Kaori Ito.
La directrice du TJP, Kaori Ito, quittera le théâtre à l’issue de son mandat. Dans une lettre ouverte, elle indique refuser d’endosser la responsabilité « d’un écosystème entier » et met en cause les médias.
La danseuse et chorégraphe japonaise Kaori Ito, directrice du théâtre TJP de Strasbourg, a annoncé mardi 31 mars à ses 21 salariés qu’elle quitterait Strasbourg à l’issue de son premier mandat, selon une information de Libération. Nommée en 2023 à la tête du centre dramatique national, Kaori Ito a été mise en cause pour ses méthodes de travail comme l’a révélé Rue89 Strasbourg et la question de son maintien à la tête de cette institution pour un nouveau mandat de trois ans était posée.
« Il m’apparaît que la décision la plus responsable est de ne pas solliciter le renouvellement de mon mandat de directrice », a écrit Kaori Ito dans un communiqué public. L’artiste, formée au ballet classique au Japon et à la danse moderne aux États-Unis, et qui a présenté plusieurs spectacles au festival d’Avignon, souligne être « arrivée au TJP dans un contexte particulièrement hostile », et avoir dû composer avec « un héritage bien plus ancien que (son) arrivée. » Elle déclare refuser « de porter seule la responsabilité d’un écosystème entier, alors même que j’ai été nommée, exposée et mise en cause dans plusieurs publications médiatiques ».
Salariés en souffrance
Rue89 Strasbourg s’était fait le porte-parole des salariés en souffrance lors d’une première enquête publiée en décembre. Puis, un audit avait confirmé nos informations, selon des conclusions que nous avons également rendues publiques. Le rapport avait notamment pointé que les salariés étaient perdus face aux « exigences émotionnelles » de la directrice. « Il y a des périodes où des gens pleurent… On absorbe, on soutient et on repart comme si de rien n’était », avait témoigné une personne. « Le plus éprouvant… C’est les agressions verbales, les comportements violents, les mises à l’écart, les humiliations… et la peur de subir à nouveau », précisait une autre.
Pour l’artiste japonaise, en France depuis 20 ans, « ma culture, ma langue, ma manière d’entrer en relation ont constitué des freins bien plus puissants que je ne l’avais imaginé à une communication fluide ». Elle rappelle en outre que « si la présence d’artistes à la tête de ces institutions est essentielle, et porte en elle des dimensions profondément positives, les conditions actuelles en rendent pourtant l’exercice particulièrement difficile ».
Le TJP est doté d’un budget de 2,9 millions d’euros, financé à 61% par la Ville de Strasbourg et par l’État à 26%. Ces dotations sont en baisse, comme dans l’ensemble du secteur culturel, ce qui provoque mécaniquement une dégradation des conditions de travail alors que les ambitions et les objectifs restent ambitieux.