Diane McEvoy signe une première intrigue détonnante (DR)
Prix du roman de l’été 2026 décerné par City Éditions, J’ai Lu, Lizzie et Cosmopolitan, Moi, Anaïs Berg est un roman particulièrement plaisant qui embarque le lecteur dans une intrigue anglaise menée tambour battant, sur fond de Beatles. Pour son premier livre, Diane McEvoy, autrice installée à Talence, réussit une partition romanesque efficace, mêlant quête identitaire et passion pour Liverpool. Troisième volet de notre série « Pages à plages » en 2026.
Construit autour d’une mécanique narrative bien huilée où se croisent secrets de famille, identité cachée, adoption sous X, quête des origines et désir de réinvention, Moi, Anaïs Berg, de Diane McEvoy, est un roman à suspense efficace. Derrière les codes assumés du thriller psychologique, l’autrice développe surtout une réflexion sur la fabrication de soi et sur l’impossibilité de couper totalement les liens avec son passé.
Le roman s’ouvre en août 2010, sur une scène où une femme reprend conscience enterrée vivante dans son propre jardin. Le lecteur est plongé dans une situation d’urgence absolue, dont l’héroïne parvient pourtant à s’extraire avec un mélange de détermination, d’humour noir et d’autodérision qui caractérise l’ensemble du récit.
« Je me rends à l’évidence : je suis enterrée vivante. Personnellement, je n’ai pas de tendance claustro. Au contraire, je sors peu. Depuis que je suis ici, je passe le plus clair de mon temps enfermée chez moi. Seule. Et j’en suis très heureuse. Ma propre compagnie est délicieuse. Pour autant, je mets n’importe qui au défi de garder son calme en se découvrant enseveli six pieds sous terre. »
Une fois déterrée, et avant de se réfugier à l’hôtel voisin, Anaïs Berg prend soin de remettre sa tombe en ordre. Personne ne doit savoir qu’elle est encore en vie.
Drama et ironie
Voilà de quoi mesurer l’efficacité de l’écriture immersive de Diane McEvoy. Dans laquelle, on retrouve l’une des principales qualités du roman : la capacité à faire cohabiter tension dramatique et ironie. Anaïs Berg est une narratrice qui refuse le statut de victime. Même lorsqu’elle est confrontée à la mort, elle conserve une distance sarcastique avec ce qui lui arrive. Cette voix singulière contribue largement à l’attachement que l’on développe pour le personnage.
La construction du récit repose ensuite sur une alternance de points de vue. D’un côté, Anaïs Berg, universitaire installée à Liverpool, spécialiste reconnue des Beatles, qui semble avoir réussi sa vie mais cache un lourd secret. De l’autre, Lucas Maunin, adolescent britannique de quinze ans qui découvre qu’il est né sous X et décide de partir à la recherche de ses origines.
Bien que ce soit un ingrédient habituel des récits à suspens, cette double narration constitue le principal moteur du livre. Le lecteur comprend très vite que les deux trajectoires sont liées, sans connaître précisément la nature de ce lien. L’autrice maitrise les informations au compte-gouttes. Les chapitres alternés créent un effet de miroir : Anaïs cherche à enfouir son passé tandis que Lucas tente précisément de le déterrer.
Le Liverpool des Beatles
Le thème de l’identité traverse ainsi tout le roman. Anaïs n’est pas seulement une femme qui cache quelque chose : elle s’est littéralement reconstruite. Elle a changé de pays, de vie, de cercle social, jusqu’à devenir une universitaire respectée dans une ville qui n’est pas celle de ses origines.
« J’ai appris à me mouler dans une langue, dans un rythme, dans un décor, dans une culture. J’ai appris à m’intégrer. J’ai appris à paraître. Il ne s’agit pas seulement de mentir. Il s’agit de devenir celle que l’on décide de créer. D’incarner. »
Diane McEvoy s’interroge sur ce qui fait une identité. Sommes-nous définis par notre naissance, par nos origines biologiques ou par les choix que nous faisons ensuite ? La question se pose pour les deux personnages : Anaïs et Lucas.
L’une des réussites du roman réside également dans son ancrage britannique. Liverpool n’est pas ici un simple décor. La ville devient un personnage à part entière. Les références aux Beatles irriguent constamment le récit sans jamais paraître artificielles. La passion d’Anaïs pour le groupe liverpuldien est intégrée à son parcours personnel et professionnel. L’autrice manifeste une connaissance approfondie de l’histoire du groupe, de ses lieux mythiques et de son influence culturelle.
Cette dimension documentaire apporte une véritable épaisseur au roman. Les lecteurs familiers de l’univers des Beatles y trouveront de nombreuses références précises, tandis que les autres pourront découvrir cet environnement sans avoir le sentiment de lire un ouvrage spécialisé.
Romanesque
Le personnage d’Anaïs Berg concentre d’ailleurs l’essentiel de la réussite du roman. À la fois brillante, fragile, drôle, manipulatrice et profondément blessée, elle échappe souvent aux stéréotypes du thriller contemporain. Son regard acéré sur le monde, ses commentaires ironiques et son refus constant de l’apitoiement donnent au récit une énergie particulière.
Le style de Diane McEvoy privilégie la fluidité et l’oralité. Les narrateurs s’adressent régulièrement au lecteur, commentent leurs propres actions, multiplient les digressions culturelles. Le texte crée une proximité immédiate et se lit avec facilité.
Cette accessibilité constitue à la fois une qualité et parfois une limite. Certains passages peuvent donner le sentiment d’une surexplication des émotions ou des intentions des personnages. L’autrice choisit souvent de verbaliser ce qui pourrait être laissé à l’interprétation du lecteur. On peut également relever certaines coïncidences scénaristiques qui facilitent parfois un peu trop la progression de l’intrigue ; toutefois acceptables dans un roman qui revendique avant tout son efficacité romanesque et son sens du divertissement.
Premier roman
Moi, Anaïs Berg s’inscrit ainsi dans la tradition des romans à secrets où le passé finit toujours par ressurgir. Sans révolutionner les codes du thriller psychologique, il démontre un réel savoir-faire dans la gestion du suspense et dans la création d’une héroïne mémorable. Une question accompagne le lecteur jusqu’au bout : peut-on réellement devenir quelqu’un d’autre ?
Versaillaise d’origine, Diane McEvoy a longtemps vécu à Liverpool avant de s’installer près de Bordeaux. Passionnée de musique et totalement fan des Beatles, elle est d’ailleurs diplômée du master The Beatles, Popular Music & Society de la Liverpool Hope University. Conceptrice-rédactrice, elle écrit depuis de nombreuses années pour différents médias et pour la publicité. Moi, Anaïs Berg est son premier roman.
