Manifestation contre la réforme des retraites, le 8 juin 2023 à Paris.
Il y a une constante de l’ère Macron : toujours demander aux mêmes de se serrer la ceinture pendant que les plus riches sont épargnés. Le budget en cours d’élaboration par le gouvernement Lecornu n’échappe pas à la règle, avec jusqu’à 30 milliards d’euros d’économies à trouver. Le décor social est planté. Et tous les voyants sont au rouge. Le PIB a reculé de 0,2 % au premier trimestre avant de stagner au deuxième. L’inflation atteignait 2,4 % sur un an en août et le pouvoir d’achat reculait de 0,6 % au deuxième trimestre. Le chômage atteint 8,3 %.
L’urgence gouvernementale n’est pas d’accompagner les plus fragiles. Elle est de traquer la dépense publique.
Derrière les tableurs de Bercy, une réalité : des salaires qui peinent à suivre les prix, des fins de mois qui deviennent des fins de quinzaine et des travailleurs contraints de choisir entre carburant, loyer, soins et courses. Malgré cela, le gouvernement prépare une nouvelle cure d’austérité. Le carburant en est le symbole. Quand le pétrole flambe, ce sont les ménages ruraux, les salariés qui prennent leur voiture pour travailler, les aides à domicile, les ouvriers et les employés qui encaissent le choc. Mais l’urgence gouvernementale n’est pas d’accompagner les plus fragiles. Elle est de traquer la dépense publique : pensions, prestations sociales, assurance maladie, collectivités, services publics.
Pour 2027, les pistes évoquées comprennent désindexation de prestations, économies sociales et réductions de crédits publics. Pendant ce temps, les dépenses militaires progressent et les niches fiscales patronales sont protégées. Faire davantage contribuer les grandes entreprises reste, pour une grande partie du bloc central, de la droite et de l’extrême droite, une ligne rouge. Même logique avec les arrêts maladie, dont le gouvernement a annoncé le durcissement des règles : le malade devient suspect et le salarié un coût à contrôler plutôt qu’un travailleur dont la santé doit être protégée.
C’est cette asymétrie qui nourrit la colère. Les gilets jaunes étaient nés d’une facture, celle du carburant, mais aussi d’un sentiment d’abandon et de l’impression que ceux qui décident ne vivent plus dans le même pays que ceux qui subissent. Sept ans plus tard, les ingrédients sont toujours là : inflation, crise du logement, recul des services publics, précarité, chômage, coût de l’énergie et sentiment d’injustice fiscale. Alors, les gilets jaunes vont-ils revenir ? Personne ne peut le prédire. Mais une colère sociale ne disparaît pas parce qu’on lui demande de patienter. Elle revient lorsque les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Une colère sociale ne disparaît pas parce qu’on lui demande de patienter.
La responsabilité immense de la gauche
On ne cessera de le dire dans ces colonnes. La gauche a une responsabilité immense. Elle doit apparaître comme l’alternative, la seule. Une alternative crédible fondée sur l’augmentation des salaires, la taxation des patrimoines et des superprofits, et l’investissement dans l’école, l’hôpital, le logement et les transports. Faire contribuer davantage ceux qui ont bénéficié de la concentration des richesses n’est pas un dogme : c’est une question de justice. Et si le RN prétend parler au peuple, son discours de dimanche dernier sur le logement raconte une autre histoire : suppression de la loi SRU, priorité nationale dans les attributions et volonté de favoriser la transmission du patrimoine.
Voilà le vrai visage du RN : protéger ceux qui possèdent et faciliter la transmission. C’est le parti des héritiers. Derrière les différences de discours, c’est bien la même logique qui se dessine : protéger les plus riches, faire payer les plus modestes et désigner des boucs émissaires. Après tout, ça n’est pas pour rien que le RN vote 86 % des textes présentés par le gouvernement depuis juillet 2024. C’est sans doute là que se joue l’une des batailles décisives pour la gauche : démasquer cette supercherie et faire apparaître, derrière les postures, la réalité des choix du RN.