École maternelle Louise-Scheppler, Strasbourg
L’adjoint Paul Meyer détaille la stratégie de la municipalité pour lutter contre les fortes températures. L’exécutif compte végétaliser Strasbourg en priorisant les zones les plus minérales et les quartiers populaires, ou encore poursuivre le verdissement des écoles, des crèches et des abords des Ehpad.
Plus de 30 degrés dans les écoles, des piscines bondées, des urgences en suractivité, des transports au ralenti. Strasbourg suffoque sous l’effet d’une canicule historique en cette fin du mois de juin 2026. Avec le dérèglement climatique, ces phénomènes météorologiques vont se normaliser et s’intensifier ces prochaines années. Les rues et places bétonnés font monter la température, tandis que les arbres et la verdure ont un important pouvoir rafraichissant. La végétalisation apparait comme une adaptation évidente pour que les métropoles restent vivables ces prochaines décennies.
Dans ce contexte, pendant le mandat de la maire écologiste Jeanne Barseghian, entre 2020 et 2026, la ville a revendiqué la création de nombreux espaces végétalisés, comme les parcs des Romains et du petit Rhin, ou ceux en prévision à la Cour des douanes, ainsi qu’aux quartiers Archipel et Citadelle. Au total, elle compte 132 000 mètres carré déminéralisés et l’ajout de plus de 7 156 arbres nets, en excluant ceux qui n’ont pas survécu. Ce à quoi il faut additionner des plants pour concevoir des refuges de biodiversité comme les micro-forêts urbaines de Cronenboug et du Neuhof.
Nouvelles plantations l’hiver prochain
De son côté, la municipalité socialiste s’engage à poursuivre et même « massifier » les végétalisations pour lutter contre les bulles de chaleur. Rue89 Strasbourg a interrogé Paul Meyer, adjoint à la maire en charge de « la Ville résiliente », pour questionner plus concrètement les projets de l’exécutif. Il expose sa stratégie sans donner de chiffres à ce stade.
Rue89 Strasbourg : Quelles sont, à court terme, les prochaines étapes de végétalisation et de lutte contre les îlots de chaleur à Strasbourg ?
Paul Meyer : Ces prochains temps, nous commencerons pas reprendre, corriger et peaufiner les derniers aménagements du mandat des écologistes. Par exemple, sur le ring vélo, des endroits sont très minéralisés. Je pense notamment aux quais Turckheim et Desaix, où nous allons faire des plantations. Nous identifions d’autres urgences comme la place Clément à côté des Halles où les habitants nous ont demandé un verdissement lors d’une concertation, les abords du tram à Koenigshoffen, ainsi que la nouvelle aire de jeux Rothau quartier Laiterie, où il n’y a pas un seul arbre.
« Le but premier n’est pas de réaliser des projets spectaculaires, c’est vraiment d’avoir une action juste et ciblée »
Objectif 30% de canopée dans chaque quartier
Il faut respecter la saisonnalité, les premières plantations auront lieu cet hiver. Nous introduirons des arbres si la profondeur du sol le permet, ou alors des arbustes. Quand ça sera nécessaire, on pourra aussi déployer des aménagements tactiques comme des vélums, parce que les arbres mettront du temps à pousser. Mais il faut bien comprendre que ces petites étapes sont anecdotiques par rapport à l’ampleur de la tâche.


Quels sont les projets structurants, à plus long terme ?
Nous étudions la possibilité de faire des végétalisations d’ampleur, comme la création d’une forêt urbaine le long de l’autoroute M35. Mais le but premier n’est pas de réaliser des projets spectaculaires, c’est vraiment d’avoir une action juste et ciblée. En mettant les aspects sociaux dans la balance, parce que là où les gens vivent dans des passoires thermiques et ont moins accès à des espaces climatisés, on veut agir vite.
« Nous avons une réelle volonté de massification de la végétalisation. »
Nous devons améliorer, dans l’urgence, les conditions de vie dans toute la ville. Pour ça, il faut une méthode. Nous avons commandé des cartes au service d’information géographique (SIG) et à l’Agence d’urbanisme de Strasbourg (Adeus) pour croiser les informations entre cinq éléments : la vulnérabilité des publics et des bâtiments, la précarité sociale, le manque de végétation, l’albédo (le pouvoir réfléchissant ou absorbant d’une zone, NDLR) et les températures dans l’espace public. En cumulant ces données, nous allons prioriser les lieux les plus exposés, qui seront par exemple les quartiers populaires, les abords des Ehpab, les crèches… Nous avons une réelle volonté de massification de la végétalisation.
Une fois qu’on identifie des zones, on a une palette de solutions, comme les plantations, la déminéralisation, l’installation de toitures végétalisées… Nous en installerons probablement une sur le parking de la Gare à titre d’illustration. Parallèlement nous allons soutenir la rénovation thermique des bâtiments. C’est important de tout considérer parce que nous aurons de grosses contraintes techniques. L’un des secteurs les plus chauds est l’hypercentre, où nous avons des règles strictes de préservation du patrimoine et de faibles profondeurs de sol, donc il y aura parfois plutôt des tapis de verdure. Il faut aussi prendre en compte les réseaux de tuyaux souterrains.

Allez-vous poursuivre la végétalisation des cours d’école et le plan canopée tels que les Écologistes l’ont porté, avec 1 000 arbres supplémentaires chaque année ?
La déminéralisation des cours d’école, c’est une bonne chose qu’a faite l’équipe précédente. Elle avait stoppé les opérations en février pour neuf établissements, comme Saint-Thomas et Sainte-Aurélie. Nous allons les relancer. On doit aussi travailler sur les bâtiments pour baisser la température dans les classes, avec des brasseurs d’air, des stores, peut-être du blanc de medon sur les vitres. Cette dernière technique doit encore être étudiée parce que nous n’exposerons pas les enfants à un perturbateur endocrinien supplémentaire.
« Priorité budgétaire »
Pour ce qui est du plan canopée, nous souhaitons continuer à planter des arbres. Mais nous n’avons pas un objectif chiffré, nous avons un objectif de résultat pour la population. Le but est de réellement rafraichir l’atmosphère, avec même un impact psychologique positif, parce que voir des arbres ça fait du bien tout au long de l’année.
C’est tout l’enjeu du plan que nous sommes en train d’élaborer. Cette adaptation aux conséquences du réchauffement climatique sera l’une des priorités budgétaires, mais ça non plus, on ne peut pas le chiffrer pour l’instant. En même temps, nous nous attaquerons aux causes du dérèglement climatique avec le plan Climat et les objectifs de baisse des émissions de CO2.