Publié le 01 mai 2026

5 min

Dernier 1er mai avant 2027 : « Tout le monde a déjà la campagne en tête »

#Pouvoirs

Face aux attaques contre la journée des travailleurs et des travailleuses, près de 5 000 personnes ont défilé dans les rues de Strasbourg. À un an de l’élection présidentielle, les syndicats anticipent une campagne marquée par des attaques anti-sociales

Source :

Open link

Près de 5 000 personnes ont défilé ce vendredi 1er mai 2026 à Strasbourg.

Face aux attaques contre la journée des travailleurs et des travailleuses, près de 5 000 personnes ont défilé dans les rues de Strasbourg. À un an de l’élection présidentielle, les syndicats anticipent une campagne marquée par des attaques anti-sociales.

« Ni chair à canon, ni chair à patron. Une seule solution, c’est la révolution », diffuse en boucle le mégaphone grésillant du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). La voix entravée par les premiers chants, Serge, secrétaire CGT des cheminots de Bischheim manifeste chaque 1er mai depuis vingt ans.

Cette énième manifestation a pourtant une résonance particulière pour le syndicaliste, « au regard des attaques du patronat, contre le 1er mai », entame-t-il. Les artisans boulangers et fleuristes ont reçu l’aval du gouvernement pour enfreindre le Code du travail et faire travailler leurs salariés. « Les attaques contre ce jour férié ont incité les gens à se déplacer », estime pour sa part Juliette, membre de la Fédération syndicale étudiante (FSE) de Strasbourg. Selon les syndicats, ils étaient près de 5 000 à être venus manifester, contre 3 000 recensés par les forces de l’ordre, un peu plus que l’an dernier.

À plus d’une soixantaine de kilomètres de là, les agents du château du Haut-Koenigsbourg sont en grève contre la décision de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) de leur imposer le travail ce 1er mai, « jour pourtant férié et chômé », martèle Éric Borzic, secrétaire général de l’union départementale des syndicats FO du Bas-Rhin. Dans la matinée, une cinquantaine de membres du syndicat Force ouvrière (FO) ont fait le déplacement jusqu’à l’attraction touristique pour soutenir les salariés grévistes sur place.

Serge, délégué syndical CGT, mobilisé comme chaque année pour le 1er mai.Photo : Margaux Delanys / Rue89 Strasbourg / cc
Les cheminots de Bischheim ont fait le déplacement jusqu’à Strasbourg pour dénoncer les réorganisations en cours à la SNCF.Photo : Margaux Delanys / Rue89 Strasbourg / cc

Des mesures antisociales redoutées pour 2027

Dans l’intersyndicale de ce 1er mai 2026, la perspective d’une campagne présidentielle à venir où se multiplieront les attaques contre les droits des travailleurs est sur toutes les lèvres. « Le 1er mai est le point d’achoppement de cette campagne, une rampe de lancement pour la présidentielle. On sait déjà qu’ils vont faire leur campagne sur des mesures anti-sociales », grince Laurent Feisthauer le représentant de la CGT pour le Bas-Rhin, prêt à rejoindre la mobilisation similaire qui se tenait en Allemagne à Kehl.

Et de poursuivre, prudent : « Notre rôle en tant que syndicat sera de s’assurer d’un programme commun, comme nous avions appelé à voter pour le NFP. » Mais les partis s’apprêtent à partir en ordre dispersé pour l’élection reine, contrairement aux législatives anticipées de 2024.

Derrière le stand de l’Union pour la reconstruction communiste (URC), Erwan Le Clerch, drapeau sous le bras, appuie :

« Depuis les municipales, tout le monde a en tête la question de la campagne présidentielle. Ce 1er mai est aussi là pour poser un rapport de force. Ce qu’on perçoit, c’est la stratégie du choc. Les droits des travailleurs sont attaqués de toute part. »

Le cortège de tête s’engage vers les quais.Photo : Margaux Delanys / Rue89 Strasbourg / cc

Plus loin, arborant le chasuble orange de la CFDT, Tom Kieffer, syndiqué depuis quatre ans chez Leuco Production, une usine de Beinheim, veut éviter de faire du 1er mai un « moment de récupération politique ».

Mais il note tout de même que « le gouvernement cherche à rogner sur les acquis sociaux. Il y a eu l’opposition sur la cinquième semaine de congé payés, avancée comme une « opportunité » pour les salariés, mais l’enjeux, c’est de créer une brèche. Et c’est exactement ce qu’il se passe avec le 1er mai », tance le syndicaliste, alors que le cortège s’avance pour gagner les quais. 

Sur les pancartes brandies ce 1er mai 2026, nombre d’entre elles dénoncent la précarité des travailleurs et travailleuses.Photo : Margaux Delanys / Rue89 Strasbourg / cc

Au milieu de la foule venue manifester pour la journée des droits des travailleurs et des travailleuses, les bras tendus, Capucine, 21 ans, arbore pancarte à l’effigie de Jordan Bardella, les yeux masqués par des dollars. Une référence au déjeuner du président du Rassemblement national (RN) avec la direction du Medef, représentant du patronat. « Parce que l’accession du RN au pouvoir, c’est notre principale source d’inquiétude« , glisse la jeune étudiante en biologie, venue avec sa mère. À moins d’un an de l’élection présidentielle, elle anticipe déjà « l’engrenage » : chaque candidat « va monter le curseur un peu plus haut en matière de proposition antisociale ».

« Croire à la possibilité de conserver nos droits »

Après avoir subi des violences policières, Océane avait renoncé aux manifestations. « Mais avec ce qu’il se passe en ce moment », la jeune femme de 29 ans a emboîté le pas de son ami Lucas. « On fait campagne sur le fait de nous retirer des droits. Si nous sommes là, c’est pour montrer qu’on est plus nombreux et qu’on est beaucoup à croire à la possibilité de conserver nos droits sociaux », appuie ce travailleur associatif.

Océane et Lucas sont venus manifester le 1er mai pour défendre les droits des plus précaires.Photo : Margaux Delanys / Rue89 Strasbourg / cc

Gabrielle connaît bien aussi le monde associatif, puisqu’elle est bénévole dans une structure d’aide aux personnes précaires dans un village du nord de l’Alsace. « C’est un des rares moments où les travailleurs peuvent manifester », note-t-elle. Membre du Mouvement national des chômeurs et des précaires, cette salariée ne « voulait pas manquer cette manifestation » dans le contexte actuel« qui contraint les associations à agir face aux défaillances de l’État« . Avant de glisser : « On manifeste, tant qu’on le peut encore ».

Par Margaux Delanys

Publié le 01 mai 2026

À lire aussi

Bonjour 👋

Voici l'édition du  

Par Léna Rosada

1,1 million d'euros d'argent européen pour financer des organisations aux discours fascisants. Politis présente la Sovereignty Foundation et ses membres au palmarès raciste, négationniste, transphobe, présidée par Sarah Knafo et portée par le parti européen d'extrême droite l’Europe des nations souveraines (ENS)

Donner le nom d'une médaillée d'or de boxe anglaise aux jeux olympiques à un gymnase. A priori, rien d'alarmant... sauf pour l'extrême droite de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui s'emballe sur fond de transphobie et de racisme quant à l'inauguration d'un équipement sportif scolaire au nom de la championne algérienne Imane Khelif, raconte Rue89 Lyon.

#Pouvoirs #Extrême droite

Comment l’Europe finance des fondations fascistes

Publié le 30/04/2026 à 18:01

11 min