Un millier de personnes à Bernos-Beaulac pour une chaîne humaine (DR)
Ce samedi 4 juillet, plus d’un millier de personnes ont formé une chaîne humaine pour réaffirmer leur opposition aux LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax, qui doivent traverser la vallée du Ciron. Ils ont exprimé leur détermination à défendre cet écosystème riche et fragile, alors que les travaux de défrichement pourraient démarrer dès cet automne.
« Vallée du Ciron, climatisée depuis 40 000 ans… et jusqu’à quand ? » Samedi 4 juillet, ce slogan a résonné sur une petite route de Bernos-Beaulac. Plus d’un millier de personnes ont formé une chaîne humaine pour réaffirmer leur opposition à la Ligne nouvelle du Sud-Ouest (LNSO), qui prévoit les futures LGV Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax.
Une mobilisation festive, mais aussi une démonstration de force à quelques semaines d’une échéance que les collectifs LGV Non Merci et LGV Nina (ni ici ni ailleurs) jugent décisive : le lancement annoncé, à l’automne, des premiers défrichements.
« Coup d’envoi du massacre »
Au son des fanfares, les participants se sont donnés la main au cœur de cette vallée girondine que les opposants présentent comme un refuge climatique exceptionnel. Ils fustigent l’arrivée de la LGV qui menacerait durablement cet écosystème et ses ressources en eau.
Les associations rappellent avoir déposé plusieurs recours contre les autorisations environnementales signées le 5 février par les préfets de Gironde, de Lot-et-Garonne, de Haute-Garonne et de Tarn-et-Garonne. Ces arrêtés ouvrent la voie aux sondages géotechniques et aux fouilles archéologiques préventives, avec la possibilité de défricher jusqu’à 1 000 hectares dès le mois d’octobre.
« Au 1er octobre prochain, c’est le coup d’envoi du massacre », a déclaré Jean Olivier, coprésident des Amis de la Terre Midi-Pyrénées. Les opposants jugent cette autorisation disproportionnée, rappelant que l’Autorité environnementale avait estimé qu’une surface de 100 hectares aurait suffi pour les investigations préalables.
Une facture qui enfle
La contestation s’est également concentrée sur le coût du projet. Les organisateurs s’appuient sur un récent courrier du Premier ministre aux présidents des Régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie pour affirmer que la facture dépasserait désormais largement les estimations initiales. Selon leurs calculs, en intégrant les frais financiers, le coût global pourrait atteindre plus de 20 milliards d’euros, soit 69 millions du kilomètre.
Les opposants s’interrogent aussi sur le plan de financement. Ils rappellent que celui-ci devait être partagé entre l’État, les collectivités locales et l’Union européenne, tout en soulignant que Bruxelles n’aurait pas confirmé sa participation dans les conditions actuelles.
« Les trains du quotidien sont abandonnés »
La récente série de perturbations sur le réseau ferroviaire régional – dues à la canicule – a fourni un autre argument aux manifestants. Andreaa, usagère de la ligne Bordeaux-Langon, est venue raconter les difficultés rencontrées depuis le lancement des aménagements ferroviaires au sud de Bordeaux :
« Des trains supprimés de façon intempestive, des rames bondées, des temps de trajets rallongés de moitié et des horaires plus réduits. »
Pour les associations, les épisodes de canicule qui ont paralysé une partie du réseau ces dernières semaines illustrent surtout le manque d’investissements dans les infrastructures existantes. Elles estiment que la priorité devrait être donnée à la modernisation des lignes du quotidien plutôt qu’à la construction d’une nouvelle LGV.
Une opposition qui se durcit
La mobilisation a réuni un large éventail d’acteurs : élus locaux et parlementaires, représentants des sylviculteurs, chasseurs, naturalistes, ainsi que plusieurs organisations environnementales, parmi lesquelles Greenpeace, Attac ou la Sepanso.
Tous affichent la même détermination à poursuivre la bataille judiciaire. Mais plusieurs intervenants ont aussi laissé entendre qu’en cas de rejet de leurs recours et de démarrage des travaux à l’automne, d’autres formes d’action pourraient voir le jour.
« Si la justice n’applique pas le droit de l’environnement et que les travaux commencent malgré tout, un élan de désobéissance civile est à prévoir dès l’automne », ont prévenu les organisateurs.
À quelques mois des premiers coups de tronçonneuse annoncés, la bataille contre la LGV est loin d’être terminée. Entre procédures judiciaires, mobilisation citoyenne et bras de fer politique, les opposants entendent faire de la vallée du Ciron l’un des principaux fronts de la contestation.
