Medine en concert à un événement « Ensemble pour la Palestine » au Zénith de Paris le 9 décembre.
Le dernier point du conseil municipal de Strasbourg, vendredi 5 juin, a provoqué de vives tensions politiques autour de l’organisation d’un meeting intitulé « Justice pour la Palestine », prévu au Palais de la musique et des congrès (PMC) où le chanteur doit se produire.
Porté par des figures de La France insoumise, dont les eurodéputées Manon Aubry et Rima Hassan et le député strasbourgeois Emmanuel Fernandes, un événement doit se tenir à Strasbourg le 17 juin au Palais de la musique et des congrès. Il doit mettre en avant une initiative citoyenne, promue par l’European Left Alliance (ELA), dont fait partie La France insoumise, qui a réuni 1,2 million de signatures et demande la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël.
L’initiative citoyenne est un mécanisme de démocratie participative qui permet à des citoyens de l’Union européenne de demander à la Commission de proposer une nouvelle législation sur un sujet relevant de ses compétences. En juin, une session parlementaire aura lieu à Strasbourg. Et La France insoumise a choisi ce moment pour organiser cet événement. Bally Bagayoko, maire (LFI) de Saint-Denis, est parmi les invités annoncés. Jusqu’ici, pas de problème.
Mais l’événement prévoit aussi un concert : celui du rappeur Médine. Sa venue a fait monter une polémique, notamment née des réserves exprimées par la municipalité, qui s’est dite « pas favorable » à la tenue de ce meeting en raison de la présence du chanteur, justement. De son côté, Strasbourg Événements, gestionnaire du PMC, a pointé un manque de transparence sur la programmation. Il affirme ne pas avoir été au courant de la venue du rappeur, ni de la tenue d’un concert.
Question d’actualité en conseil
C’est dans ce contexte qu’Halima Meneceur (La France insoumise) a posé une question d’actualité en fin de séance, vendredi 5 juin, revenant sur les conditions de préparation de l’événement et sur les critiques émises à son encontre. Pour Halima Meneceur, les critiques reposent sur une lecture erronée du dossier. L’élue assure que la programmation était connue dès l’origine, rappelant notamment que l’organisateur avait évoqué dès le 24 avril la tenue d’un concert en clôture, et que l’identité de Médine avait été rendue publique le 22 mai. Des éléments également partagés par l’eurodeputée Manon Aubry cette semaine.
Pour La France insoumise, le problème avec Strasbourg Events est qu’il s’agit d’une société d’économie mixte qui associe la Ville, l’Eurométropole de Strasbourg et le groupe GL Events. Mais l’actuel président du conseil de surveillance est pourtant encore pour quelques semaines Salem Drici, issu de l’ancienne majorité. Il n’a pas encore été remplacé par le premier adjoint Mathieu Cahn, qui doit prendre la suite. Pour autant, la question est soulevée.
Dans son intervention, Halima Meneceur défend le principe de « liberté d’expression et le pluralisme », estimant que la présence de Médine ne pouvait justifier à elle seule une opposition politique à l’événement. Elle a rappelé que l’artiste s’était déjà produit à plusieurs reprises dans le territoire sans incident particulier.
L’élue insoumise interroge aussi la position de la municipalité sur le rappeur : cette réserve est-elle liée, selon elle, aux prises de position publiques de Médine sur la situation à Gaza, notamment l’usage du terme de « génocide » ? Elle a par ailleurs évoqué un précédent : l’événement organisé par le collectif Palestine 67 avec Rima Hassan, qui avait déjà suscité des tentatives d’annulation de la part de la maire Catherine Trautmann (PS).
« Polémique nationale »
Les Républicains, eux, ne sont pas contents du tout non plus. Ils ont tenté de déposer une motion visant à s’opposer à la mise à disposition de l’équipement public. Celle-ci a été écartée par la majorité car elle était hors délai. Ce qui a vraiment déplu à Irène Weiss. Elle regrette l’absence de motion portée par la majorité, estimant qu’un vote symbolique aurait permis de clarifier les positions et de lever les ambiguïtés. Selon elle, le conseil municipal a été privé d’un débat utile.
L’élue LR dénonce une situation qui, selon elle, pose problème au regard des valeurs républicaines, estimant que la présence de Médine dans un équipement public alimente des tensions et une « polémique nationale ». Elle souhaite que la municipalité intervienne et défende la position de Strasbourg comme une ville de « réconciliation » face à un rappeur qui selon elle attise notamment les « tensions communautaires ». L’artiste suscite en effet souvent la controverse, ayant fait l’objet d’accusations concernant une supposée complaisance avec l’islamisme, l’homophobie et l’antisémitisme. Lui, de son côté, revendique un ton « libre et provocateur » dans de nombreuses interviews.
Mathieu Cahn invoque le droit commercial
En réponse, le premier adjoint Mathieu Cahn défend une position de principe, refusant de céder à ce qu’il décrit comme une polarisation du débat. « Pour les uns nous sommes des censeurs, pour les autres nous sommes des lâches », résume-t-il.
Sur le fond, l’élu insiste sur la question contractuelle, estimant que la situation résulte d’un manque de clarté dans l’offre initiale. Selon lui, la présence d’un concert et d’un artiste n’aurait pas été explicitement contractualisée, ce qui aurait conduit à une situation de flou juridique. Il évoque une forme de mise devant le fait accompli, remettant en doute les paroles d’Halima Meneceur quelques minutes plus tôt. Pas question de censure, pour lui, donc, mais d’un simple cas de « droit commercial », qui devra être tranché prochainement. L’épisode n’est visiblement pas terminé, alors que les demandes d’annulation, comme celles du Crif Alsace ou du président de la Région Grand Est Frank Leroy, comme de maintien de l’événement s’additionnent au fil des jours.