Publié le 15 septembre 2026

10 min

Les premiers pas des mairies RN en Gironde vers une politique bien peu sociale

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Le Rassemblement national a remporté ses premières mairies en Nouvelle-Aquitaine : Saint-Savin et Laruscade, situées en Haute-Gironde, territoire pauvre au nord de Bordeaux et fief de la vice-présidente du parti Edwige Diaz. Six mois après leur élection, les deux nouvelles équipes commencent à imprimer leur marque, avec des premiers choix qui interrogent.

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(cc/Bicanski/Pixnio)

Le Rassemblement national a remporté ses premières mairies en Nouvelle-Aquitaine : Saint-Savin et Laruscade, situées en Haute-Gironde, territoire pauvre au nord de Bordeaux et fief de la vice-présidente du parti Edwige Diaz. Six mois après leur élection, les deux nouvelles équipes commencent à imprimer leur marque, avec des premiers choix qui interrogent.

Samedi 29 août, rue Jacques-Vergeron à Saint-Savin, Monique* (*pseudonyme) traîne son caddie en cherchant un peu d’ombre. « Sur la nouvelle mairie ? qu’est-ce que vous voulez savoir ? », répond-elle sans s’arrêter. « Ils viennent d’arriver, laissez-leur un peu de temps. »

A l’image de cette réaction, l’arrivée en mars de Frédérique Joint, première maire Rassemblement national de Gironde, ne suscite ni catastrophisme ni désarroi dans cette commune de 3 582 habitants. Philippe*, un commerçant, se dit « optimiste » pour l’avenir. « Ils ont été élus sur un programme », affirme Michel* devant Le Tabacco, et plus précisément sur une mesure : 

« Vous savez, dans une petite commune comme la nôtre, à quelque chose près, les politiques se ressemblent. Pas de grands chamboulements d’une équipe à l’autre. C’est juste quelques détails qui font la différence, et le ramassage des poubelles, c’en est une. »

La polémique poubelles

Ce sexagénaire salue ainsi la position de la nouvelle majorité contre les points d’apport volontaire, ces bennes qui ont remplacé la collecte des poubelles en porte-à-porte. La réforme impulsée par le Smicval, syndicat intercommunal de Haute-Gironde en charge des déchets, avait suscité la colère de nombreux habitants, attisée par l’extrême droite. Avec les résultats électoraux que l’on sait ici, comme dans la Dordogne voisine où la même cause a produit les mêmes effets.

« On nous réduit les services publics mais nos impôts ne baissent pas… », résume Michel.

En juillet, devant la fronde, le Smicval a modifié sa politique laissant le choix aux communes, avec une fiscalité plus élevée que pour le porte-à-porte. Frédérique Joint veut toutefois aller jusqu’à enlever ces bornes, alors même qu’il reviendra à la commune de payer pour retirer des équipements récemment installés. 

« J’aimerais qu’on me retire mes points d’apport volontaire, qui sont des zones absolument anarchiques de dépôts sauvages quotidiens et qui coûtent cher à entretenir », plaide l’édile.

Parallèlement, la municipalité prépare un projet de système de vidéoprotection pour lutter contre ces incivilités liées aux déchets, en raison des bennes parfois pleines, et contre les vols ou les rodéos sur les pistes forestières. Le dispositif pourrait être intégré au budget 2027. 

L’opposition regarde cette dépense avec circonspection, estimant que Saint-Savin ne connaît pas une délinquance justifiant un tel investissement. Selon le ministère de l’Intérieur, pour les principaux délits de voie publique les plus graves – vols avec violences ou avec arme, agressions sexuelles, trafics de stupéfiants et destructions ou dégradations aggravées –, les chiffres sont stables ou en baisse par rapport à 2019 à Saint-Savin. Seuls les cambriolages de logements sont en augmentation significative.

Le RN contre les points d’apport volontaire en Haute-Gironde Photo : WS/Rue89 Bordeaux

Un premier arbitrage pénalise les modestes

Mais il tient à cœur de Frédérique Joint de faire de Saint-Savin une vitrine locale et présentable du RN. Élue au premier tour avec seulement 41 voix d’avance sur son concurrent, Jean-Luc Besse, la maire est une fidèle d’Edwige Diaz : elle a été élue à ses côtés à Saint-Savin en 2020, lorsque la future vice-présidente du RN était tête de liste aux municipales, puis l’année suivante au conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, avant de sa devenir sa collaboratrice parlementaire en 2022. 

Si les nouveaux exécutifs municipaux, élus après le vote des budgets 2026, n’ont pas eu le temps d’imprimer leur marque, Frédérique Joint affirme avoir commencé à appliquer sa feuille de route : faire des économies, rationaliser les dépenses et réserver l’argent public aux services qu’elle juge prioritaires.

Pris le 7 juillet dernier, un premier arbitrage en dit long sur ces priorités. Dans le nouveau règlement intérieur périscolaire, la mairie a supprimé la gratuité pour les familles à faibles revenus à la restauration scolaire comme aux activités périscolaires (qui concernait une trentaine d’écoliers sur un total de 400 à la rentrée 2025-2026). Ce tarif plancher est désormais de un euro, le tarif maximum passant lui de 2,60€ à 3,25€ pour la cantine, et de 2,50€ à 4€ pour le périscolaire.

Frédérique Joint assume sans détour la fin du repas gratuit pour les familles les plus modestes :

« Je suis désolée, mais où qu’on aille, même chez soi, on paye pour se nourrir. Ça n’est pas gratuit. Il y a toujours quelqu’un, in fine, qui paye. »

La maire défend également la réservation obligatoire pour ajuster les moyens humains au nombre réel d’enfants accueillis, assortie de pénalités : 3 euros pour une présence sans réservation, 5 euros pour une réservation non honorée ou encore 12 euros pour un dépassement de l’horaire de fermeture de l’accueil périscolaire du soir.

Augmentation des indemnités des élus 

« Il est légitime de questionner les priorités budgétaires de la majorité lorsque les familles voient augmenter le coût des services municipaux qu’elles utilisent quotidiennement et que, dans le même temps, les élus augmentent fortement leurs propres indemnités », cingle Jean-Luc Besse.

Le conseiller municipal socialiste, candidat malheureux à la succession d’Alain Renard, inamovible maire PS de Saint-Savin pendant plus de 40 ans, pointe en effet le quasi doublement de cette enveloppe indemnitaire, passée de 62 151 à 120 765 euros par an. Il critique aussi le passage de six à huit adjoints dans la majorité, que le code des collectivités locales autorise sans que ce soit une obligation.

« Je n’ai pas augmenté les indemnités. J’ai juste pris le montant auquel les élus ont droit », répond Frédérique Joint à Rue89 Bordeaux, qui évoque un « changement de strate ». Le nombre d’habitants de Saint-Savin vient de franchir la barre des 3 499 habitants, donnant à la maire RN une nouvelle grille de calcul.

Lors du précédent mandat, le maximum légal était de 84 051,91 euros par an, et seulement 62 151,06 euros avaient été alloués aux indemnités des élus. L’élue RN renvoie la balle à son prédécesseur.

« C’est le choix de l’ancien maire de ne pas mettre ses adjoints au maximum de ce à quoi ils avaient droit. Moi, mes adjoints sont là tous les jours. […] Les élus qui sont payés pour ce qu’ils font ne me posent absolument aucun problème, pour autant qu’ils fassent le travail. »

Mais pour Jean-Luc Besse, « cette augmentation intervient alors même que la municipalité a supprimé ou renoncé à certains travaux, notamment de voirie et des aménagements prévus au centre culturel, comme l’espace pour les adolescents à la bibliothèque ».

Au nom d’une gestion plus « rationnelle » des services municipaux, Frédérique Joint entend également externaliser le ménage des écoles, « moins cher que de le faire faire par des agents municipaux ».

Un soupçon d’ « impréparation » 

Si les marqueurs idéologiques du RN commencent ainsi à être visibles à Saint-Savin, le phénomène est moins clairement observable dans la commune voisine de Laruscade (2811 habitants). La nouvelle maire d’extrême droite l’a ici aussi emportée d’un souffle – 720 voix contre 651 au sortant, Jean-Paul Labeyrie. Et ce dernier accuse Marjorie Portes (qui n’a pas répondu à nos sollicitations), de n’avoir « ni projet ni programme » et de se distinguer surtout par un « management autoritaire », marqué par la mise au placard de la directrice générale des services.

« Pour l’instant, il n’y a pas grand-chose qui se passe », confirme Véronique Hervé, l’autre élue d’opposition au conseil, par ailleurs responsable d’un atelier de théâtre amateur. Elle ajoute :

« C’est donc compliqué de faire un bilan après trois conseils municipaux d’une demi-heure ou d’à peine une heure, où on a uniquement traité des dossiers techniques. »

Les conseillers municipaux constatent toutefois « l’impréparation » de la nouvelle municipalité.

« Les associations ont attendu très longtemps le vote et le versement des subventions 2026, qui viennent seulement d’être versées, ce qui génère une situation assez inconfortable pour nos structures », témoigne Véronique Hervé. 

Au point que l’édition 2026 du festival Moamo, qui devait initialement se tenir en juillet, a été annulée en raison du non versement dans les délais de la subvention municipale. Si l’association organisatrice suspectait un choix politique, en raison de la programmation de chanson engagée du festival, ses responsables assurent aujourd’hui travailler avec la ville sur l’organisation de l’édition 2027.

Premier mandat du RN à la municipalité de Saint-Savin Photo : WS/Rue89 Bordeaux

« Je fais ce que je veux »

Les positions sont aussi pour l’instant encore assez consensuelles au niveau de la communauté de communes Latitude Nord Gironde, dont Laruscade et Saint-Savin font partie, mais que l’extrême droite n’est pas parvenue à faire basculer. Ses élus partagent la position de la majorité socialiste sur les deux principaux dossiers économiques : le très contesté projet d’usine et d’aérodrome du fabricant de dirigeables Flying Whales, dont la construction doit prochainement démarrer à Laruscade, et l’implantation de réacteurs EPR2 à la centrale nucléaire du Blayais, voisine de quelques dizaines de kilomètres et qui est le premier employeur du territoire.

Et attendant les débats sur les budgets 2027 des communes et de la CDC, Frédérique Joint s’est seulement distinguée par une sortie anti-écolo en conseil de Latitude Nord Gironde. Elle s’est ainsi opposée à l’installation de vélos en libre-service, y compris dans sa propre commune de Saint-Savin, par Nouvelle-Aquitaine Mobilités, le syndicat en charge du RER Métropolitain, afin de faciliter les déplacements en mode doux vers les deux gares.

Ce projet « lui apparaît déconnecté des attentes des habitants », qui utilisent massivement leur voiture. Et ont donc selon elle besoin de places de stationnement, pas de garages sécurisés pour les vélos ni de deux roues en libre-service… Mais faute de majorité pour le RN, il a été adopté. 

Est-ce faute d’un réel poids politique dans de petites communes habituées à des gestions transpartisanes, ou une consigne de prudence en raison de la campagne pour les élections sénatoriales d’Edwige Diaz, désireuse de capter les voix des grands électeurs sans étiquette ? Les nouveaux exécutifs RN en Gironde ne se sont pas encore illustrés comme leurs homologues de Castres, Carcassonne, Vauvert… « J’applique dans ma commune la philosophie de mon parti », affirme néanmoins Frédérique Joint, tout en récusant l’idée de recevoir des consignes du RN :

« Je fais ce que je veux dans la gestion de ma commune. »

Comme par exemple décrocher les drapeaux européens dans les locaux de la mairie ?

« Il n’y en avait pas sur le fronton, sinon je l’aurais décroché aussi. […] L’Europe coûte cher aux Français et ne leur rapporte rien. »

Par Walid Salem

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