Guillaume Deleurence
Double face. Le second tour des élections municipales a ceci de contradictoire : scrutin local par excellence, tant ses prérogatives ont trait au quotidien des habitant·es, il comporte aussi une saveur nationale pour les partis politiques qui s’engagent dans la course. A fortiori lorsqu’une telle échéance arrive à seulement quatorze mois de la présidentielle.
Union victorieuse de la gauche ? Prises de guerre emblématiques du Rassemblement national ? Succès in extremis des Écologistes ? Pari gagné des Républicains ? Toutes ces questions trouveront leur réponse au cours de la soirée. En attendant, suivez le live de Politis et posez toutes vos questions sur live@politis.fr ou dans notre canal Instagram.
Politis clôt ici son direct du deuxième tour des municipales 2026. Rendez-vous dès demain lundi 23 mars sur notre site pour des analyses – notamment sur les enseignements à gauche – et des reportages.
Prolongations à Lyon
Alors que Grégory Doucet a déjà revendiqué la victoire à Lyon, Jean-Michel Aulas sort du bois. Selon l’ancien président de l’Olympique lyonnais, le scrutin a présenté de « nombreuses irrégularités ». Tout en finesse, le candidat de droite a fait passer le mot qu’à la place de Doucet, il « ne ferait pas le fier ». En attendant le résultat définitif, Jean-Michel Aulas a annoncé déposer un recours. Selon lui, l’écart entre les deux candidats est de « probablement moins de 1 000 voix ». Mauvais perdant ?
Le fameux Bruneau d’Agen
Le candidat de l’union de la gauche Laurent Bruneau a créé la surprise à Agen, en remportant la mairie avec 39,05 % des voix. Il bat le maire sortant Modem Jean Dionis du Séjour, à la tête de la ville depuis 18 ans. La capitale du Lot-et-Garonne bascule donc à gauche. « Je ressens de la fierté mais également de la joie, la victoire de la gauche à Agen c’est historique », a déclaré Laurent Bruneau à l’issue du scrutin. À Marmande, le maire socialiste sortant Joël Hocquelet est, lui, réélu avec 44,13 % des voix.
Bobigny reste arrimée à gauche
À Bobigny, les premiers résultats sont tombés. Malgré les alliances à droite et des tentatives supposées d’intimidation, le maire sortant Abdel Sadi (union de la gauche, du PS à LFI) l’emporte avec 48 % (estimation) des voix. Rassurés, les Balbyniens et Balbyniennes se sont rassemblés en nombre à l’hôtel de ville pour fêter la victoire.« Abdel, Abdel ! » : dans la foule tous scandent le nom du maire, visiblement soulagés de ne pas voir la ville basculer à droite.
LFI perd un de ses ancrages locaux dans le Nord
Brice Lauret (divers droite) est élu à Faches-Thumesnil, avec 48,7 % des voix au second tour des élections municipales 2026. Il devance le maire insoumis sortant Patrick Proisy (43,1 %). Un revers pour LFI dans cette ville du Nord.
Paris : et après ?
Accolades et baisers envoyés à la foule, Emmanuel Grégoire sort victorieux de son cabinet sombre. « Paris ne sera jamais une ville d’extrême droite », a lancé le nouveau maire de la capitale. En ligne de mire, déjà, la présidentielle, avec une « bataille de France » qui s’annonce « brutale », selon ses mots.
Pour Alexandre, 28 ans, cette victoire est un soulagement face à la menace d’une « extrême droite maquillée » sous les traits de Rachida Dati. « C’est le meilleur scénario possible pour Paris », abonde

Ambre, 21 ans, présente à la Rotonde malgré un contrôle de droit demain matin. Pour l’étudiante le score de Sophia Chikirou est aussi une bonne nouvelle, même si elle admet que le maintien de l’insoumise l’a « stressée ». Gabrielle Siry-Houari, porte-parole de la campagne d’Emmanuel Grégoire et candidate dans le 18e arrondissement, ne cache pas son enthousiasme : « Je suis heureuse et soulagée pour les Parisien·nes, qui continueront à bénéficier de services publics forts, d’une mixité sociale, et de voir leur ville se transformer pour s’adapter au changement climatique. »

Mais la victoire laisse un goût mitigé à Alexandre. « Je jugerai Grégoire sur ce qu’il fera par la suite. J’ai peur d’une gauche qui n’arrive pas à s’unir, comme à Strasbourg », dit-il, en référence à la candidature dissidente de la socialiste Catherine Trautmann, alliée aux macronistes au second tour. Pour lui, le salut de la gauche ne passe que par une chose un front uni antifasciste, « nous ne devons pas avoir peur de nous revendiquer antifas ! »
Bayrou défait à Pau
L’ancien premier ministre François Bayrou perd son fief face aux socialistes, de quelque 344 voix. Très ému (et visiblement agacé par les problèmes de sonorisation de la salle), l’élu a adressé un discours succinct à ses administrés, après avoir dirigé la préfecture des Pyrénées-Atlantiques pendant 12 ans. Sur cette défaite, plane l’ombre du scandale de Notre-Dame-de-Bétharram, et les mensonges de l’ancien premier ministre dans cette affaire.
Le futur maire de Paris en Vélib électrique (oui, il a réussi à en a trouver un)
Bien heureux de son confortable résultat, le futur maire de Paris Emmanuel Grégoire a quitté la Rotonde Stalingrad pour rejoindre l’Hôtel de ville en Vélib électrique (sans doute le seul de la ville qui fonctionne encore). Entouré d’un cortège d’autres bolides, il répond aux questions des journalistes en roulant à allure réduite : « Je veux faire de l’hyper proximité un mantra de mon mandat, et je vais le mettre en œuvre le plus vite possible. »
Damien Maudet, à Limoges : « Les gauches irréconciliables n’existent pas »
Damien Maudet est arrivé un peu après 21 heures dans la salle Jean-Pierre Timbaud, sous les applaudissements de ses sympathisants. Malgré la défaite électorale, l’ambiance se réchauffe aux cris de « Front populaire » et « Siamo tutti antifascisti ».


Après avoir remercié ses soutiens, le député insoumis a, dans son discours, cherché à tirer les leçons de cette campagne : « Le premier enseignement : “Limoges Front Populaire” est le centre de gravité de la gauche. La dynamique que nous avons engagée doit continuer car Limoges ne doit pas devenir le laboratoire d’expérimentation des idées d’extrême droite. Aussi, nous devons continuer parce que ce soir, nous avons ramené des centaines et des centaines de Limougeauds à la politique. Le deuxième enseignement, c’est que les gauches irréconciliables n’existent pas. Le troisième enseignement, c’est qu’à chaque fois que la gauche tapera sur la gauche, elle fera gagner la droite. Pour chaque centimètre de diabolisation d’une partie de la gauche, on ouvrira des kilomètres à la droite et à l’extrême droite. » Tonnerres d’applaudissements.
Concarneau rate l’opportunité de passer à gauche
Il y avait beaucoup d’espoirs à Concarneau pour la liste « Concarneau citoyenne et participative », symbole de l’ union de la gauche. Menée par Thomas Le Bon, professeur de philosophie de 41 ans, elle était arrivée en tête au premier tour avec 32 % des suffrages. Mais ce dimanche, le vent est moins doux dans la cité bretonne. C’est finalement Quentin Le Gaillard, candidat de la droite et du centre, qui devient maire avec 51,28 % des voix. Sa liste « L’Énergie du renouveau » a certainement bénéficié du désistement de l’ancien maire LR André Fidelin de 2008 à 2020 qui avait déclaré craindre un « risque réel de voir Concarneau basculer vers une radicalité politique inédite ». La cité bretonne garde toujours le même cap à droite…
Rachida Dati amère
Contrainte et forcée, Rachida Dati, candidate malheureuse à la mairie de Paris (38 %), n’a consacré que quelques courtes minutes à son discours. Après avoir assumé la responsabilité de l’échec de sa liste, elle a rapidement dénoncé « les attaques indignes et les mensonges en-dessous de la ceinture » qu’elle aurait subis tout au long de la campagne… avant de se lancer elle-même dans des accusations à l’encontre de l’équipe sortante : « Ils devront répondre au scandale sexuel dans le périscolaire. » Juste après sa prise de parole, l’ex-ministre de la Culture a rejoint sa voiture en courant, refusant d’adresser la parole aux journalistes présentes sur place. Elle avait quitté le gouvernement pour se consacrer à la campagne des municipales. Elle avait cependant largement été réélue à la mairie du 7e arrondissement de Paris dès le premier tour.
Bardella, objectif présidentiel
Contrairement au président des Républicains, Jordan Bardella s’est lancé dans un discours rassembleur dans lequel il adresse un « salut républicain » à tous les nouveaux maires de France. Une prise de parole centrée sur les territoires ruraux, la proximité avec les administrés et sur l’espérance. Comme le Parti socialiste et Les Républicains, le Rassemblement national revendique désormais être le premier parti de France. Un grand classique, les soirs d’élections… La prise de parole de Jordan Bardella ne l’a cependant pas empêché de pointer du doigt l’ennemi public numéro 1 : « la gauche extrême », contre laquelle son parti serait « la première force d’opposition, le premier rempart ». Sans mentionner quelques défaites d’ampleur, comme à Toulon ou Nîmes.
Saint-Brieuc bascule à droite
Avec 44,56 %, Victor Bonnot, le candidat investi par Horizons, devance le maire sortant, Hervé Guihard (40,29 %), personnellement étiqueté Place publique mais dont la liste rassemblait la gauche, hormis La France insoumise. Bonnot a été élu grâce à un appoint conséquent de voix de l’extrême droite, puisque le score du candidat zemmouriste est passé de près de 13 % au premier tour à 7,23 % au second.
La liste menée par le LFI Henri Alloy recueille 7,92 %. Le sortant battu avait repoussé toutes les propositions de rassemblement ou d’alliance avec l’autre liste de gauche : dans un premier temps établir une liste commune, puis, après le premier tour, s’entendre sur des éléments de programme, puis une fusion technique. Ce soir, il peut regretter son obstination à obéir aux diktats du leader de son parti, Raphaël Glucksmann.
Toulouse reste (encore) à droite
Les insoumis avaient tout misé sur la ville rose. François Piquemal avait réussi l’impensable, c’est-à-dire de ramener à lui les socialistes au second tour, dans une liste d’union de toute la gauche et des écologistes. Si la politique n’est pas une affaire arithmétique, l’addition des listes socialiste et insoumise aurait dû donner une victoire au député de Haute-Garonne. Avec 53 % des voix, c’est pourtant le maire sortant, Jean-Luc Moudenc, qui est réélu après un tournant très droitier de sa campagne. Nul doute que ce résultat sera très commenté à gauche.
À Romans-sur-Isère, 257 voix permettent à la droite de garder la mairie
La maire sortante, divers droite, l’emporte de 257 voix à Romans-sur-Isère. C’est un coup dur pour la liste d’union des gauches menée par David Buisson. Dans cette ville au pied du Vercors, qui avait été marquée par la mort de Thomas, à la sortie d’une rixe dans un bal à Crépol, en 2023, et son instrumentalisation raciste par l’extrême droite, Marie-Hélène Thoraval avait multiplié les sorties médiatiques polémiques. Et mis en place un fort agenda sécuritaire.
Dans ce contexte, un vrai réseau de résistance s’est tissé localement. Mais celui-ci n’a pas réussi à faire pencher la balance, se divisant avant le premier tour entre une liste d’union et une liste insoumise, et échouant donc à quelques centaines de voix au second tour. Dans la Drôme, les deux villes jumelles, Valence et Romans-sur-Isère, restent donc à droite.
Poitiers n’est plus écologiste
Poitiers était un beau symbole de la vague verte des élections municipales de 2020 et de l’expérimentation de la démocratie participative. La maire sortante Léonore Moncond’huy a été battue par Anthony Brottier, ancien macroniste qui se définit aujourd’hui sans étiquette et qui a recueilli 47,7 % des voix contre 41 %. Léonore Moncond’huy, avait finalement acté un rassemblement entre les listes « Poitiers collectifs » et la liste « Poitiers en commun », cette dernière étant menée par Bertrand Geay et estampillée LFI-PCF.
« Rien n’est joué d’avance. Il y a six ans, on en a bénéficié, mais ça peut aussi être dans l’autre sens… Je suis très fière de notre campagne dynamique, colorée, digne, a déclaré Léonore Moncond’huy, très émue. Anthony Brottier a fait basculer une ville de gauche depuis une cinquantaine d’années, très nettement grâce au report des voix de l’extrême droite, de la droite, du centre.
Le RN met dans le mille à La Flèche
La Flèche était une référence pour la gauche dans l’ouest de la France. Administrée par la gauche presque sans interruption depuis 1945, et par le PS depuis plus de trente ans, la ville sarthoise est désormais aux mains du Rassemblement national. Le candidat du RN Romain Lemoigne, 24 ans, l’a finalement emporté avec sa liste « Rassemblement pour La Flèche » avec 46,75 % des voix. Face à lui, la maire sortante, Nadine Grelet-Certenais (PS), a recueilli 44,97 % des voix, et Michel Da Silva (LR) 8,28 %.
À peine 133 voix séparent les deux premiers candidats. Et la participation a été massive, atteignant 73,60 %. La commune de 15 000 habitants était devenue une cible de choix pour l’extrême droite. D’ailleurs, Jordan Bardella était venu en novembre dernier, et Marine Le Pen a déambulé dans les rues le 12 mars, au côté de sa sœur Marie-Caroline Le Pen, déléguée du RN en Sarthe. Du côté de la gauche, des appels à se mobiliser ont surgi la veille du second tour venant de François Hollande, Bernard Cazeneuve, Marine Tondelier, Clémentine Autain, et François Ruffin… mais sans doute trop tard !
Retailleau attaque violemment LFI
Après Édouard Philippe, Bruno Retailleau, président des Républicains, enchaîne lui aussi avec un discours davantage porté sur la présidentielle que sur les municipales. Après quelques mots sur les territoires ruraux et parlant de son parti comme de la première force politique de France, il s’attaque frontalement à LFI qui qualifie d’« extrême gauche antisémite », et dénonce le soutien du Parti socialiste à l’égard de certaines candidatures insoumises. Le message est clair : en vue de la présidentielle, la droite devra faire front contre « mélenchonisation de la vie politique, un poison qui pourrait tuer la démocratie ». L’occasion pour lui aussi de remettre une couche sur ses thématiques de prédilection : la sécurité, le refus de « l’écologie punitive », la lutte contre l’assistanat et l’immigration.
À Paris, l’espoir pour Grégoire
À travers une fenêtre de la Rotonde, on aperçoit Emmanuel Grégoire, à moitié plongé dans le noir, lunettes sur le nez il ne lève pas la tête de ses fiches. Le socialiste se fait attendre alors que la petite piste de danse commence à se remplir. Hurlement de joie à l’étage supérieur, les premiers résultats semblent être tombés. Les militants socialistes chantent au rythme de « On a gagné ». Bonne nouvelle pour le candidat de l’union des gauches.
Ça, c’est Marseille bébé !
Benoît Payan est réélu dans la deuxième ville de France avec 53 % des voix. Le candidat RN Franck Alisio fait malgré tout un score important avec 41,5 %. La candidate de droite, Martine Vassal, qui avait fait 12,41 % des voix au premier tour s’effondre à 5,5 %. L’union des droites et des extrêmes droites s’est faite dans les urnes.
Blois, Le Mans et Rennes restent aux mains des socialistes
Dans un match qui l’opposait au Rassemblement national et Les Républicains, le Parti socialiste l’emporte à Blois. Marc Gricourt, bien aidé par l’abandon de la liste écologiste qui s’était classée en troisième position au premier tour avec 17,76 %, garde tout son pouvoir dans la ville du Loir-et-Cher, où il est maire depuis 2008.
L’aile droite du PS, représentée par le Hollandais Stéphane Le Foll, continue de régner au Mans. Dans une quadrangulaire où il bénéficiait d’une nette avance après le premier tour, le notable l’emporte face à Marietta Karamanli (divers gauche), Olivier Sasso (Les Républicains) et Victoire De Vigneral (RN).
Elle avait clairement refusé l’union avec La France insoumise : à Rennes, la maire sortante, Nathalie Appéré, rempile pour un troisième mandat en se classant en tête d’une triangulaire qui l’opposait à l’insoumise Marie Mesmeur et au candidat Horizons, Charles Compagnon.
Tulle bascule à droite
Tulle, fief de François Hollande, vient de basculer. La majorité des 13 000 habitants n’a pas voté, pour la première fois depuis 2001, pour l’union de la gauche et des écologistes. Laurent Melin, candidat divers droite, a réuni 54,25 % des voix contre le maire sortant Bernard Combes qui a fait 39,82 %. C’est un séisme pour l’ancien président de la République qui ne manquera pas de faire porter la responsabilité de cet échec à la présence des insoumis sur la liste. Député de la circonscription, il avait obtenu 43,1 % des voix grâce à la dynamique du Nouveau Front populaire.
« Y’a visiblement pas assez de gens de gauche à Limoges »
Limoges ne bascule pas à gauche ce soir. Selon les dernières estimations, la liste de gauche menée par Damien Maudet arrive en deuxième position, à plus de dix points derrière Guillaume Guérin (candidat LR). Dans la salle où se sont réunis les soutiens du candidat insoumis, la déception est grande. Même si, en arrière-fond, certains entonnent un « On ne lâche rien ! »
« Je pensais qu’on allait passer », lâche Margaux, éducatrice dans la protection de l’enfance. Laconique, Adrien se contente de répondre : « Y’a visiblement pas assez de gens de gauche à Limoges. » Deux mètres plus loin, Tom Rigout, petit-fils du communiste Marcel Rigout, est lui aussi amer : « L’effort fourni n’a pas suffi. Je suis inquiet pour Limoges et ses habitants, surtout ceux des quartiers populaires. Ce sont eux qui vont le plus trinquer. »
Le Havre réinvestit Édouard Philippe
Le résultat était attendu et n’a pas surpris dans la cité océane. Ancien premier ministre (2017-2020) et maire de la ville depuis 2010, Édouard Philippe a été réélu avec 47,6 % des voix. Malgré le résultat du second tour, cette élection marquera le grand retour du PCF dans cette ville ouvrière, avec un score de 41,3 % pour Jean-Paul Lecoq. Le Havre était passée aux mains de la droite en 1995, après 30 ans de règne communiste.
Dans sa première prise de parole, Édouard Philippe se lance dans un parallèle peu subtil entre Le Havre et la France : « On ne peut être frappé que par l’immense attente de sécurité des Havraises et des Havrais », plaçant au passage un mot sur la culture française, sur la laïcité et sur « la fierté d’être havrais et la fierté d’être français »… En quelque minutes, la campagne présidentielle est lancée.
En bref
Nîmes ne sera pas d’extrême droite
Le Rassemblement national n’aura pas Nîmes. L’union de la gauche, portée par le communiste Vincent Bouget, réussit à mettre fin à un quart de siècle de règne de l’ancien sénateur Les Républicains, Jean-Paul Fournier. Selon les premières estimations, le candidat de gauche devance l’ancien maire de Beaucaire d’une poignée de points seulement.
Séisme électoral à Poitiers
En 2020, c’était la victoire d’une liste citoyenne et d’un nouvel élan démocratique. À Poitiers, six ans plus tard, c’est la douche froide : la droite prend les rênes de la ville. Alors que la maire sortante, Léonore Moncond’huy, s’était classée en tête au premier tour, elle échoue au second, loin derrière le candidat divers-centre, Anthony Brottier.
Roubaix : victoire sans surprise de David Guiraud
Victoire hautement symbolique pour la France insoumise. À Roubaix, le député David Guiraud qui s’était placé en tête avec 46 % au premier tour, remporte cette ville populaire du Nord avec 54 %, selon les premières estimations. Parmi ces colistiers figure un pilier du quartier de l’Alma, Florian Vertriest, où se joue encore aujourd’hui une bataille contre la démolition d’un quartier ouvrier historique.
Aubagne redevient communiste
Le premier tour s’est joué dans un mouchoir de poche. Dans cette commune des Bouches-du-Rhône, les communistes ont pris leur revanche : cinq décennies de la faucille et du marteau s’était achevées brutalement en 2014 après la victoire du droitier Gérard Gazay, lequel se représentait et était arrivé en 2e position. Au second tour, Jean-Pierre Squillari, communiste qui porte l’union de gauche, se hisse en tête, selon les premières estimations.
Surprise insoumise à La Réunion
Le candidat de La France insoumise-Pour La Réunion (parti d’Huguette Bello), Alexis Chaussalet – ancien porte parole de l’association Attac – a créé la surprise en remportant la ville du Tampon avec 45 % des voix. Le bastion historique de la droite réunionnaise tombe après un règne de près de 80 ans. Quatrième ville de l’île, elle compte environ 82 000 d’âmes et se place en 59ᵉ position des villes les plus peuplées de France. Dans un discours enflammé, le nouveau maire du Tampon galvanise ses troupes : « N’écoutez jamais les vieux tenanciers du système ! » et porte un message à tous les Tamponais·es : « L’heure n’est plus aux règlements de comptes, je serais le maire de tous. »
À Toulon, le pari du RN et de Laure Lavalette échoue
Le ripolinage a échoué. Malgré une campagne où elle a tout fait pour invisibiliser son parti, la députée du Rassemblement national (RN), Laure Lavalette est battue au second tour des municipales à Toulon. Dans cette ville portuaire, que le FN avait emporté en 1995, celle qui est proche des milieux identitaires espéraient reprendre la préfecture du Var à la droite. C’est la maire sortante, Josée Massi, qui l’emporte, finalement assez largement alors que Laure Lavalette était arrivée en tête du premier tour avec plus de 42 % des suffrages. Mais le front républicain a, semble-t-il, fonctionné et l’électorat de Michel Bonnus, qui s’est retiré pour soutenir Josée Massi, semble s’être massivement porté sur la candidate sortante. Après Nîmes, c’est le deuxième gros échec de la soirée pour l’extrême droite.
Clémentine Autain lance un appel à l’union
Les résultats tombent au goutte-à-goutte. Et la présidentielle commence à gauche. La députée unitaire Clémentine Autain lance une pétition pour appeler à une candidature commune de la gauche en 2027. Nom de l’opération : « Arrêter les conneries ». Le site est en ligne. La candidate à la présidentielle et fervente défenseure d’une primaire de la gauche veut tourner la page des divisions et s’appuyer sur une possible dynamique dans les urnes des listes d’union des gauches.
Avec Jimmy Mesquita (divers droite), à Bobigny : « Je suis un enfant d’ici »

Sur le terrain, Jimmy apparaît comme une figure solidement implantée à l’échelle locale. « Je vis à Bobigny, je suis un enfant d’ici », affirme-t-il, revendiquant une connaissance fine de la ville et de ses enjeux. Une légitimité qu’il dit nourrir par de nombreux échanges avec les habitants, les acteurs associatifs et les figures locales. Au fil de la journée, passage dans son ancienne école primaire, puis derniers arrêts dans les bureaux de vote.

Sur le terrain, il multiplie les poignées de main et les discussions avec les riverains, voisins et habitants du quartier. Coco, acteur associatif, témoigne : « Je pense que c’est l’une des personnes les plus à même de comprendre la jeunesse. Parce qu’il est avec elle. Il fait partie de nous, il est toujours présent, dehors, au contact… et ça, c’est important. » « C’est comme un grand frère, ça me paraissait logique de suivre son projet » dit Gursimran-Pal Singh, le plus jeune de la liste.
À Limoges : « Ça va se jouer à quelques voix »
Dans la salle Jean-Pierre Timbaud, non loin de la mairie, les soutiens à la liste d’union des gauches limougeaudes commencent à affluer. Les visages sont tendus, pour un résultat qui s’annonce très serré. La rumeur court qu’à quelques mètres seulement, dans le bureau de l’Hôtel de ville, le candidat de droite Guillaume Guérin, l’aurait emporté en devançant de quelques voix Damien Maudet. Daniel Clérembaux, militant La France insoumise, fait les cent pas à l’entrée : « Ça va se jouer à quelques voix. Tout va dépendre des reports de voix RN. »
Paris : dans l’attente de Grégoire, Thierry Breton meuble
La Rotonde, Stalingrad, 19 h. Les journalistes errent à l’intérieur du club parisien à la recherche du moindre membre du staff ou maire d’arrondissement qui apparaît sur leur trombinoscope. Aucun militant n’est présent pour l’instant, ces derniers ont préféré les bureaux de vote pour le dépouillement. En attendant, les journalistes se sont rabattus sur le bar. Le dernier sondage Elabe, sorti ce vendredi n’est pas rassurant pour l’édile socialiste. Un point d’écart entre le candidat au poing et à la rose et Rachida Dati. Sophia Chikirou se maintient aux alentours des 10 %. Ou peut-être que Grégoire est plus inquiet de son premier discours en tant que maire de Paris qu’autre chose.

Optera-t-il vraiment pour un string rose – comme il l’avait avoué à demi-mot lorsqu’on lui avait soumis le dilemme : ça ou Sophia Chikirou comme première adjointe – pour la grande occasion ? Devant la boîte de nuit, deux écrans géants diffusent LCI en boucle, l’occasion pour les flâneurs de profiter de l’analyse de l’ancien commissaire européen Thierry Breton sur la guerre en Iran, très rassurant. Nicolas, n’a pas voté à Paris : « Je suis italien, le programme de Grégoire m’intéressait, donc je suis venu », le jeune homme cherche ses mots en français en arrangeant sa casquette sur ses cheveux bouclées. « Je croise les doigts pour sa victoire, j’ai aidé à la campagne notamment sur les liens avec le maire démocrate de Turin. » Veni, Vidi, Vici ?
Victoire du RN à Billy-Montigny
« Yanis! Yanis ! » La moitié de la salle bondée s’est mise à hurler d’un coup. Jeunes comme vieux, jubilent, crient et applaudissent. Yanis Gaudillat (RN) vient de remporter les élections avec plus de 57 % des voix. Du côté communiste, les visages se sont lestés d’une soudaine amertume. Certains tombent en larmes. Après 49 ans de gestion communiste, la ville vient de basculer à l’extrême droite. Malgré le retrait du PS, « il n’y a eu aucun report de voix » lâche le maire sortant Bruno Troni, l’air désabusé. « Et le RN, lui, a progressé. »
Derrière ses lunettes bleu son regard semble perdu. Il ajoute : « Merci le PS. Encore une fois, ils sont très forts pour diviser. » Ce qui est le « plus tuant », confie-t-il, ce sont les habitants qui l’ont salué toute la journée devant le bureau de vote. « Ils vous disent “ça va le faire” et ensuite ils votent extrême droite. » Autour de Yanis Gaudillat, tous entament « La Marseillaise ». Ambiance glaçante. « Fachos un jour fâchos toujours » lancent deux communistes. Dans le bassin minier, visages tout sourire, l’extrême droite s’étend comme une tâche d’huile.
Après l’annonce de cette victoire du RN, des cris ont surgi et tout le monde est sorti de la salle en quelques minutes. Du gaz lacrymogène a envahi la salle. La police est intervenue après une altercation entre militants d’extrême droite et communistes. La tension est intense.
Second tour des municipales : l’union des droites en pratique ?
D’ici à une petite heure, les premiers résultats tomberont pour ce second tour des municipales où les enjeux sont multiples. Une donnée devra particulièrement être regardée : y’aura-t-il une union des droites dans les urnes ? Si quasiment aucune alliance entre LR et le Rassemblement national n’a été scellée, il faudra s’intéresser de près aux reports de voix des électeurs de ces deux partis. À Paris, l’électorat de Sarah Knafo se reportera-t-il massivement sur Rachida Dati ? À Toulon, les électeurs de Michel Bonnus (LR) feront-ils barrage à Laure Lavalette (RN) ? A Besançon, les électeurs du Rassemblement national se déplaceront-ils pour le candidat divers droite pour empêcher un second mandat écolo ? Partout, dans l’Hexagone, c’est cette union des droites, en pratique, qui pourrait (ou non) faire basculer le scrutin.
Suspense à Billy-Montigny : « On craint que les électeurs n’aient pas fait barrage aujourd’hui »
Les résultats s’annoncent extrêmement serrés à Billy-Montigny. Les militants communistes serrent les dents. « Le vote socialiste au premier tour c’était un vote d’opposition. On craint que ces électeurs n’aient pas fait barrage aujourd’hui » explique un jeune de la section locale du PC. Des militants de gauche vont de dépouillements en dépouillements. Dans certains bureaux de vote, le RN serait en tête. « Si je ne fais pas d’AVC ce soir, je ne ferai jamais d’AVC de ma vie » lâche une adjointe communiste à la mairie de cette commune membre de la communauté d’agglomération de Lens-Liévin.
À Limoges : « Je suis allé voir les jeunes pour les inciter à voter »
À 18 h 30, l’heure est au dépouillement à l’école élémentaire René Blanchot, implantée au cœur du quartier populaire de La Bastide. À l’entrée des bureaux de vote, une groupe de jeunes, pour la plupart joueurs de foot du US Limoges Bastide, s’est retrouvé pour aller glissé leur bulletin dans l’urne. Le dirigeant du club, Amin Aid, est lui aussi présent sur place : « Je suis allé voir les jeunes pour les inciter à voter, en leur disant qu’ils sont libres de leur choix. C’est important pour eux, parce qu’ici, il n’y a rien. Leur seul point de rassemblement, c’est le stade de foot. »

Âgé de 21 ans, Amine s’est rendu à l’isoloir pour la première fois : « C’est Damien Maudet qui m’a convaincu. Parce qu’il est venu à notre rencontre, il a pris du temps pour échanger avec nous, et lui, il veut faire des choses pour notre quartier. » Ayoub, très fier de son poste de numéro 6 qu’il ne manque pas de mettre en avant, acquiesce. Et renchérit : « Guérin ne nous apporte rien. Maudet, on aime ses promesses. Mais on attend de voir s’il les tiendra. »
48 % de participation nationale à 17 heures
Le taux de participation à 17 h s’établit à 48,10 %, contre 52,36 % en 2014 à la même heure. Selon Ipsos, la participation ce soir devrait tourner autour de 57 %, comme au premier tour.
Sondage : qui déteste le plus les insoumis ?
Question difficile, tant les quatre sont sur la même ligne. Mais qui a prononcé cette phrase : « S’allier avec LFI, c’est inacceptable » ? Indice : il a martelé cette idée dans un quotidien détenu par un des hommes les plus riches de la planète !
Réponse A – Manuel Valls
Réponse B – François Hollande
Réponse C – Raphaël Glucksmann
Réponse D – Emmanuel Grégoire
(La bonne réponse est la réponse C : Raphaël Glucksmann ! Le leader de Place publique l’a tonné dès le premier tour et tous les jours qui ont suivi. Pourtant, l’eurodéputé a très (très, très) peu d’élus dans les conseils municipaux… C’est ce qu’on a calculé ici.)
À Billy-Montigny : « Marine Le Pen, je l’adore »


En début d’après-midi, Arlette, une femme âgée revient du marché. Elle dit à Politis avoir voté « pour la France ». On lui apprend que Marine Le Pen était à Billy-Montigny mercredi. Exclamation spontanée de sa part : « Je l’adore, elle ! » Elle n’avait pas fait attention au fait que cette dernière figurait sur l’affiche de Yanis Gaudillat… elle a voté pour le maire actuel, puisque c’est ce qu’« on » lui « a dit de faire ». Si elle avait su…
Yanis Gaudillat (RN) croisé devant un bureau de vote évoque à Politis « l’insécurité » et ce qu’il ce qualifie « d’ensauvagement des collectivités, même ici », une expression prisée par l’extrême droite française. Une retraitée l’interrompt. Elle le salue chaleureusement. De son caddie, dépassent des branches de buis, achetées exprès « pour les Rameaux », dimanche prochain. « Je suis 100 % chrétienne », précise celle qui assure qu’elle viendra « pour les résultats ce soir » avec deux amies. Quelques heures plus tard, les derniers votants s’empressent d’entrer dans le bureau de vote avant sa fermeture.

« Les hommes en cravate »
Devant le bureau de vote, un homme fume son cigare. Il est venu de Lens où le maire socialiste l’a remporté de justesse la semaine dernière face au RN. « Je comprends pas comment ce mec, qui n’est pas du coin, peut avoir autant de voix » soupire-t-il au sujet de Yanis Gaudillat, originaire de Bourgogne-Franche-Comté. Il observe « les hommes en cravate » qui entrent dans le bureau de vote où commence le dépouillement, à l’affût de parlementaires RN dont il craint qu’ils viennent pour l’annonce des résultats. Les cloches de l’église sonnent. À l’intérieur, les enveloppes sépia ont été étalées sur les tables. Autour des « dépouilleurs », une soixantaine de citoyens sont debout et observent. Billy Montigny est peut être en train de vivre ses dernières heures communistes.
À Limoges : « Douze ans de Lombertie, j’ai du mal à me l’expliquer dans une ville traditionnellement de gauche »
Situé non loin de la gare, dans une zone pavillonnaire longtemps considérée comme un bastion socialiste, les quatre bureaux de vote de l’école Odette Couty avoisinent, à 17 heures, un taux de participation à 65 %. Parmi les derniers votants, Laurent et Évelyne Debrach, tout deux retraités, sont venus apporter leur voix au député LFI et candidat de la gauche, Damien Maudet. « À gauche, c’est celui qui rassemble le plus. Moi, je ne suis pas très mélenchoniste, mais Maudet, ce n’est pas pareil, il a fait ses classes avec Ruffin ! », estime Laurent, ancien adjoint sous la mandature du socialiste Alain Rodet, entre 1990 et 2014.

Tandis que son mari débute un récit détaillé sur l’histoire politique de Limoges, Évelyne grince des dents : « Douze ans de Lombertie, j’ai du mal à me l’expliquer dans une ville traditionnellement de gauche. » Mais pour ce second tour, les deux Limougeauds ont confiance en la victoire face au candidat Les Républicains : « Quand on voit la campagne qu’a fait Guérin, on sent bien qu’il est fébrile ». Des bribes de conversation qui, remontées jusqu’aux oreilles d’un passant, ne font pas consensus.« Guérin, maire de Limoges ! », s’exclame celui-ci en réaction.
À Limoges, bientôt un maire insoumis ?
À Limoges, le deuxième tour de ce scrutin municipal est scruté bien au-delà des frontières du Limousin. Car la préfecture de la Haute-Vienne, aussi surnommée, la « Rome du socialisme », fait partie de ces rares villes qui, dès ce soir, pourraient avoir à sa tête un élu de de la France insoumise. Dimanche dernier, le député mélenchoniste Damien Maudet, soutenu par les Verts, a créé la surprise en se hissant en deuxième position (24,86 %), juste derrière Guillaume Guérin (27,84 %), ancien adjoint et candidat Les Républicains. Pourtant annoncée en tête des sondages, l’union entre socialistes et communistes menée par Thierry Miguel (PS) a dû se contenter de la troisième place, suivi par le candidat du Rassemblement national, Albin Freychet (12,54 %). En dernière position, le maire de droite, Émile Roger Lombertie, a dépassé de justesse la barre des 10 %.

Cette semaine d’entre-deux-tours est néanmoins venue rebattre les cartes. Promis à une quinquangulaire, Limoges doit désormais faire leur choix entre trois candidats. Après avoir obtenu un score décevant, le maire sortant a décidé de se retirer. Et bien que fâché avec son adjoint, à qui il avait promis de passer la main après deux mandats, Lombertie a appelé à faire barrage à la gauche. Mais le principal rebondissement provient des socialistes : à rebours de toutes leurs déclarations de campagne, ceux-ci ont finalement accepté de rallier Damien Maudet et les siens. Unie, la gauche limougeaude a de bonnes raisons d’espérer une victoire ce soir.
Vague bleu marine sur le bassin minier
À Billy-Montigny, dans le Pas-de-Calais, le deuxième tour s’annonce serré. D’un côté, Bruno Troni, communiste, 67 ans, au pouvoir depuis 2001. Avant, c’est son père qui dirigeait la commune depuis 1977. Face à lui, Yanis Gaudillat, 21 ans, candidat du Rassemblement national et collaborateur parlementaire de deux sénateurs du parti. Sur l’affiche de campagne de ce dernier, les visages de Jordan Bardella et de Marine Le Pen.

Cette dernière « s’est pointée cette semaine », nous dit Bruno Troni, étonné de voir cette dernière débarquer pour la première fois dans la commune de 8 000 habitants, « accompagnée de CNews, BFM et de trois cars de militants ». Depuis la semaine dernière, le maire et les communistes de la commune se demandent « ce qu’ils ont pu mal faire ». Comme ailleurs dans le bassin minier, à commencer par Hénin-Beaumont, commune limitrophe, « on a été touchés par la vague bleu marine », souffle-t-il.
À la sortie du bureau de vote qu’il préside, des habitants serrent la pince du maire en lui souhaitant « bon courage ». Au premier tour, Yanis Gaudillat a remporté 43 % des suffrages, presque six points devant Bruno Troni. Une troisième liste menée par un socialiste avait fait 20 %. Ce dernier s’est désisté sans donner de consignes de vote précises. Les premières tendances sont attendues à 19 h.
La gérante d’un PMU du centre ville de Billy Montigny, 32 ans, a voté « pour le changement ». Le maire dit-elle, passe tout le temps devant son commerce sans jamais s’arrêter. Le jeune âge du candidat d’extrême droite ne lui fait pas peur. « S’il est épaulé par le maire d’Henin Beaumont [Steeve Briois, N.D.L.R.], ça ira » assure-t-elle confiante. Accoudés au comptoir, Alain et Raymond, eux aussi sont allés voter RN. Ils lâchent sans hésiter des propos racistes. Alain, qui a passé 3 années « dans le fond de la mine » se revendique de « Le Pen père », le tortionnaire en Algérie qui a fondé le Front National.
Il ne voit aucun inconvénient à ce que la police municipale soit créée et armée comme le propose le RN à Billy. « Si ça tenait qu’à moi je leur tirerai dessus à la kalachnikov, pan pan pan », dit il au sujet « des drogués » en imitant des tirs en rafale. Le PMU avec ses courses de chevaux et le pastis du matin, « c’est pour oublier un peu qu’on est pauvres », disent-ils. Non loin, assis sur un banc, Sofiane, 40 ans s’inquiète de la montée de l’extrême droite. « Ils veulent diviser pour mieux régner. » Dans la région, « le malheur est arrivé quand les mines ont fermé ». Il pense que des associations seraient bien pour « aider les gens à sortir de la misère ». Aujourd’hui , Sofiane constate qu’autour de lui les gens sont « investis par le fatalisme. Ils ne croient plus en la politique ».
Quésaco à Saint-Brieuc ?
Saint-Brieuc rebasculera-t-elle à droite ? En 2020, après dix-neuf ans de présence du Modem à la municipalité, deux listes, une Modem, une autre de centre droit, se faisaient concurrence face à la liste divers gauche d’Hervé Guihard. Celui-ci remportait l’élection haut la main. Maire sortant, se représentant en 2026, désormais sous l’étiquette Place publique, Guihard est arrivé premier d’une courte tête au premier tour (33,20 %), talonné par un candidat Horizons, Victor Bonnot (31,70 %). Sont aussi en lice pour ce second tour : un zemmouriste (12,91 %) et une liste menée par le LFI Henri Alloy (11,71 %). Bien malin qui saurait dire de quel côté va pencher ce soir la préfecture des Côtes-d’Armor…
Union, fusion, alliance, divorce : petit récap
Vous sortez d’une sieste de sept jours et vous n’avez pas suivi la trépidante série « Game of Gauche » ? 3, 2, 1… C’est parti :
- Paris risqué. Dans la capitale, Emmanuel Grégoire affronte Rachida Dati sans la France insoumise.
- Tours vaut le détour. Le maire sortant a tout misé sur l’union, comme en 2020. Recette gagnante ?
- Retour vers le futur à Strasbourg. Une ancienne ministre socialiste sous François Mitterrand affronte Jeanne Barseghian, maire sortante écologiste et soutenue par la liste insoumise.
- Beauvais : l’exception qui confirme l’arête. Dès le 1er tour, la gauche supportait la liste de Roxane Lundy. Une situation rarissime, tant ailleurs, l’union s’est faite dans la douleur. Victoire au bout du fil ?
- Limoges bientôt de gauche ? Le député insoumis, Damien Maudet, pourrait ravir la mairie de droite avec toute la gauche derrière lui. Entretien.
- Ça traite la patte chez les éléphants du PS. Une stratégie qui préfère la défaite à la victoire de l’union…