Publié le 22 avril 2026

5 min

Éclairage public à Strasbourg : « Revenir en arrière serait un signal contradictoire »

#Actu

Ancien adjoint à la maire de Strasbourg chargé de l’éclairage public, Pierre Ozenne s’adresse à la maire Catherine Trautmann dans une lettre ouverte où il critique la décision de rallumer l’ensemble des rues la nuit. Il y voit un recul en matière de sobriété énergétique, de finances publiques et de protection de la biodiversité.

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Ancien adjoint à la maire de Strasbourg chargé de l’éclairage public, Pierre Ozenne s’adresse à la maire Catherine Trautmann dans une lettre ouverte où il critique la décision de rallumer l’ensemble des rues la nuit. Il y voit un recul en matière de sobriété énergétique, de finances publiques et de protection de la biodiversité.

« Par la présente, je souhaite, en tant qu’ancien adjoint en charge de l’éclairage public, réagir publiquement à votre décision désormais effective de rallumer la totalité de l’éclairage public dans les rues de notre ville. Je n’ignore pas que cette orientation trouve son origine dans un engagement électoral. Toutefois, au-delà du principe, ce sont les modalités de sa mise en œuvre qui interrogent.

« Agir rapidement avec responsabilité »

À la fin de l’année 2022, dans un contexte d’incertitude majeure quant à la disponibilité de l’électricité pour l’hiver, nous avions été amenés à agir rapidement et avec responsabilité, comme d’autres collectivités, toutes tendances politiques confondues. 65% des communes en 2025, représentant 81% de la population nationale, éteignaient partiellement l’éclairage public en coeur de nuit en France.

À Strasbourg, plusieurs mesures structurantes avaient alors été prises : l’extinction partielle de l’éclairage public en cœur de nuit, entre 1h et 5h en concertation avec les services de l’État et plusieurs associations, dans les rues les moins fréquentées (soit moins de 30% des rues au total); l’accélération du remplacement du parc par des luminaires LED, qui représentent aujourd’hui plus de 60 % des installations (contre 13% en 2020) et des montants d’investissement forts (5 millions d’euros par an) ; ainsi que la mise en place d’un comité de suivi multi-partenarial, garant d’une approche concertée et évolutive.

Pierre Ozenne, ancien adjoint à la maire de Strasbourg en charge notamment de l’éclairage public. Photo : Roni Gocer / Rue89 Strasbourg / cc

Manque de concertation avec le comité de suivi

Les résultats ont été probants : chute de la consommation d’énergie (divisée par 2 en moins de 6 ans) et stabilisation de la dépense de fonctionnement, malgré l’explosion du tarif de l’électricité. Sur d’autres plans, il est noté l’absence d’évolution négative d’actes d’insécurité ou d’atteinte aux biens.

Aujourd’hui encore, la sobriété énergétique demeure une nécessité. Certes, l’attention se porte davantage sur les carburants, mais chaque kilowattheure économisé constitue un bénéfice direct pour la planète, pour la préservation de nos ressources naturelles et pour la biodiversité. Revenir en arrière, sans discernement, serait un signal contradictoire.

Plutôt que de procéder à un rallumage discret et généralisé, il aurait été pertinent de réunir à nouveau le comité de suivi afin d’évaluer, de manière fine, les secteurs justifiant un rétablissement de l’éclairage et ceux où l’extinction peut être maintenue voire étendue, comme nous avions pu le faire à plusieurs reprises entre 2023 et 2025.

« Pas de dégradation de sécurité »

De même, en parallèle, un ajustement du déploiement de la télégestion (déjà opérationnelle dans des quartiers comme le Neudorf et la Montagne-Verte, et en cours à la Neustadt) aurait permis d’adapter l’intensité lumineuse au plus près des besoins réels, une alternative raisonnable à l’extinction.

Les retours d’expérience, à l’échelle nationale, sont clairs : l’extinction partielle de l’éclairage public n’entraîne pas de dégradation avérée des conditions de sécurité. Cette affirmation est basée sur la thèse de Chloé Beaudet (Université Paris-Saclay – datée du 13 février 2026) mais aussi les régulières remontées des services de sécurité publique. Si un sentiment d’insécurité peut parfois émerger, il doit être traité par des actions ciblées et adaptées, non par un éclairage uniforme et systématique. Rallumer une rue pour un ou deux passages nocturnes ne constitue pas une réponse sérieuse. Travailler sur les comportements et l’adaptation est, certes, plus ambitieux mais plus durable.

Effets néfastes sur la biodiversité

En revanche, d’autres réalités sont démontrées, à savoir les effets néfastes sur la biodiversité : perturbation des cycles naturels jour/nuit, impact sur les écosystèmes par la pollution lumineuse, qui impacte le rythme circadien de toutes les espèces. Le déséquilibre des écosystèmes représente une porte ouverte aux espèces exotiques et invasives.

Votre décision conduit à penser que l’environnement vous indiffère et que la nuit représente une menace.

En l’état, un rallumage généralisé entraînera mécaniquement une augmentation des dépenses de fonctionnement, au détriment des engagements environnementaux, de la préservation de la biodiversité et des membres du comité de suivi, acculturés et pro-actifs sur le sujet. Cette décision apparaît dès lors à la fois peu rigoureuse sur le plan budgétaire et contestable sur le plan environnemental.

À l’heure où des efforts seront inévitablement demandés pour maîtriser les finances publiques, il semble essentiel de ne pas commencer par accroître des dépenses évitables. La cohérence de l’action publique est à ce prix. »

Pierre Ozenne

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