Publié le 30 mai 2026

5 min

Au siège d’Ophéa, un face-à-face tendu entre la direction et un collectif de locataires

#Communs

Un collectif de locataires de la Meinau a rencontré, jeudi 28 mai, la direction d’Ophéa, leur bailleur social. Logés dans des conditions indignes, ils souhaitent faire entendre leur voix auprès du propriétaire des appartements insalubres.

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Les locataires (assis à gauche sur l’image) rencontrent la direction d’Ophéa (assise à droite sur l’image) dans les bureaux du siège.

Un collectif de locataires de la Meinau a rencontré, jeudi 28 mai, la direction d’Ophéa, leur bailleur social. Logés dans des conditions indignes, ils souhaitent faire entendre leur voix auprès du propriétaire des appartements insalubres.

Des photos de murs moisis ou la vidéo d’un rat surgissant des toilettes. C’est ce que les locataires des appartements d’Ophéa de la Meinau ont dénoncé en réunion lundi 18 mai dernier lors d’échanges à propos de leurs conditions catastrophiques de logement. L’objectif était de se mobiliser ensemble, à l’initiative du Comité populaire d’entraide et de solidarité (CPES), contre Ophéa, le bailleur social détenu par l’Eurométropole de Strasbourg.

Rendez-vous était fixé quelques jours plus tard, le jeudi 28 mai, devant le siège de l’entreprise pour rencontrer les dirigeants. Il est à peine 11 heures quand les participants se retrouvent en bas du bâtiment. Le ton est rapidement donné. « On ne partira pas tant qu’Ophéa n’accepte pas nos revendications ! », lance l’un d’eux. Une délégation de seulement six personnes du CPES est attendue dans les bureaux du siège. Avant de monter, le comité échange quelques mots avec la direction d’Ophéa, qui rappelle qu’elle ne veut pas de manifestation agitée.

Le CPES fait passer son message avant d’entrer en réunion.Photo : Soren Zaug Helmlinger / Rue89 Strasbourg

Une fois les présentations faites, la délégation pénètre dans le bâtiment pour commencer la rencontre officielle. « Au moins, il n’y a pas de moisissures ici ! », ironise Anaïs, membre du CPES, au moment d’entrer en salle de réunion. Leur groupe est composé de cinq habitantes, d’une membre du comité et du député Emmanuel Fernandes (la France insoumise). En face, Pascal Charpentier, directeur de la gestion locative chez Ophéa, les reçoit avec deux autres membres de la direction et un agent local.

Des locataires en attente de réponses

La réunion commence par un tour de table général des revendications des locataires. Samantha prend la parole en première. La locataire explique que « des choses poussent sous [sa] baignoire » mais qu’Ophéa lui aurait juste conseillé d’aérer son logement. Chaba prend la suite, concédant moins subir de problèmes que les autres parce qu’elle n’aurait que des problèmes d’isolation. Elle déplore néanmoins une demande de changement d’un radiateur défectueux refusée.

Khawla témoigne elle aussi, racontant vidéo à l’appui avoir vu un rat sortir de ses toilettes. Elle exprime aussi son exaspération de devoir vivre sous l’odeur de produits anti moisissures dangereux pour la santé.

Khawla atteste de son logement inhabitable, photos à l’appui.Photo : Soren Zaug Helmlinger / Rue89 Strasbourg

Adem, 16 ans, prend lui aussi la parole. Il partage le quotidien avec sa mère dans les appartements d’Ophéa. Il accuse l’entreprise de mettre en place une stratégie pour empêcher les demandes de relogement : proposer volontairement des biens insalubres pour générer directement des refus. Adem est épuisé par cette situation qui perdure :

« J’avais deux ans quand ma mère a demandé un relogement. Aujourd’hui, j’en ai 16. Dans ce système, le refus devient une arme. »

Une direction en manque de solutions

Le témoignage d’Adem chauffe un peu les échanges. Pascal Charpentier, directeur, assure partager sa peine avec le collectif. Cependant, il reproche un procès d’intention fait par Adem et réfute une quelconque stratégie d’Ophéa pour piéger ses locataires. Pour se défendre, il explique lui-même être victime des réseaux sociaux où des accusations similaires seraient portées. Khawla lui répond :

« Vous n’êtes pas contents parce qu’on perturbe votre travail, mais vous n’avez pas de problèmes à perturber nos vies ! »

Pascal Charpentier justifie la bonne action de son entreprise par les commentaires positifs qu’il reçoit. « Je m’enorgueillis d’avoir une note de 3,10 sur 5 sur Google Avis », clame t-il.

Chaba demande des solutions rapide à Ophéa.Photo : Soren Zaug Helmlinger / Rue89 Strasbourg

Malgré tout, le directeur de la gestion locative d’Ophéa, essaye de traiter au cas par cas les problèmes qui lui sont rapportés. Il explique rester très à l’écoute et vouloir gérer les dossiers le plus rapidement possible. Mais les travaux pour la rénovation des logements ne devraient pas arriver avant 2027 d’après les estimations d’Ophéa.

Anaïs ne se satisfait pas de cette réponse et déplore le fait que la délégation n’aura aucune solution à apporter aux locataires restés en bas où n’ayant pas pu se déplacer. Elle demande un abattement de trois mois de loyer qui a été verbalement accepté par Pascal Charpentier.

Une réunion jugée décevante

À la sortie, la délégation regrette une « réunion qui ne s’est pas très bien passée, surtout au niveau du collectif » pour lequel elle a peu de réponses à donner. Anaïs fustige le comportement d’Ophéa. « C’est une tactique faite pour faire traîner les choses et individualiser les problèmes. » Elle estime « ne rien pouvoir attendre des institutions » et que son groupe ne gagnera que « par l’organisation. »

Fin de la réunion et déception partagée au groupe.Photo : Soren Zaug Helmlinger / Rue89 Strasbourg

Avancer ensemble, c’est le but premier pour le CPES. Samantha affirme que le mouvement manque de soutien de la part des autres habitants : « on voudrait être plus nombreux ! » Selon elle, « les gens ont peur des conséquences s’ils s’engagent car Ophéa remet la faute sur les locataires. » Emmanuel Fernandes partage ce sentiment, accusant Pascal Charpentier « d’essayer de faire capoter la démarche collective », lui veut « encourager le collectif » avec son parti. Le rassemblement se termine, avec la promesse d’autres réunions de travail à venir entre Ophéa et le collectif.

Par Soren Zaug Helmlinger

Publié le 30 mai 2026

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