Mutter, Leviticus, Blade Runner, 2001 : L’Odyssée de l’Espace…
Du 25 septembre au 4 octobre 2026, le Festival européen du film fantastique s’installe dans les cinémas strasbourgeois avec 72 films projetés dont 29 en compétition. Pour sa 19e édition, le festival propose une rétrospective sur l’intelligence artificielle, avec des films qui évoquaient cette question lorsqu’il s’agissait encore de science-fiction…
Les programmateurs du Festival européen du film fantastique de Strasbourg (FEFFS) sont assez vieux pour se souvenir que les cinéastes des années 70 avaient exploré, dans la lignée des auteurs de science-fiction de l’époque, les questions posées aux humains par les systèmes d’intelligence artificielle (IA) : Blade Runner, 2001 L’Odyssée de l’Espace, Terminator... Comme en 2025 avec le fascisme, les programmateurs du FEFFS voient leurs thèmes d’antan devenir des réalités contemporaines, ce qui n’est pas une très bonne nouvelle. Est-ce que les films de genre peuvent encore exorciser les peurs si leurs scénarios deviennent des sujets d’actualité ?
Ce sera peut-être le thème du prochain FEFFS qui aura lieu fin octobre 2027. L’objectif de ce décalage d’un mois doit laisser plus de place aux événements de la rentrée et de se caler sur Halloween, période irritante mais jugée plus propice au festival…
Quoiqu’il en soit, la rétrospective de cette 19e édition, du 26 septembre au 3 octobre 2026, met à l’affiche neuf films dont Un cerveau d’un milliard de dollars, où une machine met en péril l’équilibre du monde durant la Guerre froide ; Génération Proteus, qui explorait en 1977 les dangers de laisser les clés de sa maison à un ordinateur ; Une créature de rêve, un teen-movie de 1985 complètement plat mais qui, à l’aune des robots humanoïdes qui fleurissent en Chine, prend une toute autre dimension… Le FEFFS aurait pu aussi programmer les prophétiques Minority Report et I, Robot… Les alertes et les exemples ne manquent pas : les questions posées par l’IA sur la fabrique du cinéma feront l’objet d’une table-ronde mardi 30 septembre à 18h au Cosmos (sur inscription).
Nouvelle vague du cinéma d’horreur
Quant à l’invité d’honneur, il s’agit de Fabrice du Welz, réalisateur belge associé à « une nouvelle vague du cinéma d’horreur francophone » indique le FEFFS mais dont les films, dont sept sont au programme, évoluent aux frontières du cinéma de genre. Sa leçon de maître est programmée le mardi 29 septembre à 20h10 au cinéma Vox, elle sera suivie de la projection de Calvaire.
À noter que la séance d’ouverture programme un film Coyote vs. Acme qui ne sera jamais programmé en salles en France. La Warner ayant décidé de ne pas distribuer le film en France, malgré un budget déjà investi de 70 millions de dollars. Le film de clôture, Hope, est une démonstration du cinéma coréen, un blockbuster doté du plus gros budget de l’histoire de ce pays.
Des monstres qui existent vraiment
Repéré à Sundance puis à la Queer West Film Fest, Leviticus, du réalisateur australien Adrian Chiarella, est peut-être le film le plus politique de la sélection. Deux adolescents découvrent leurs sentiments l’un pour l’autre dans une petite ville australienne gagnée par l’intégrisme religieux. La « thérapie de conversion » menée par un pasteur local libère une entité qui prend la forme de ce que chacun désire le plus. Selon The Playlist, le film montre comment l’homophobie et l’extrémisme religieux peuvent créer un monstre qui n’a rien d’une créature surnaturelle.
Dans Mutter : The Diary of a Mother d’Alphan Eşeli, Gül accouche seule, au bord d’une route de Turquie, d’un enfant qui n’a rien d’humain. Son compagnon prend la fuite et le film suit cette mère isolée qui tente de protéger et d’élever cet être à l’écart de tous. La violence d’une société patriarcale où une femme est livrée aux préjugés et à l’isolement est aussi une mise en scène d’un monstre très contemporain.