Publié le 12 juin 2026

8 min

Au tribunal, trois médias dont Rue89 Strasbourg défendent leur travail sur les violences sexistes et sexuelles

#Libertés #Médias

La Lettre du Musicien, Pokaa et Rue89 Strasbourg étaient cités à comparaître devant le tribunal correctionnel de Strasbourg pour trois articles relatant les plaintes et les enquêtes qui ont visé Jean-Marc Foltz, professeur de clarinette de la Haute école des arts du Rhin. Les avocats des médias ont plaidé la relaxe.

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La Caisse nationale d’assurance maladie a été condamnée pour homicide involontaire par le tribunal judiciaire de Strasbourg, le 13 novembre 2025.

La Lettre du Musicien, Pokaa et Rue89 Strasbourg étaient cités à comparaître devant le tribunal correctionnel de Strasbourg pour trois articles relatant les plaintes et les enquêtes qui ont visé Jean-Marc Foltz, professeur de clarinette de la Haute école des arts du Rhin. Les avocats des médias ont plaidé la relaxe.

Quand les deux témoins ont été appelés à la barre du tribunal correctionnel de Strasbourg jeudi 11 juin, l’ambiance s’est tout de suite alourdie. Âgée de 40 ans, la première musicienne est venue de l’ouest de la France. Elle a décrit ses relations avec Jean-Marc Foltz, professeur de clarinette à la Haute école des arts du Rhin (HEAR), lorsqu’elle avait 17 ans. « Une ambiguïté s’est mise en place suivie d’invitations en tête-à-tête au restaurant. »

Le professeur invite ensuite l’élève pour des discussions prétendument professionnelles. « Il m’a invité à un café chez lui et il a mis un DVD pornographique. » Au milieu des années 2000, elle dit avoir subi une agression sexuelle, puis une deuxième plus tard à Paris. Et enfin « une tentative que j’ai réussi à fuir », poursuit-elle. En larmes, l’ancienne élève peine à contenir son émotion :

« J’ai eu accès à d’autres témoignages, j’ai décidé de porter plainte. J’ai eu accès à mon dossier judiciaire, son témoignage, il reconnaît avoir eu des actes sexuels sur moi mais il a inversé les choses. Il a dit qu’il résistait à mes assauts. »

La deuxième témoin, aujourd’hui professeure de piano dans le centre de la France, explique aussi sa démarche après avoir été élève de Jean-Marc Foltz entre 2016 et 2021. « Ce que j’ai vécu avec Monsieur Foltz ne concernait pas seulement ma vie privée. Le fait que c’était mon professeur a participé au fait que je n’ai pas fui plus tôt ces violences, dont certaines ont eu lieu au conservatoire. »

Une plainte vite classée

Elle raconte que dix jours après sa plainte fin 2023, elle reçoit un appel d’un policier qui lui dit qu’elle serait classée sans suite. « On m’a dit qu’il fallait que j’arrête de lire des livres féministes, c’est ce que m’a dit ce policier. ». Alors que Me Arnaud Friedrich, l’avocat de Jean-Marc Foltz, l’interroge, elle redit l’importance de témoigner :

« Une ancienne élève est rentrée en contact avec moi et m’a dit : “J’ai l’impression de lire mon histoire.” Si quelqu’un avait pris la parole avant, peut-être que je ne serai pas passée par là.« 

Après s’être exprimée, la jeune femme s’installe dans le public, en prenant soin de repartir de l’autre côté des bancs pour ne pas croiser Jean-Marc Foltz, présent et stoïque tout du long de l’audience.

C’est la première fois que ces deux femmes sont entendues par un juge sur les faits qui les ont amenées à porter plainte contre lui pour agression sexuelle pour l’une et viol pour l’autre. Mais comme l’a rappelé la présidente de l’audience Isabelle Karolak, avec une certaine douceur et compassion, « le tribunal n’est pas saisi des faits ».

Le tribunal correctionnel devait se contenter de déterminer si les articles de La Lettre du Musicien, puis de Rue89 Strasbourg et Pokaa avaient commis une diffamation envers Jean-Marc Foltz en évoquant ces plaintes ainsi qu’une enquête administrative de l’Eurométropole, l’employeur du professeur.

Plus de quatre heures d’audience

La longue séance, plus de quatre heures d’audience, a donc tourné autour du droit de la presse et notamment de savoir s’il y avait une « base factuelle suffisante » et si la « prudence et la mesure nécessaires » avaient été conservées pour publier ces articles.

Me Arnaud Friedrich a notamment argumenté qu’une des deux plaintes avait été classée sans suite au moment de la publication des articles, ou encore sur le délai de 48 heures pour répondre aux questions qui avaient été envoyées à Jean-Marc Foltz.

Appelé à son tour à s’exprimer, Jean-Marc Foltz confirme avoir reçu les questions mais indique avoir été « pendant deux jours en studio d’enregistrement du matin au soir ». Il reconnaît toutefois avoir eu connaissance de la sollicitation dès le premier soir. « Elle aurait pu me donner un délai supplémentaire », dit-il à l’encontre de la journaliste Jade Bourgery, sans l’avoir demandé. « Il m’arrive qu’on me demande un délai supplémentaire et je le donne », a pourtant précisé la journaliste, lorsqu’elle a retracé son parcours et son expérience vis-à-vis de ces sujets.

Le flou de Jean-Marc Foltz agace la présidente Isabelle Karolak :

« Quand on lit les questions, il ne faut pas non plus se cacher derrière son petit doigt, vous avez compris de quoi on parle : “Avez-vous des relations intimes avec certaines de vos élèves de clarinette ?” C’est oui ou non ! »

Jean-Marc Foltz amende alors un peu sa version et dit en avoir référé à son employeur, qui lui aurait conseillé de ne pas répondre. Mais il ne produit pas d’attestation pour soutenir ce propos. Il confirme aussi qu’une enquête administrative était bien en cours.

Le professeur placé en télétravail

Jean-Marc Foltz, 58 ans, se décrit désormais comme un professeur qui vit « seul à la campagne », avec des interactions limitées. Il a été placé en télétravail par l’Eurométropole et doit faire « un travail de recherche musicale », mais n’enseigne plus. Il dit continuer de percevoir « un salaire pédagogique amputé de [ses] revenus artistiques complémentaires », plusieurs projets de disques ou de concerts ayant été annulés. La faute, selon lui, à « une campagne des médias contre [lui] ».

La juge reconnaît le préjudice suite aux articles, mais rappelle que la question est bien l’intérêt de ces informations pour le public. « C’est la raison d’être d’un média comme le nôtre de se faire l’écho d’une parole qui n’a pas été assez prise en compte comme on le voit encore dans une affaire récente », appuie Guillaume Krempp, rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg et auteur de l’article, en référence à l’affaire visant le chanteur Patrick Bruel.

Quant aux plaintes, les témoins ont dit leur intention de faire appel de leur classement en se constituant partie civile. Ce qui, selon la défense, démontre que la procédure est loin d’être terminée. « Monsieur Foltz n’en a pas fini avec la justice », appuie Me Arnaud Dupuy, avocat de Rue89 Strasbourg et de La Lettre du Musicien dans sa plaidoirie.

La journaliste Jade Bourgery a défendu le sérieux de son enquête, menée pendant cinq mois auprès d’une quinzaine de personnes interrogées. Des appels, des témoignages, des documents… « D’autres femmes m’ont contactée et d’autres témoignages me sont arrivés », appuie-t-elle dans sa déclaration finale afin de rappeler l’intérêt de faire connaître au public les affaires de violences sexuelles et sexistes.

Jusqu’à 15 000 euros réclamés

Jean-Marc Foltz demande au tribunal de condamner les médias et qu’un préjudice de 5 000 euros par média lui soit accordé, soit une somme de 15 000 euros. Me Friedrich reconnaît que le débat sur les violences sexistes et sexuelles « relève de l’intérêt général » mais qu’il s’agit ici « de relations entre un professeur et des élèves majeurs ». Et donc que les journalistes ont manqué de prudence. « On n’est pas face à des personnes victimes de faits d’agressions sexuelles qui vont alerter, dit-il, les professionnels du journalisme sont soumis aux conditions les plus strictes posées par la loi. »

Le procureur de la République n’a pas pris la parole durant l’ensemble de l’audience et a indiqué s’en remettre à la décision du tribunal. Du côté de la défense, la relaxe a été demandée. Me Arnaud Dupuy resitue la position de Jade Bourgery. « Elle n’a jamais dit que Jean-Marc Foltz était un violeur, qu’il a fait de la séquestration. Elle a dit qu’il était accusé de tout ça. Elle ne l’a pas dit gratuitement. Elle l’a dit car elle considère que ça s’inscrit dans un débat d’intérêt général ». Et Me Pascal Reynaud qui intervenait pour Pokaa de recentrer le débat sur le droit de la presse : « On n’est pas ici pour juger Monsieur Foltz, mais les journalistes doivent pouvoir évoquer des affaires en cours. Ou alors plus rien ne sort. » Le jugement a été mis en délibéré au jeudi 2 juillet.

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