Publié le 04 juin 2026

5 min

Reprendre la musique aux machines

#Tech #Culture

Face aux coupes budgétaires, à la montée de l’extrême droite et à la concentration industrielle, des artistes et travailleur·ses de la musique s’organisent. Un appel à faire de la culture un front de résistance politique et collective.

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Cinescope Creative / Unsplash


Cet appel est à retrouver dans le hors-série de Politis en kiosque ce jeudi 4 juin. Ce numéro rassemble les interpellations de collectifs, associations, ONG et coopératives dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027.


Nous, le monde de la musique, ne pouvons plus rester en retrait : nous entrons dans une période où le silence nous rendra complices. À l’instar des mondes de l’édition et du cinéma, il est temps de laisser nos craintes et nos pudeurs derrière nous, et de faire collectif. Nos écosystèmes musicaux voient arriver pleine face une triple vague. La première est financière : depuis des années, la litanie des coupes budgétaires pour la culture s’intensifie ; une partie des collectivités et l’État fragilisent leur soutien à l’écosystème culturel.

La seconde est politique : après des années de dérives conservatrices, la France pourrait basculer à l’extrême droite en 2027, plaçant le monde culturel sous la pression directe du Rassemblement national et de son imaginaire réactionnaire et répressif. La troisième est industrielle : le monde de la musique, comme celui du livre et du cinéma, est pris dans une structure toujours plus vorace, accélérant dangereusement les phénomènes de concentration. En France, de grands groupes possèdent et rachètent de plus en plus de festivals, de très grandes salles, de billetteries en ligne.

Loin d’être isolées, ces trois vagues se renforcent mutuellement en une grande marée réactionnaire : l’exemple Bolloré montre combien concentration industrielle, empire médiatique et bataille conservatrice des imaginaires peuvent se nourrir mutuellement. Ce constat nous oblige à construire des formes d’organisation capables de résister : des alliances, des solidarités, des outils politiques ancrés dans nos pratiques culturelles.

Nous avons l’ambition de soulever une multitude d’artistes et de travailleur·ses de la musique, conscient·es des machines industrielles à combattre.

Ne nous méprenons pas : pour les fascistes, si nous ne nous soumettons pas, nous serons placé·es du côté des indésirables, des adversaires. L’extrême droite ne se fiche pas de la culture ; au contraire, elle travaille à la mettre au pas, au service de son agenda réactionnaire, traditionaliste, raciste. Mais ne nous imaginons pas non plus que, par essence, nous serions du bon côté de l’histoire. L’art, la musique ne sont pas des blancs-seings de moralité. Quand la vague brune s’abat, le monde culturel, comme celui des idées, collabore parfois bien sagement comme les autres.

Terre fertile de politisation

C’est bien mal nous connaître que de penser que nous avons dit notre dernier mot. Le bon côté des crises, c’est qu’elles donnent des ailes à quelques-un·es ; l’effet d’aubaine, diront certains, nous parlerons plutôt ici d’instinct de survie. Nous ne nous organisons pas parce que nous avons peur. La musique fait exactement ce que le fascisme déteste : elle mélange, relie, soigne et indiscipline. Nous sommes persuadé·es que nous avons là une terre fertile de politisation, de soin de la société, et une manière de peser sur le débat public.

Sur le même sujet : Eesah Yasuke : « Certains préfèrent se dire que les violences contre les enfants n’existent pas »

Si l’heure est au combat, alors nous prendrons part au mouvement de résistance culturelle en cours. Voilà des mois que, très calmement, nous travaillons à nous réunir : artistes, militant·es, technicien·nes, lieux, syndicats, chercheur·ses.

Très vite, l’idée que nous pouvons être une force politique fait son chemin. Des artistes viennent de toutes parts – des corps différents, des milieux différents, des territoires différents – tous·tes mû·es par un engagement social profond, une énergie phénoménale et un puissant désir d’alliance entre des mondes qui se parlent peu. Le collectif est né de cette prise de conscience : nous ne pourrons agir politiquement seul·es dans notre coin. Il nous faut nous réunir et nous organiser. Une force politique d’auto-organisation et de stratégie qui partirait des musicien·nes. Nos réseaux sont vastes et constellent tout le territoire. Pour l’instant, le collectif est neuf, il sort de l’œuf.

L’enjeu est énorme : 2027, c’est demain, et la fascisation est déjà là. Mais quoi qu’il se passe dans quelques mois, nous avons l’ambition de soulever une multitude d’artistes et de travailleur·ses de la musique, porteur·ses de luttes multidimensionnelles, conscient·es des machines industrielles à combattre. Conscient·es aussi – en tant que personnes écoutées, médiatisées, quelle qu’en soit l’échelle – de la responsabilité particulière qui est la nôtre.

Sur le même sujet : Face à l’extrême droite, Terrenoire replace la culture au bon endroit

La résistance se déclare quand l’adversaire est identifié. Ceci est notre appel aux musicien·nes, artistes, technicien·nes, aux gens qui les suivent et les soutiennent. Le monde de la musique est prêt à se battre contre les forces réactionnaires.

Ce texte est une première note. D’autres suivront, dès le 18 juin, dans un numéro spécial que Politis consacre à la création musicale : ses enjeux, ses industries, ses modes de fonctionnement, les phénomènes de concentration. Autant de réalités qu’il nous faut identifier pour comprendre les mécanismes qui capturent aujourd’hui la musique et commencer à reprendre la main sur ses outils de création, de diffusion et d’organisation. Nommer les structures qui capturent la musique est déjà une manière de commencer à les combattre. Nous voilà en plein jour. Rejoignez-nous !


Pour en savoir plus sur l’opération du 18 juin et rejoindre la mobilisation, contactez : culturesfutures@gmail.com

Par Cultures futures

Publié le 04 juin 2026

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