Publié le 05 octobre 2026

•
4 min

Faut-il brûler la dette ? 

#Économie

Compte tenu d’un taux d’épargne national record, la France n’aurait aucun problème pour financer sa dette si elle créait les instruments fiscaux et financiers adéquats.

Source :

Open link

Imelda / Unsplash

Revendiquer « l’annulation de la dette publique détenue par la Banque centrale » a-t-il un autre but que d’attiser une polémique disruptive ? Un dirigeant politique désirant accéder au pouvoir pour financer la transition sociale-écologique se garderait assurément de lancer un tel mot d’ordre, lourd de conséquences économiques. Demander l’annulation partielle de la dette sous-entend en effet que la France est surendettée. Cela apporte de l’eau au moulin d’une pensée unique qui ne cesse, depuis le rapport Pébereau de 2005, de marteler que la dette française est insoutenable.

L’arrêt de la politique non conventionnelle de la BCE n’est pas étranger aux tensions actuelles sur les taux d’intérêt au sein de la zone euro.

Le ratio dette/PIB était alors de 65 % du PIB. Il a certes bondi lors de la crise financière de 2009 après le sauvetage massif des banques, puis lors de la crise covid, où l’économie fut maintenue sous perfusion « quoi qu’il en coûte ». Mais une dette ne fait boule de neige que lorsque les taux d’intérêt excèdent durablement la croissance de la production en volume. Cela risque-t-il de se produire ? Dans un contexte d’incertitude mondiale, l’arrêt de la politique non conventionnelle de la BCE n’est pas étranger aux tensions actuelles sur les taux d’intérêt au sein de la zone euro.

Sur le même sujet : La dette, un sujet politique

Le cas français est aggravé par l’incertitude politique et la montée du déficit structurel, lié aux pertes de recettes résultant des baisses d’impôts réalisées depuis 2017. Pour autant, compte tenu d’un taux d’épargne national record, la France, dont la balance courante est équilibrée, n’aurait aucun problème pour financer sa dette si elle créait les instruments fiscaux et financiers adéquats.

Prophétie autoréalisatrice

Toutefois, la prophétie d’une dette insoutenable devient autoréalisatrice lorsque les marchés s’en emparent. Bien que l’annulation revendiquée ne porte pas sur les créances détenues sur les marchés, ces derniers demanderaient inévitablement une prime de risque pour acquérir les nouveaux titres émis par des autorités quémandant une restructuration de leur dette. La hausse des taux d’intérêt alourdirait alors grandement le coût de l’emprunt, nécessaire pour financer les investissements en faveur de la transition écologique et des services publics.

Il devient urgent d’y négocier une réforme de la gouvernance budgétaire européenne, assouplissant le Pacte de stabilité.

De surcroît, tout pays demandant, comme le fit la Grèce, assistance financière aux institutions européennes voit son poids affaibli au sein de l’Eurogroupe, à l’heure où il devient urgent d’y négocier une réforme de la gouvernance budgétaire européenne, assouplissant le Pacte de stabilité afin de permettre aux États de la zone euro d’engager les dépenses nécessaires à la transition écologique et numérique, ainsi qu’à l’émergence d’une défense commune avancée. Le concours de la BCE serait à cet égard essentiel. Elle pourrait réactiver ses programmes de rachat de dettes sur le marché secondaire, pour permettre aux États d’émettre à nouveau à bas taux sur le marché primaire.

Sur le même sujet : Dette : sortir de l’emprise des marchés financiers

Or l’annulation de la dette publique détenue par la Banque de France aboutirait précisément à détruire les titres mêmes qu’elle a rachetés dans le cadre desdits programmes non conventionnels. Cela compromettrait leur indispensable réactivation et reviendrait de facto à monétiser explicitement les déficits publics, ce qu’interdisent les textes européens. Il est certes possible d’en demander la renégociation, mais la modification des statuts de la BCE n’en reste pas moins hypothétique. Pour financer son déficit public par la planche à billets, la France aurait alors pour alternative de sortir de l’euro, plan B qu’aucune force politique significative n’a jamais sérieusement envisagé…

Par Liêm Hoang-Ngoc•

Publié le 05 octobre 2026

À lire aussi

Bonjour 👋

Voici l'édition du  

Par Thylan Brissy

Réclamer l'annulation d'une partie de la dette publique ferait grimper les taux d'intérêt, au risque de la rendre réellement insoutenable. C'est l'analyse que livre dans Politis l'économiste Liêm Hoang-Ngoc. L'ancien eurodéputé socialiste défend une autre voie : financer les emprunts de l'État grâce à des "instruments fiscaux et financiers adéquats".

 

Face à une colère lycéenne qui ne faiblit pas, l'État réplique avec des fermetures d'établissements et des interdictions de rassemblements aux abords des lycées. C'est "une atteinte grave" à "la liberté de manifestation et d'expression", répond le tribunal administratif de Strasbourg qui vient de suspendre un de ces arrêtés préfectoraux. Rue89 Strasbourg revient sur cette décision obtenue en référé par la Ligue des droits de l'Homme et plusieurs syndicats.

Accès libre
#Économie

Faut-il brûler la dette ? 

Publié le 05/10/2026 à 08:00

•
4 min