Place de la République, à Paris, le 7 juillet 2024, rassemblement au second tour des élections législatives anticipées.
Dans le même dossier…
Biodiversité : apprendre à aimer le vivant « Le système des algorithmes nous force à travailler jusqu’à épuisement » « La transition écologique n’a pas lieu car elle est piégée dans la logique du capitalisme »1. Reconstruire le droit international
« L’ère de l’internationale d’extrême droite touche à sa fin », a déclaré Pedro Sánchez à l’occasion du « rassemblement des progressistes » en avril à Barcelone. Une nouvelle dynamique peut s’ouvrir, dans laquelle la gauche française doit s’inscrire pleinement si elle veut rouvrir une perspective de changement victorieuse en 2027. Cela passe par la réaffirmation du primat du droit international. Face à un ordre mondial fragilisé, où les conflits se multiplient et les peuples en paient le prix fort, l’élection présidentielle pose des choix importants pour le rôle de la France dans le monde.
La gauche doit donc avancer des propositions concrètes, telle une réforme démocratique de l’ONU, tel le renforcement des institutions internationales. C’est dans cet esprit que la Fondation Copernic organisera, le 10 octobre à Paris, un débat : « International : que peut le mouvement social ? »
2. Se battre pour des services publics
Les services publics ne sont pas une dépense, mais un investissement pour le vivre-ensemble.
Les services publics ne sont pas une dépense, mais un investissement pour le vivre-ensemble. Ils sont fragilisés et peinent à répondre aux attentes des usager·es. Conforter l’existant, c’est aussi créer de nouveaux services publics : écoles, petite enfance, autonomie, environnement (eau, déchets, énergie), alimentation, transports publics, logements. Développer les services publics, c’est réindustrialiser localement dans une logique de sobriété et d’emplois. Ces communs publics doivent s’appuyer sur des pratiques démocratiques, échappant à la fois à la marchandisation et à une étatisation rigide, avec des régimes de propriété adaptés : pôle public, coopérative, association, régie ou délégation de service public, sous contrôle des citoyen·nes, usager·es et personnels.
3. Déconstruire les rôles sociaux
La création d’un service public de la petite enfance et d’un service public de l’autonomie, collectif ou à domicile, est une priorité.
Les services publics de proximité, présents sur l’ensemble du territoire et adaptés aux contraintes (mobilité, accès financier, dépendance…) qui pèsent particulièrement sur les femmes, constituent une des réponses. L’indépendance financière liée au travail est fortement entravée par le travail domestique, qui implique la prise en charge des enfants, notamment dans la petite enfance, mais aussi parfois d’autres membres de la famille.
C’est pourquoi la création d’un service public de la petite enfance et d’un service public de l’autonomie, collectif ou à domicile, est une priorité, à même de participer à un accès au travail et au temps libre égal pour les femmes et les hommes, et de respecter les droits des enfants et la dignité des personnes non autonomes.
4. Protéger les locataires
Avant 2027, la gauche doit repenser son projet à l’aune des aspirations et des besoins de la population, comme celui de pouvoir disposer d’un cadre stable pour garantir sa santé physique et mentale. À l’image de la Sécurité sociale, créée pour protéger des aléas de la vie, il y a urgence à étendre la mise en sécurité collective à de nouveaux domaines, tels que l’alimentation ou le logement.
Actuellement, se loger est cher et, lorsque l’accès à un logement autonome fait défaut, c’est l’ensemble du parcours de vie qui vacille. La Fondation Copernic met en débat la proposition d’une sécurité sociale du logement. Elle prendrait la forme d’une garantie universelle des loyers, par l’intermédiaire d’une caisse de solidarité nationale pour prévenir et empêcher les expulsions. Elle serait solidaire, car financée par une cotisation mutualisée, et démocratique, car gérée conjointement par les locataires et les bailleurs.
5. Porter une fiscalité assurant le bien commun
Revoir l’impôt sur le patrimoine détenu par les plus riches dans des holdings protégées devient un sujet nécessaire.
Une fiscalité peut permettre d’assurer à la fois un niveau de consommation bénéfique à chacun·e et un revenu suffisant pour soutenir prospérité et redistribution. Or, l’impôt sur le revenu (IR) rapporte bien moins que la TVA, et l’impôt sur les entreprises encore moins. Un rapport du Sénat évalue les niches fiscales à 211 milliards d’euros, permettant à de nombreuses entreprises d’échapper à l’impôt.
Assurer une situation régulière et un revenu décent aux plus pauvres permet à ces dernier·es de mieux contribuer fiscalement au budget. Cette mesure peut encore être améliorée et mieux lissée par des tranches plus nombreuses sur l’IR, garantissant une meilleure progressivité et une plus grande justice de l’imposition. À l’opposé, revoir l’impôt sur le patrimoine détenu par les plus riches dans des holdings protégées devient un sujet nécessaire (taxe Zucman).
Et cinq idées de droite ou d’extrême droite à déconstruire, dont la gauche doit s’emparer.
1. L’extrême droite serait « indépendante » de Trump et de Poutine
Les partis d’extrême droite, dont le RN, dissimulent les liens et les soutiens dont ils bénéficient de la part de Poutine ou de Trump, conscients du rejet que cela peut susciter dans l’opinion. Un des enjeux de la campagne est donc la mise au jour de ces liens et la prise de conscience, par le plus grand nombre, que leur accession au pouvoir dans le cadre des institutions présidentialistes et autoritaires de la Ve République constituerait un basculement.
Comme aux États-Unis, avec par exemple la police de l’immigration de Trump (ICE), qui sème le chaos et abîme toujours plus le lien social entre nationaux et étrangers. La population ne veut pas d’une politique étrangère alignée sur la loi du plus fort, qui amplifie les rapports de domination entre le Nord et le Sud, et se met au service d’un capitalisme prédateur au profit d’une oligarchie toujours plus étroite à mesure que les ressources s’épuisent.
2. La dette mènerait la France à la faillite
La dette continue d’être soutenable et doit continuer de l’être.
Le RN défend un État et des services publics forts, mais refuse de leur donner les moyens de fonctionner. Or le budget national fait vivre ces services publics. La dette issue du déficit budgétaire est brandie par la droite et l’extrême droite comme une menace, qui conduirait chaque année la France vers la faillite. Il n’en est rien. La dette atteint environ 116 % du PIB, contre 123 % aux États-Unis et 230 % au Japon. Il faut comprendre que tout pays est endetté : en comparaison, un ménage peut s’endetter à plus de 1 000 % de ses revenus pour acheter un logement.
Ce qui est admis pour les particuliers est refusé à un État. L’extrême droite omet de dire qu’une dette est un passif qui ne s’apprécie qu’en regard d’un actif : notre dette est supérieure à celle de n’importe quel pays pauvre, mais nos actifs sont plus importants. En cela, la dette continue d’être soutenable et doit continuer de l’être.
3. Les pauvres et les étranger·es coûteraient trop cher à la France.
Le RN affirme que les étranger·es viennent grever le budget de la France. Ne payant pas d’impôts, ils et elles profiteraient néanmoins des largesses de l’ensemble du système socialisé de redistribution. Les pauvres, souvent assimilé·es à des profiteurs, seraient dans une situation similaire. La logique avancée pour sortir de la crise est simpliste : les impôts devraient être payés par les Français·es qui auraient un travail en plus grand nombre et contribueraient ainsi davantage au budget de l’État.
Plus riches et plus actifs, les Français·es bénéficieraient ainsi plus largement des prestations de l’État. L’impôt qui génère le plus de recettes est la TVA. Prélevé sur la consommation de chaque bien acheté, il a rapporté environ 212 milliards d’euros l’an dernier. Les plus gros contributeur·rices en sont les pauvres et les étranger·es, populations dont les réalités se recoupent souvent.
4. La crise du logement serait causée par les pauvres et les étranger·es
Si 30 500 ménages ont été expulsés en 2025, ce n’est pas dû à la hausse des squats mais à celle de 88 % des loyers en vingt ans.
Quand 3 millions de ménages attendent un logement social et que 70 % des Français·es jugent difficile de se loger, la crise est d’abord celle de la production. L’extrême droite ne la nie pas et la détourne en crise identitaire en désignant des boucs émissaires : l’allocataire, l’étranger·e… Ce récit est faux. Si 15 % des locataires des HLM sont étranger·es (ils représentent 7 % de la population mondiale), c’est lié à la faiblesse de leurs revenus et aux discriminations du parc privé.
Si 30 500 ménages ont été expulsés en 2025, ce n’est pas dû à la hausse des squats mais à celle de 88 % des loyers en vingt ans. La réintégration de 700 000 passoires thermiques sur le marché ne répond pas à l’urgence de se loger ; elle est une mesure spéculative, ouvertement anti-écologique et anti-pauvres.
5. L’extrême droite défendrait les droits des femmes
L’extrême droite instrumentalise le discours féministe, qu’elle met au service d’une rhétorique raciste.
L’extrême droite défend un modèle de société fondé sur la famille « traditionnelle », blanche, hétérosexuelle et croyante. Sous prétexte de valoriser les femmes, elle les enferme dans le rôle quasi exclusif de mère. Son opposition à l’éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité (Evars) à l’école, la renvoyant aux familles, traduit une volonté de limiter la parole sur les violences sexistes et sexuelles, dont une grande partie a lieu en leur sein.
Parallèlement, elle instrumentalise le discours féministe, qu’elle met au service d’une rhétorique raciste, stigmatisant les personnes de confession musulmane, systématiquement renvoyées à des représentations de violence ou d’intégrisme, et construisant une figure violente de l’homme immigré, racisé. La glorification de la violence en ligne et de la masculinité viriliste nourrit une haine des femmes et des féministes, qui se traduit par des attentats, des comportements masculinistes et des attaques répétées contre des associations féministes comme le Planning familial.