Publié le 15 septembre 2026

10 min

Faux sans étiquette, vrai RN : les débuts du premier maire d’extrême droite du Rhône

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Arrivé aux manettes en jouant habilement des dissensions politiques locales, Rémi Berthoux, a réussi un joli coup de force en se faisant élire premier maire RN du Rhône avec une liste se présentant comme « sans étiquette ». Moins caricaturaux que d’autres, ses premiers pas ont pourtant des marqueurs du parti d’extrême droite.

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Rémi Berthoux, 29 ans, a su rassembler les droites à Thizy-lès-Bourgs pour être élu maire, en laissant de côté l’étiquette Rassemblement national. ©Montage Rue89Lyon

Arrivé aux manettes en jouant habilement des dissensions politiques locales, Rémi Berthoux, a réussi un joli coup de force en se faisant élire premier maire RN du Rhône avec une liste se présentant comme « sans étiquette ». Moins caricaturaux que d’autres, ses premiers pas ont pourtant des marqueurs du parti d’extrême droite.

« Il n’y a que vous qui savez qu’il est au RN. » Cette boutade, c’est un bon connaisseur du coin qui nous la lâche, un peu rigolard, à propos de Rémi Berthoux. À 29 ans, le jeune homme, collaborateur politique du député Rassemblement national Jonathan Géry — du moins, encore présenté comme tel — a réussi un petit exploit en mars dernier : devenir le premier maire d’extrême droite du Rhône, à Thizy-les-Bourgs, grâce à une liste se déclarant « union des droites », voire sans étiquette.

Le directeur d’école n’avait pas demandé l’investiture de son parti. Militant depuis dix ans dans le parti mariniste, candidat à la Métropole en 2020, aux Départementales en 2021, aux législatives en 2022, un temps responsable de la fédération du Rhône… Son appartenance au RN ne faisait pourtant aucun doute.

« Sa majorité crie de partout qu’ils n’ont rien à voir avec le RN », commente Anne Reymbaut, candidate déçue et élue d’opposition socialiste depuis de nombreuses années. Une réalité : les encartés au parti lepéniste sont extrêmement rares dans sa majorité.

Marqueur RN n° 1 : taper sur la CGT

Pourtant, les premiers pas de cette figure locale du RN rappellent les bases de l’extrême droite. Dès son arrivée, Rémi Berthoux a pris une décision ô combien symbolique : supprimer la subvention accordée par la Ville au syndicat la CGT, le mercredi suivant son élection.

Cette sub’ n’avait pourtant pas été mise en place par la précédente majorité divers-gauche — restée seulement deux ans en exercice. Elle date d’une trentaine d’années, du temps où le centriste Michel Mercier, ancien ministre de Nicolas Sarkozy et longtemps baron local, était à la tête de la commune.

Le maire RN a mis en avant un soutien de la CGT nationale au Nouveau front populaire (NFP) durant les législatives 2024 pour sucrer cette enveloppe de 500 euros.

« Il était tout content de nous faire notre fête… », grince le cégétiste Maurice Cernicchiaro. À 80 ans, il est le tôlier de l’union locale du syndicat depuis 40 ans. « Sans illusion sur le RN », celui qui connaît bien le grand-père du maire — Jean-Marc Berthoux, plutôt classé à gauche, il a été l’ancien adjoint de Michel Mercier — se doutait que cette subvention allait disparaître. Un acte on ne peut plus politique pour lui.

Une polémique autour de l’islam

Marqueur n° 2 : l’islam. Dans la foulée de son élection, une polémique autour de l’Aïd a très vite animé la commune de 6 000 habitants. L’association cultuelle islamique de Thizy-les-Bourgs avait demandé une salle communale pour la prière. Une demande retoquée par la Ville. « L’interdiction a été faite au dernier moment », peste Baroudi Merini, le président de l’association.

Ce dernier se demande si l’élu d’extrême droite « ne l’a pas fait exprès », sachant que cette autorisation avait été accordée sans difficulté les précédentes années. Son association a saisi le tribunal administratif puis a lâché l’affaire à la suite d’une première décision défavorable des magistrats, fin mai.

Objectif : reprendre vite le dialogue. Avec un succès mitigé. Dix jours après ces entrefaits, le maire envoie un courrier au président de la mosquée de Thizy, ciblant des problèmes de stationnement le jour de la fête religieuse.

« La municipalité a fait le choix, dans un premier temps, de privilégier une démarche de prévention et de dialogue, peut-on y lire. Toutefois, si les difficultés constatées devaient perdurer, une phase de contrôle serait engagée par la police municipale. »

Le ton est donné. « Il a voulu montrer ses muscles », souffle Baroudi Merini. Tout en prônant l’apaisement, ce dernier reste sur ses gardes. « On est là depuis 15 ans, on a jamais eu de problème, regrette-t-il. C’est la première fois que ça se passe comme ça. »

« On attend de voir »

Enfin, marqueur nᵒ 3 : l’écriture inclusive. Discrètement, Rémi Berthoux a demandé à l’association culturelle Courant d’Art de reprendre un flyer, où l’on pouvait lire un point médian. « Il nous a demandé de changer », confirme son ancien président, Pierre Grataloup.

Cette association, qui organise Jazz à la ferme et gère un bistrot culturel (notamment), avait sollicité un entretien dans le cadre d’une subvention accordée par la mairie. C’est lors de cet échange que Rémi Berthoux a fait cette demande. « Pour l’instant, il n’y a rien de grave, commente Pierre Grataloup. On attend de voir. »

Cet état d’esprit domine chez la plupart des personnes interrogées. « Pas sûr qu’ils aient prémédité l’affaire », nous glisse un centriste, quand on l’interroge sur les polémiques de début de mandat. Ce dernier est plutôt confiant, même sur le devenir de la trentaine de mineurs étrangers non accompagnés, encadrés par l’association Capso. Pour l’instant, rien ne transparaît à ce sujet.

Au passage, un vieux briscard de la politique locale rappelle que la polémique autour de l’Aïd était liée à des questions techniques. La salle grande de 200 places, que les fidèles voulaient occuper de 7h à 8h, devait être libérée pour laisser arriver des lycéens dans la foulée. Ceux-ci devaient débarquer à partir de 8h30 avec un état des lieux entretemps, ce qui aurait été impossible à faire selon la Ville, compte tenu du manque d’effectifs à disposition de la mairie. En urgence, le tribunal a donné raison à la Ville sur ce point. Reste que le timing semble curieux.

Une entrée et une banalisation

Des premiers signaux faibles qui n’ont pas dérangé dans le territoire. Rémi Berthoux s’est ancré localement en faisant son entrée au sein de la communauté de l’Ouest Rhodanien (Cor), la deuxième communauté d’agglomération du Rhône, hors métropole de Lyon. Il est en charge de l’économie circulaire, de la collecte, du tri et de la valorisation des déchets.

« Clairement, c’est pas un cadeau », nous glisse un centriste, trouvant assez drôle que le RN récupère les « déchets ».  « Le président de la Cor, Patrice Verchère (LR), a voulu que toutes les sensibilités soient représentées », explique de son côté Patrick Bourrassaut, maire de Valsonne, également vice-président à la Cor. Plutôt marqué à gauche, ce dernier se retrouve un peu mal à l’aise. « Ça m’interpelle et me questionne, évidemment, il y a une forme de normalisation. »

D’un autre côté, il sait qu’il est difficile de faire sans une des plus grosses communes du coin. Mais quand même, 4ᵉ vice-président, ce n’est pas rien.

Une élection à « quatre voix près » qui montre, tout de même, une certaine méfiance, d’après un ancien élu du département. Mais la situation aurait-elle été la même si un maire de La France insoumise avait été élu dans le coin ? Dans un département fortement marqué à droite, certains en doutent…

Une « normalisation » obligatoire ?

Ce costume de la « normalisation », Rémi Berthoux semble l’enfiler petit à petit, même dans son exercice du pouvoir local. « Il est un peu retenu par ses adjoints qui ne sont pas RN », analyse son opposante, Anne Reymbaut.

Son équipe est en effet composée de nombreux anciens adjoints d’un précédent maire, Martin Sotton, classé plutôt centriste. Beaucoup veulent croire que ces derniers, plus expérimentés, font contrepoids.

« Il a un style très RN, il a bien appris sa leçon », grince tout de même Maurice Cernicchiaro. Le syndicaliste décrit des réunions avec une posture « autoritaire ». Un exemple ? Lors du premier conseil municipal, le cégétiste, venu assister aux échanges dans le public, s’est pris une « charge » du nouveau maire. Celui-ci lui aurait dit qu’il pouvait se tourner vers la CGT pour demander des fonds. Depuis, il a envoyé un courrier reprochant notamment une attaque « personnelle » et « déplacée ». Courrier resté, selon lui, sans réponse du principal intéressé.

Jeune maire, mais vieux RN

Même constat pour l’opposition municipale. Lors d’un premier conseil municipal électrique, le nouvel édile s’en était pris à la socialiste Anne Reymbaut, lui demandant si elle ne s’était pas blessée, « à force de tomber dans le caniveau ». Mais les choses se seraient calmées lors des conseils suivants, selon elle.

Politiquement, le maire se démarque d’abord par sa volonté de faire des économies. En abandonnant certains projets de l’ancienne majorité, comme celui des ombrières photovoltaïques prévues sur la commune, mais aussi en ralentissant l’investissement dans le système de caméras de surveillance de la commune.

« Nous avions prévu de mettre en deux ans 500 000 euros dans celui-ci, reprend Anne Reymbaut. Or, il a décidé d’étaler ce financement sur sept ans. » Résultat : la gauche aurait prévu d’investir plus vite dans les caméras de surveillance que l’extrême droite.

Jamais élu jusqu’à présent, le directeur d’école donne parfois l’impression de tâtonner, de découvrir la gestion de la commune. Son étiquette RN « ne fait pas tant parler au village », assure un bon connaisseur du coin.

Qu’en pense le principal intéressé ? Contacté par mail et téléphone, Rémi Berthoux nous a fait savoir via sa secrétaire de mairie qu’il n’avait pas le temps de nous répondre du fait « d’un agenda particulièrement chargé ». Pourtant, le maire paradait depuis une bonne semaine sur BFM TV, Le Progrès, La Tribune de Lyon, etc. Pour parler de Thizy ? Pas vraiment.

Cadre du parti localement, ce dernier a pris position pour le départ de Tiffany Joncour (RN), députée et tête de file locale du parti à la flamme dans le Rhône, empêtrée dans une affaire mettant en avant la violence de son mari, l’ancien militant identitaire Maxime Gaucher.

En coulisses, beaucoup soulignent que le jeune élu se verrait bien calife à la place du calife. Vous avez dit « sans étiquette » ?

Par Pierre Lemerle

Publié le 15 septembre 2026

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Voici l'édition du  

Par Jean-Marie Leforestier

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Grâce à Mediacités et aux Rue89 (Strasbourg, Lyon et Bordeaux), La Presse libre est fière de pouvoir vous proposer la synthèse de toutes ces enquêtes et des illustrations locales édifiantes.

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