouvelle manifestation de son existence. Dire que rien n’a changé depuis trois ans serait inexact. Car la situation s’est aggravée. Depuis le meurtre de Nahel, des noms se sont ajoutés à la liste déjà trop longue : Mohamed Bendriss, Sulivan Sauvey, Maïky Loerch, Kyllian Samathi, Tamer Miskir et tant d’autres.
Sur le plan judiciaire, le temps s’est étiré. Trois années de procédures, de recours, d’attente et de combat pour les proches du défunt. Il y a quelques jours, le 12 juin 2026, la Cour de cassation a annulé la requalification des faits en « violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner », décidée quelques mois plus tôt par la cour d’appel de Versailles. Cette décision rouvre la voie à un possible procès pour meurtre du policier auteur du tir. La justice suit son cours.
Blessure collective
Pourtant, aucune décision ne permet encore le deuil. Aucune ne referme la blessure collective ouverte par la perte, une fois de plus, d’un enfant. Aucune ne dissipe l’inquiétude persistante : celle de voir des citoyens toujours plus jeunes risquer la mort lors d’un contrôle de police. Dans les quartiers populaires, la plaie peine à cicatriser. Elle demeure ouverte et dit la souffrance de familles qui continuent de perdre leurs enfants, elle dit les genoux sur leur nuque et les tirs de ceux qui sont chargés de les protéger.
Si la justice ne peut ni réparer ni reconstruire, d’autres sources d’apaisement ont émergé au cours de ces trois dernières années. Des associations, des collectifs, des médias indépendants, des familles et des habitant·es ont transformé la colère en engagement. Ensemble, ils ont créé des espaces de mémoire, de solidarité et de transmission pour que le 27 juin ne soit pas une commémoration de plus, mais une date qui continue d’interroger et de mobiliser. Trois ans après, l’héritage que nous laisse Nahel Merzouk, ce sont aussi des espaces de lutte. Des tentatives pour abattre la chimère : celle qui fait déborder la colère tant la souffrance est devenue insupportable.