Une inspection du matériel au centre de Schirmeck.
Depuis mardi 8 septembre, les pompiers sont en grève. À l’appel d’une intersyndicale, ils réclament davantage de moyens matériels et humains pour répondre à leurs missions, qui se sont multipliées en raison du recul des services publics et du changement climatique.
Au cours de l’été 2026, près de 97 000 hectares sont partis en fumée en France, un triste record. Plus de 250 000 pompiers ont été mobilisés pour lutter contre ces incendies. Quatre d’entre eux ont perdu la vie et une centaine ont été blessés. En Alsace, cinq colonnes de renforts ont été envoyées en Gironde et la dernière n’est rentrée qu’à la fin août. Dans ce contexte, les représentants syndicaux espéraient des réponses du ministère de l’Intérieur. Reçus au ministère de l’Intérieur mardi 8 septembre par Julien Marion, le directeur général de la sécurité civile, les syndicats de pompiers sont repartis déçus par la présentation du projet de loi sur la modernisation de la sécurité civile. Huit des neuf syndicats ont immédiatement appelé les pompiers à se déclarer en grève.
Mercredi 9 septembre, trois représentants des syndicats de pompiers alsaciens ont détaillé à Strasbourg les raisons de leur mobilisation, à l’invitation de Sandra Regol, députée Les Écologistes du Bas-Rhin, qui a travaillé sur les questions de sécurité intérieure. « Après l’été que nous avons passé, on s’attendait à des financements pour répondre aux besoins en équipements et en personnels », introduit Michaël Pacanowski, président du syndicat Spasdis-CFDT, présent au ministère de l’Intérieur :
« Mais il n’y a rien dans ce projet de loi. On n’a entendu que de vagues paroles. Aucune réponse sur nos besoins immédiats, sur la préparation aux futures crises et encore moins sur la répartition de la charge du secours à la personne. »
« Dégradation de la sécurité publique »
Car les pompiers sont las de reprendre à la volée les missions des services publics qui disparaissent, expliquent les syndicats. Une maternité qui ferme, c’est un risque accru d’accoucher dans un véhicule d’assistance des pompiers. Lorsque les médecins ne se déplacent plus, ce sont les pompiers qui sont envoyés au chevet des malades… « Depuis les années 2000, nous avons enregistré une augmentation de 35% du nombre de sorties », pointe Arnaud Biskupski, secrétaire général du syndicat SIS-CGT 68. Et puisque le nombre de pompiers professionnels ne suit pas, le temps moyen d’intervention s’allonge au fil des ans. « Il est de 15 minutes en Alsace en 2026 alors qu’il était de 12 minutes en 2025, souffle Michaël Pacanowski. L’ironie, c’est que le projet de loi prévoit d’annuler tout objectif de délai minimum » :
« Et sans objectif, qu’est-ce qui va pousser les préfets à s’assurer que les collectivités mettent les moyens nécessaires ? Il est même question de réduire le nombre de personnels présents dans les véhicules sortis… Loin d’améliorer la situation, la future loi pourrait même préparer la dégradation complète de la sécurité publique. »
Une grève difficile à faire entendre
Face à ce blocage, les pompiers ont beau se mettre en grève, ils sont de toute manière immédiatement réquisitionnés pour assurer leurs missions. « Hélas, ce n’est qu’un affichage », soupire Cédric Hatzenberger, secrétaire général de SIS-FO 67 :
« Nous allons amplifier le mouvement au cours des semaines à venir. Lors de nos congés, nous ferons des opérations de sensibilisation de la population, nous allons afficher sur nos tenues et nos véhicules que nous sommes en grève et une grande manifestation est prévue à Paris le 29 septembre. Mais c’est sûr que pour le bras-de-fer avec l’État et les collectivités, c’est compliqué. On compte sur les citoyens pour interpeller les élus à chaque occasion. »
Les services d’incendie et de secours (SIS) sont financés par les collectivités locales, départements en tête (donc la Collectivité européenne d’Alsace dans notre région) par l’intermédiaire d’une portion de la taxe sur les contributions des assurances. Dans le Bas-Rhin, le SIS 67 a reçu 105 millions d’euros en 2025, pour 100 millions d’euros de dépenses, soit un coût de 84,33 euros par habitant. Dans le Haut-Rhin, le budget annuel s’élève à 76 millions d’euros, avec 4 millions d’euros de recours à l’emprunt, pour un coût de 84,35 euros par habitant. « Le coût annuel moyen par habitant en France est de 102 euros », rappelle Arnaud Biskupski. Pour les syndicats, cet écart témoigne d’un niveau d’investissement insuffisant des collectivités alsaciennes dans leur sécurité civile.
Compenser le manque de professionnels
« Pour faire des économies sur leurs missions, les SIS font donc appel aux pompiers volontaires au-delà de leurs engagements », pointe-t-il :
« Les sapeurs-pompiers volontaires (8 300 SPV en Alsace pour 1 100 sapeurs professionnels) ne sont pas là pour assurer des gardes postées. C’est pourtant ce qu’ils font parce que les SIS préfèrent cette main-d’œuvre pas chère sous contrat de vacation, donc nettement moins soumise aux contraintes du code du travail… »
En 2023, un rapport de l’Inspection générale de l’administration a rappelé que les SPV ne pouvaient être mobilisés plus de 600 heures par an avec leur statut dérogatoire. Selon les syndicats, ce plafond est pourtant largement dépassé, avec des pompiers volontaires appelés à effectuer plus de 1 000 heures par an. L’IGA estime qu’il faudrait embaucher 21 000 pompiers professionnels pour que les effectifs soient en conformité, soit une hausse de 50%. Contactée, la Collectivité européenne d’Alsace n’a pas souhaité répondre à nos questions.