Des mères de familles ont pu s’exprimer sur leurs conditions de vie et sur leurs moyens de mettre fin à ces situations.
Des locataires d’Ophéa se sont réunis à l’appel d’un jeune collectif d’habitants de la Meinau lundi 18 mai. Ces mères de familles entendent s’organiser pour lutter contre l’inaction de leur bailleur social fassent à leurs conditions de logement indignes.
Une vingtaine de personnes se massent autour de quelques tables du Café M, place de l’Île de France, au cœur de la Meinau ce 18 mai. La quasi totalité sont des mères de famille. L’une après l’autre raconte ses conditions de vie dans une ambiance toute particulière, qui alterne entre des éclats de rires et des prises de parole combatives. « On va sur la lune mais on ne sait pas boucher un trou sur un tuyau », conspue Roseline. En même temps, des images de déchets de canalisations dans le sous-sol d’un immeuble défilent sur un écran. « L’odeur est invivable chez moi quand ça déborde », poursuit-elle.

L’assemblée s’est réunie à l’initiative du comité populaire d’entraide et de solidarité (CPES) de la Meinau, un collectif d’habitants et d’habitantes qui s’est formé en début d’année. Le but : se mobiliser contre l’inaction de Ophéa. Ce bailleur social détenu par l’Eurométropole de Strasbourg gère plus de 20 000 logements dans l’agglomération. Khawla se confie, photos à l’appuie, sur l’humidité de son appartement contre laquelle elle lutte en permanence sans parvenir à empêcher l’apparition de champignons sur les murs, les plafonds, et même sur ses affaires ou ses meubles. « Ça m’oblige à utiliser des produits dangereux, déplore t-elle. Quand j’en parle à Ophéa, ils me disent que je dois voire avec l’assurance. Eux ils viennent juste faire de la peinture parfois, mais ça revient ensuite. »




Multitude de témoignages
« Une fois, des ouvrier venus pour les moisissures m’ont dit eux mêmes que ça ne servirait à rien », confirme Nezha. Elle témoigne de sa honte lorsque sa famille lui rend visite, à cause des crottes de pigeons, des odeurs et de l’état de l’immeuble.
Khawla, qui habite rue Louis Loucheur, montre également une vidéo où l’on voit un rat s’introduire dans la cuvette de ses toilettes à travers l’évacuation d’eau, avant de replonger. Les récits s’enchainent et se ressemblent. Une femme déplore l’absence de médiation en cas d’incivilités. Une autre dénonce une inertie de plusieurs mois de Ophéa alors qu’elle avait des punaises de lit. « Je règle mon loyer, mes charges, c’est vraiment irrespectueux », déplore t-elle.
Rachida évoque ses radiateurs souvent défectueux. « Moi aussi je paye du chauffage pour rien, souffle t-elle. Si on leur dit qu’on va arrêter de verser le loyer, ils nous menacent de nous mettre dehors tout de suite par contre. » « Ophéa trouve toujours un moyen de reporter la faute sur les locataires pour ne rien faire », constate Roseline.
Elle en vient même à craindre les effets d’une réhabilitation mal faite de son bâtiment rue de Provence :
« J’ai peur qu’ils mettent juste une isolation extérieure sur des murs déjà pourris et que les problèmes d’humidité persistent. Alors ils pourront nous dire qu’ils ont fait le nécessaire pour ne plus jamais intervenir quand on aura des moisissures. »
Rassemblement le 28 mai
Fatiguées de ce climat de suspicion, les locataires présentes se rendent compte qu’elle font toutes face aux mêmes excuses de la part de leur bailleur. Adem, en seconde au lycée Le Corbusier, fait partie des instigateurs du comité et de la rencontre. Il habite depuis toujours, avec sa mère, dans un appartement Ophéa et connait bien ces problématiques de moisissures ou de rongeurs qui s’éternisent. C’est pour cette raison qu’il souhaite fédérer les locataires.
Le député insoumis Emmanuel Fernandes, ainsi que l’eurodéputée du même parti Leïla Chaibi, spécialisée dans les questions de logement ont répondu à l’invitation du groupe d’habitantes pour les écouter et les soutenir.

Après une incursion au siège d’Ophéa le 13 mai, le CPES a déjà obtenu une rencontre avec la direction du bailleur le jeudi 28 mai. « Qui veut venir soutenir ceux qui iront parler avec Ophéa ? », demande Anaïs, une autre membre du CPES. La quasi-totalité des personnes lèvent la main. Le rendez-vous est fixé.
Emmanuel Fernandes et Leïla Chaibi s’engagent pour leur part à utiliser leur exposition médiatique pour appuyer les demandes des locataires et adresser des courriers à Ophéa. « Vous êtes sur la bonne voie. Quand les gens sont isolés, ça ne fonctionne pas. Mais dès qu’il y a une organisation collective, ce n’est plus la même chose », les encourage Leïla Chaibi.
« L’état de vos logements, c’est inhumain, indigne, appuie Emmanuel Fernandes. C’est le début d’une lutte. Pour ne rien vous cacher, avec la France insoumise, nous sommes encore dans l’opposition, nous n’avons pas le pouvoir. Mais je vous aiderai en utilisant tous les moyens que j’ai à disposition. »

Conséquences sur la santé
Après la séance, certaines locataires proposent une visite de leur barre d’immeuble qui comporte les entrées 1, 3, 5, 7, 9 et 11 rue de Provence. Tous les balcons sont maintenus par des étais pour empêcher leur effondrement depuis au moins 2022. Des déchets multiples jonchent une pièce du sous-sol régulièrement inondée par les eaux usées selon les habitantes.

Dans sa salle de bain, Samantha montre la fenêtre condamnée par une vis. « Elle était carrément tombée dans la baignoire, rapporte la mère de famille. Ils n’ont pas voulu la réparer ou la remplacer, en me disant qu’il fallait attendre la réhabilitation de l’immeuble. Avant ça ils ne veulent rien faire, mais on ne sait vraiment pas combien de temps ça durera. » En 2022, le début de la rénovation était annoncé pour la fin 2023. Samantha pointe aussi des prises détériorées avec lesquelles elle s’est déjà électrocutée et des moisissures.

Nassila, sa voisine, dévoile au CPES et à Emmanuel Fernandes l’ancienne chambre de ses enfants désormais désertée. De vastes moisissures envahissent le mur. Elle vit avec son conjoint et ses trois enfants dans un appartement de 58 mètres carrés. Après un long bras de fer, elle a enfin obtenu un relogement de sa famille : « Notre médecin disait qu’on devait déménager. Mon fils a fini aux urgences parce qu’il avait mal aux yeux, et son frère est tout le temps malade. »


Les membres du comité populaire d’entraide et de solidarité consigne un maximum de témoignages d’habitants et d’habitantes afin de regrouper des éléments concrets avant le rendez-vous avec la direction de Ophéa. De son côté, le bailleur n’a pas répondu à la sollicitation de Rue89 Strasbourg sur ses projets contre l’insalubrité dans ses logements.