Catherine Trautmann a annoncé en conférence de presse le rétablissement de l’éclairage public la nuit.
Catherine Trautmann, la nouvelle maire socialiste, annonce le retour progressif de l’éclairage public dans tout Strasbourg d’ici l’été. Une première décision 50 jours après son élection présentée comme une réponse aux inquiétudes sur l’insécurité et les déplacements nocturnes. Et un premier retour sur une mesure issue du mandat écologiste.
Dans le grand salon du centre administratif, mardi 12 mai à 18h30, Catherine Trautmann a choisi un sujet hautement symbolique de la campagne des élections municipales pour afficher les premières inflexions de son mandat : la lumière. Entourée d’Arieh Adida, adjoint à la sécurité, et de Landdry Augier de Lajallet, chargé du domaine public, du stationnement et de l’éclairage public, la maire socialiste de Strasbourg a annoncé le rallumage progressif de l’éclairage public dans toute la ville d’ici au 30 juin 2026.
Une annonce technique en apparence. Mais profondément politique dans une ville où l’extinction nocturne de l’éclairage dans environ 30% des rues entre 1h et 5h du matin était devenue l’un des symboles du mandat de la maire écologiste Jeanne Barseghian.
« Nous avons engagé un travail important depuis le début du mandat. Ce travail de proximité est nécessaire pour renouer le lien, le dialogue », affirme Catherine Trautmann. Dans les réunions publiques comme pendant la campagne municipale, dit-elle, les mêmes préoccupations revenaient sans cesse : les déplacements nocturnes et le sentiment d’insécurité. Sans pour autant disposer de chiffres sur l’insécurité ou de données précises. La maire insiste particulièrement sur les témoignages de femmes. « Pouvoir rentrer chez soi sans crainte, marcher, rejoindre un arrêt de bus, c’est une attente légitime, souligne-t-elle. Il est impensable que des femmes se sentent exclues de certaines parties de la ville. »

Une pique après l’autre contre les écologistes
« La sécurité n’est pas un slogan, c’est un droit fondamental, martèle Catherine Trautmann, qui oppose à mots couverts sa vision à celle du précédent mandat. L’indispensable transition écologique ne peut pas être vécue comme une contrainte ou une angoisse. » Une première pique adressée contre l’ancien exécutif écologiste, à laquelle s’en ajoutent d’autres. C’est surtout Landdry Augier de Lajallet qui se charge des attaques les plus directes. Il revendique ainsi un changement de méthode et de philosophie. « Il a fallu six mois aux écologistes pour éteindre l’éclairage public. Nous allons le rallumer en trois mois : deux fois plus rapidement », lance-t-il comme s’il s’agissait d’une performance.
L’élu affirme que « près de la moitié des points lumineux éteints » en 2022 lors du précédent mandat ont déjà été remis en service. Les quartiers de Cronenbourg, Hautepierre, l’Elsau, Koenigshoffen ou encore la Montagne-Verte sont concernés.
Dans le viseur de la majorité : une extinction nocturne jugée « extrêmement clivante », qui aurait rendu l’espace public « moins vivant, moins accessible et moins rassurant ». « Une ville doit rester praticable, lisible et accueillante à toutes les heures du jour et de la nuit », défend l’adjoint.
Éclairer plus… mais « éclairer juste »
Pour autant, la majorité se garde bien d’apparaître anti-écologiste. Catherine Trautmann insiste au contraire sur une ligne d’équilibre et assure vouloir une « écologie qui protège sans opposer les habitants entre eux ». Les espaces naturels et les parcs ne seront par exemple pas concernés par l’éclairage la nuit.
Landdry Augier de Lajallet résume la doctrine municipale en deux mots :« éclairer juste ». Concrètement, la Ville promet des luminaires moins énergivores, une intensité adaptée selon les secteurs et une accélération massive du passage à la technologie LED, moins consommatrice d’énergie. Aujourd’hui, 60 % du parc est « ledifié« , contre 13% en 2020. « Ce n’est pas suffisant, surtout après six ans de mandat écologiste », pique encore Landdry Augier de Lajallet.
Même critique sur la télégestion du réseau — qui permet d’ajuster l’intensité lumineuse à distance — limitée à seulement 4 % des lampadaires strasbourgeois selon le nouvel adjoint. « La contrainte a précédé la modernisation », regrette-t-il.
Une facture encore floue
Le rallumage de l’éclairage public représente un coût annuel estimé à 110 000 euros toutes charges comprises… Une somme que la majorité juge soutenable. En revanche, le chantier de modernisation du réseau pourrait s’avérer bien plus lourd financièrement.
La Ville attend justement les conclusions d’un audit financier qu’elle vient de lancer pour préciser le rythme et le coût des futurs travaux, insiste Landdry Augier de Lajallet. « L’audit ne va pas tout empêcher », tempère Catherine Trautmann, qui sent venir les critiques. « La question de l’audit, c’est la question du rythme », conclut-elle.