Raphaël Glucksmann, après l’annonce des résultats du premier tour de la primaire socialiste et démocratique, à Paris, le 11 octobre 2026.
Le résultat dit malheureusement une chose : une partie de la gauche sociale-démocrate a choisi de tourner le dos à Mélenchon. Mais quelque 70 000 voix dans une primaire qui a réuni 120 000 votants, taillée sur mesure pour Raphaël Glucksmann, ne sauraient tenir lieu de verdict de toute la gauche, quand Mélenchon revendique déjà près de 450 000 soutiens. Le patron de Place publique a gagné une primaire mais il n’a pas reçu mandat de toute la gauche. Loin de là !
Il lui faudra expliquer et surtout assumer comment constituer une majorité sans l’une des principales composantes de la gauche.
Et l’histoire devrait inviter à la prudence. Anne Hidalgo avait elle aussi fait de sa différence avec Mélenchon un marqueur central de sa campagne présidentielle. Cette stratégie ne lui avait pas porté chance. Si Glucksmann entend faire de sa victoire la validation définitive d’une ligne excluant toute alliance avec LFI, il lui faudra expliquer et surtout assumer comment constituer une majorité sans l’une des principales composantes de la gauche.
Le coup est toutefois rude pour Olivier Faure. Le premier secrétaire avait contribué à sortir le PS de l’ornière des années Hollande et à lui rendre une crédibilité de gauche, jusqu’à permettre à ses représentants de retrouver leur place dans les mobilisations sociales sans être systématiquement conspués. Le choix de Glucksmann ressemble à un retour en arrière, celui d’un parti dont la candidature présidentielle lui échappe au profit d’un mouvement extérieur, au risque d’un véritable hold-up politique de Place publique sur le PS.
Mais Faure garde une carte maîtresse, celle des finances de la campagne et, surtout, le pouvoir de peser sur la répartition des circonscriptions post-présidentielle. Les deux hommes sont donc pieds et poings liés. Fragilisé et minoritaire dans son propre parti, Faure n’a aucune raison de renoncer à ces leviers. Reste à savoir combien de temps cette cohabitation pourra tenir.
Convergences
Le scrutin complique aussi l’hypothèse d’un retour de François Hollande, qui a laissé ouverte la possibilité de se déclarer en décembre si aucune candidature ne s’imposait. Glucksmann occupe désormais l’espace social-démocrate et rend cette option moins évidente, sans l’écarter. Dans le même temps, les convergences possibles avec Gabriel Attal méritent attention. L’ancien Premier ministre a défendu une coalition allant de la social-démocratie à la droite républicaine.
Le risque est de refaire du macronisme sous une bannière sociale-démocrate.
Rien ne permet d’affirmer qu’une alliance est conclue – le vainqueur de la primaire dément cette perspective –, mais la question se pose malgré tout. Si Glucksmann ferme la porte à LFI, il lui faudra trouver ailleurs les voix nécessaires pour gouverner. Il faut arrêter de se raconter des histoires, cet ailleurs, c’est le bloc central, voire une partie de la droite. Le risque est de refaire du macronisme sous une bannière sociale-démocrate avec un discours possiblement plus attentif aux inégalités, mais une majorité construite avec des forces dont les choix économiques ont nourri la défiance populaire.
La gauche ne peut se laisser enfermer dans le choix entre Mélenchon et le centre. Glucksmann revendique un cap clair, mais celui-ci devient flou dès lors que sa stratégie l’oblige à regarder vers le centre. À l’inverse, la ligne de Mélenchon est identifiable. Elle assume la rupture avec le macronisme et s’appuie sur une dynamique militante toujours forte, comme l’a montré le meeting de Clermont-Ferrand dimanche 11 octobre et ses quelque 10 000 sympathisants présents.
Glucksmann a gagné une primaire, pas la gauche.
Le choix de Glucksmann pourrait même renforcer le leader insoumis, en accentuant le contraste entre une social-démocratie tentée par des alliances au centre et une gauche de rupture. Premier test : le vote du budget. Alors qu’Olivier Faure avait assuré dans nos pages « ne pas voir d’autre décision que la censure », l’heureux élu de la primaire emmènera-t-il les socialistes dans une autre voie, plus clémente à l’endroit du gouvernement ? Réponse bientôt. Glucksmann a gagné une primaire, pas la gauche. Et la campagne de Mélenchon promet encore bien des surprises.