Ayant manqué d’eau, les cultures de l’été 2026 ne suffiront pas aux besoins.
Conséquence du réchauffement climatique, la sécheresse déploie ses impacts dans l’agriculture, l’industrie et les milieux naturels. Revue de détail du mois de juillet 2026.
À Illhaeusern, entre Sélestat et Colmar, la nappe phréatique se trouvait à 1,39 mètre sous la surface du sol le 13 juillet, un niveau habituellement attendu mi-août. Cette situation était jugée « catastrophique » par Serge Dumont, hydroécologue à l’Université de Strasbourg mais le 3 août, la nappe avait atteint 2,4 mètres de profondeur selon l’Observatoire de la nappe d’Alsace.
En juillet, la région a subi des températures allant jusqu’à 40,2 degrés Celsius (°C) à Mulhouse selon La Chaîne Météo. Et selon Info Climat, Strasbourg a enregistré une baisse de 51 % de ses précipitations et 123 heures d’ensoleillement en plus par rapport aux normes de saison.
Un camion pour approvisionner en eau potable
La sécheresse a contraint le Syndicat des eaux et de l’assainissement (SDEA) d’Alsace-Moselle de faire appel à un camion-citerne pour alimenter en eau potable les habitants de Sainte-Marie-aux-Mines dès samedi 1ᵉʳ août, selon les Dernièves nouvelles d’Alsace. La ville fait face à un déficit pluviométrique important : 18,2 millimètres (mm) de pluies tombées jusqu’au 24 juillet 2026 contre 100 mm à la même période en 2025 selon Info Climat. Xavier Marchal, adjoint à la maire, détaille dans les DNA que les sources qui alimentent la commune produisent 800 mètres cubes (m³) d’eau alors que la consommation quotidienne s’établie entre 800 et 900 m³.
Des approvisionnements par camions ont déjà été mis en place à Bruebach au sud de Mulhouse en 2019 ou à Ferrette dans le Sundgau en 2022.
Des réserves d’eau qui s’amenuisent
Le bassin « Lauter, Sauer, Moder, Zorn », au nord de l’Alsace, est en « alerte renforcée sécheresse » depuis le 29 juillet. Dans le delta de la Sauer, Paul Muller, chargé de missions du Conservatoire des espaces naturels, détaille l’impact de cette sécheresse sur les espèces vivantes sur France 3 Alsace : « La reproduction des poissons reste possible mais dans de faibles surfaces qui elles-mêmes sont en train de s’envaser. »
À Sélestat, le lit du Giessen, prisé pour la pêche et les baignades estivales et rejoint par la Lièpvrette depuis le col des Bagenelles, est lui aussi en « alerte renforcée sécheresse ». Sébastien Riotto, photographe naturaliste, confie aux DNA : « Ce manque d’eau se manifeste généralement à la mi-août… Mais c’est comme cela depuis mi-juin ».
Le dilemme des fermes-auberges
Dans les hauteurs de Luttenbach-près-Munster, une herbe jaune complètement desséchée est venue remplacer le paysage verdoyant habituel. Depuis le 23 juillet, le secteur est doit restreindre l’utilisation de l’eau. Guy Lochert, propriétaire de la ferme-auberge du Kahlenwasen, expose son dilemme à France 3 Alsace : « La première des priorités, c’est de pouvoir nourrir nos bêtes. » En conséquence, il ne peut plus fournir de l’eau aux clients de passage à l’auberge. Il a déjà dû puiser dans ses réserves d’hiver, ce qui l’inquiète : « Si on n’a plus d’eau lors des prochains étés, on n’a plus de fourrages et plus de bêtes ».
Des appels à l’aide à l’État
Après 51 jours sans pluie dans le secteur de Saverne depuis le mois de mai, une cinquantaine d’agriculteurs se sont réunis à Zehnacker pour réclamer des dédommagements à l’État. François Paget, éleveur bovin, estime ses pertes à « 80 % par rapport à une année normale. »
Par la suite, Dominique Daul, vice-président de la FDSEA pour le canton de Truchtersheim, détaille les complications à venir : « On ne pourra pas semer aujourd’hui ni dans les 15 jours à venir. » Carole Strohm, éleveuse allaitante, déclare aux DNA : « Pour la première fois, tous les agriculteurs sont impactés, quelle que soit leur productions. »
Des conséquences industrielles
Le Rhin est descendu à un niveau historiquement bas depuis 2018, 68 centimètres (cm) à Cologne selon France Inter, ce qui empêche les péniches de le parcourir ou avec des chargements réduits. Frédérique Rycklelynck, de la direction générale du Port autonome de Strasbourg, explique à Ici Alsace que les chargements sont réduits de 50 à 60 % par rapport à la charge maximale. Le port estime le manque à traiter à trois millions de tonnes tandis qu’un responsable des Voies navigables de France rappelle que les entreprises « doivent payer deux bateaux au lieu d’un » pour faire transiter la même quantité de marchandises.
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a annoncé que le coûts de la sécheresse 2026 serait supérieur à celui de 5,6 milliards d’euros de 2022.