Publié le 23 mars 2026

7 min

25 ans plus tard, Catherine Trautmann redevient maire de Strasbourg

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À l’issue du second tour des élections municipales de Strasbourg, Catherine Trautmann a devancé Jeanne Barseghian de 4 700 voix. Un succès remporté dans une large partie de la ville.

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Catherine Trautmann auprès de ses soutiens dimanche soir.

À l’issue du second tour des élections municipales de Strasbourg, Catherine Trautmann a devancé Jeanne Barseghian de 4 700 voix. Un succès remporté dans une large partie de la ville.

Au fil de la soirée du dimanche 22 mars, l’issue s’est dessinée presque inexorablement sur la carte des bureaux de vote de Strasbourg. L’alliance nouée entre la socialiste Catherine Trautmann et Pierre Jakubowicz, le candidat Horizons, pourtant fraîche et décriée jusque dans leurs propres camps, a permis de l’emporter assez largement. Ni les réticences nationales, ni les procès en« tambouille politicienne » n’auront suffi à enrayer la dynamique portée par la notoriété de l’ancienne ministre et ancienne eurodéputée. Au contraire, elle semble avoir rassuré une partie de l’électorat en quête de stabilité.

Au Quai de Scène, le QG de Catherine Trautmann, transformé en quartier général, l’attente s’est vite muée en effervescence au fil de la soirée. Les visages se détendent à mesure que les remontées se précisent. Les militantes et militants s’embrassent, s’étreignent, scrutent leurs téléphones. Dès les premières estimations, la candidate affiche une confiance sans détour. Les résultats se précisent, la salle retient son souffle, puis explose. Une ovation monte, longue, compacte. Elle traverse la pièce sous les applaudissements, visiblement portée par le moment. « Strasbourg va retrouver sa fierté », clament les militant·es.

Les résultats en détail

Catherine Trautmann a lavé l’affront que les Écologistes lui ont fait subir en 2020. L’ancienne ministre de la Culture de Lionel Jospin reprend Strasbourg en s’imposant au second tour d’une triangulaire. Elle devance de 4 700 voix l’union de gauche menée par la maire sortante Jeanne Barseghian, alliée à l’Insoumis Florian Kobryn, et le candidat de droite Jean-Philippe Vetter arrivé 300 voix derrière.

QG de campagne de Catherine Trautmann, à l’annonce de la victoire. Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg / cc
QG de campagne de Catherine Trautmann, à l’annonce de la victoire. Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg / cc

Le pari d’une campagne incarnée, presque entièrement construite autour de la figure de Catherine Trautmann, s’avère gagnant. Une candidature de notoriété, de confiance, pour celle qui fut maire  de Strasbourg à deux reprises (entre 1989 et 1997, puis entre 2000 et 2001). La nouvelle maire se réjouit d’avoir été élue, malgré ses 75 ans. « On ne pardonne pas à une femme d’être âgée. Je suis ravie de pouvoir dire que les séniors peuvent être utiles, avoir une jeunesse de pensée avec le sel de l’expérience. »

Catherine Trautmann redevient maire de Strasbourg après 25 ans. Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg / cc

Dans son discours devant ses militants et ses soutiens dimanche soir, la nouvelle maire surprend en déplaçant immédiatement le centre de gravité. Elle parle du social, des « plus vulnérables », des « loyers trop chers », des quartiers populaires… Elle promet une démocratie participative « réelle », insiste sur l’écologie, tout en revendiquant clairement son identité : « une femme de gauche ». Une manière de rassurer après une alliance qui a brouillé les repères…

« Contre vents et marées »

Au même moment devant la brasserie Le Tigre, des militantes et militants de Jeanne Barseghian fument, visage crispé. La soirée avait commencé par une erreur bienvenue de TF1 qui avait placé leur candidate en tête. Vite rectifiée par France 2… À partir de là, l’air devient lourd, les regards se croisent sans vraiment se soutenir. Vers 21h30, les estimations deviennent trop précises pour laisser place au doute. À l’intérieur, les tentatives de slogans s’éteignent rapidement. L’union de « la gauche, la vraie », incarnée par Jeanne Barseghian et Florian Kobryn le candidat Insoumis, arrivé quatrième au premier tour, n’a pas fait le poids.

Peu avant 21h40, Jeanne Barseghian et Florian Kobryn quittent les lieux pour rejoindre le plateau de France 3 Alsace. Le dépouillement n’est pas encore terminé, mais la décision est prise : reconnaître la défaite. Jeanne Barseghian réagit :

« Ça semble se confirmer pour Catherine Trautmann. J’en prends acte et je lui adresse mes félicitations. Je remercie les Strasbourgeoises et Strasbourgeois engagés qui ont manifesté leur confiance. Je suis fière qu’on ait porté une dynamique d’union ensemble avec la lutte contre les inégalités, pour le climat. Autant de sujets qu’on continuera de défendre contre vents et marées au conseil municipal. Madame Trautmann a été beaucoup dans la confusion et beaucoup de personnes n’ont pas compris son alliance. Je crois qu’elle devra, malgré sa notoriété importante, montrer quel projet elle porte réellement. »

Jeanne Barseghian promet qu’elle se battra contre « vents et marrées ». Photo : Eva Chibane / Rue89 Strasbourg / cc

À ses côtés, Florian Kobryn, le candidat insoumis, renchérit :

« C’est une déception et une inquiétude pour les Strasbourgeois. Aujourd’hui, la ville rebascule au centre droit. Ce sont désormais les macronistes qui sont au pouvoir à Strasbourg. Nous aurons besoin d’une gauche combative à Strasbourg. Les habitantes et habitants peuvent être assurés de notre engagement au conseil municipal. »

Dans les rangs militants, la désillusion se mêle à une forme de désarroi. Certains confient, à demi-mot, qu’ils auraient préféré une victoire de Jean-Philippe Vetter. « Au moins, il avait une ligne claire. On savait à quoi s’en tenir. Là, on ne sait rien du tout », lâche l’un d’eux, amer.

Être une opposition constructive

La suite s’écrit déjà dans les mots des vaincus. « La défaite fait partie aussi de l’exercice politique », souffle Syamak Agha Babaei, premier adjoint sortant. L’élu, rompu aux responsabilités après des années passées dans la majorité, promet une « opposition constructive ». Une posture nouvelle pour celui qui a gouverné aux côtés de Roland Ries puis de Jeanne Barseghian :

« Nous allons incarner l’opposition vigilante sur les questions de justice climatique, sociale. De la lutte contre les discriminations, l’antisémitisme et l’islamophobie. Quand on écoute les déclarations de Catherine Trautmann, qui veut défaire les pistes cyclables, je pense que ça n’arrivera pas. Ce qui a été fait est bien là et a été plébiscité. »

La maire sortante remercie ses soutiens. Photo : Eva Chibane / Rue89 Strasbourg / cc
Jeanne Barseghian essuie ses larmes, elle revient de France 3. Photo : Eva Chibane / Rue89 Strasbourg / cc
Militants, soutiens, mines fermés à l’annonce des résultats. Photo : Eva Chibane / Rue89 Strasbourg / cc

Quand Jeanne Barseghian revient au Grand Tigre, les larmes coulent. Les siennes, celles de colistiers. Elle donne un discours très bref, moins de deux minutes, pour remercier, et dire, elle aussi, le combat qu’elle mènera dans l’opposition. Florian Kobryn ne prend pas la parole. Dans les rangs, on tente d’analyser. « La campagne a été bonne, mais il y a eu des erreurs pendant le mandat qui ont coûté cher », souffle un colistier. La vague écolo de 2020, qui avait porté Jeanne Barseghian en tête avec une marge confortable sur ses rivaux, est lointaine. C’est un échec pour son équipe qui avait pourtant fédéré douze formations de gauche.

Jean-Philippe Vetter restera dans l’opposition

À droite, la soirée a aussi un goût amer. Au bowling de l’Orangerie, les mines sont fermées, les regards rougis en fin de soirée. La stratégie de Jean-Philippe Vetter, qui avait fait le choix de partir seul en misant sur le renouvellement, après un échec en 2020 à la suite de la fusion de la liste avec celle du macroniste Alain Fontanel, n’a pas suffi. Malgré une dynamique réelle au premier tour, malgré un soutien ponctuel venu du centre, rien n’y a fait.

Jean-Philippe Vetter, après les résultats. Photo : Margaux Delanys / Rue89 Strasbourg / cc

Dans le camp du candidat de droite, certains laissent couler les larmes, à l’image d’Irène Weiss, co-directrice de campagne. Six années supplémentaires dans l’opposition se profilent. Fidèle à son image, le candidat reste souriant et assure qu’il demeurera vigilant, notamment sur les deux piliers de sa campagne : la sécurité et l’économie.

Par Eva Chibane

Publié le 23 mars 2026

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