Illustration : Flock
Le responsable de la filiale israélienne de Microsoft va quitter son poste après des révélations sorties l’année dernière sur l’accord entre l’unité 8200, agence de surveillance israélienne, et l’entreprise. Celui-ci a permis à Israël de mettre en place une surveillance numérique globale de la Cisjordanie et de Gaza.
Le directeur général de Microsoft Israël depuis 2022, Alon Haimovich, va quitter son poste. Selon le média israélien Globes, la filiale du géant étatsunien a annoncé son départ la semaine dernière.
Cette annonce fait suite au scandale déclenché par la révélation de la publication israélo-palestinienne + 972 Magazine, du magazine hébreu Local Call et du Guardian à propos d’un accord qui a permis le stockage de 11 500 To de données sur un cloud Azure créé en fonction des besoins spécifiques de l’armée israélienne qui voulait « tracer tout le monde, tout le temps ». C’était un vaste projet de surveillance de la population cisjordanienne étendu ensuite à Gaza et qui stockait et scannait leurs messages et appels.
Quelques jours après, des employés de Microsoft ont manifesté au siège américain de l’entreprise et certains, regroupé sous le nom No Azure for Apartheid appelaient leurs collègues « partout dans le monde » à « prendre la parole, quitter le travail, manifester et faire grève ». Deux membres de ce groupe ont ensuite été licenciés par Microsoft qui les accuse de l’effraction de bureaux lors de ces manifestations.
En parallèle, l’entreprise a annoncé avoir lancé un nouvel audit sur le recours de l’armée israélienne à Azure. Quelques semaines après, Microsoft a décidé de suspendre l’accès de ses services Azure à l’unité 8200, l’agence de surveillance israélienne qui utilisait le système pour la surveillance des palestiniens, en indiquant qu’elle avait enfreint ses conditions d’utilisation, qui interdisent l’utilisation de sa technologie pour faciliter la surveillance de masse.
Une pression publique qui a pesé sur le dos de Microsoft
Mais la pression publique sur Microsoft à propos de ce sujet n’est pas retombée complètement suite à cette décision. Selon Globes, la question a été abordée lors de l’assemblée générale annuelle des actionnaires en décembre dernier et des ONG comme Amnesty International et des militants européens ont continué à pointer le fait que des serveurs Azure situés en Europe avaient été utilisés par l’armée israélienne. Le fonds souverain Norvégien qui possède des actions dans Microsoft aurait aussi poussé à la publication d’un rapport sur « les risques liés à l’exercice de ses activités dans des pays où les violations des droits humains suscitent de vives inquiétudes » sans citer nommément Israël.
L’enquête initiale de nos confrères pointait aussi la relation entre le directeur exécutif de Microsoft Satya Nadella et le commandant de l’unité 8200 Yossi Sariel. Mais c’est donc finalement Alon Haimovich, directeur général de Microsoft Israël, qui quitte ses fonctions.
Le transfert des responsabilités de Microsoft Israël sur Microsoft France démenti
Ce départ sera effectif le 31 mai prochain, confirme l’entreprise dans un communiqué de presse qui n’évoque ni les révélations ni l’audit. Au contraire, Microsoft encense le responsable sous la responsabilité duquel « Microsoft Israël est devenu l’un des trois pays affichant la croissance la plus rapide au sein de son groupe de pays de référence au sein de l’entreprise, a franchi plusieurs étapes marquantes et a impulsé une transition vers le leadership en matière d’IA de pointe », soutient le communiqué.
Selon Globes, la direction mondiale de Microsoft aurait décidé de ne pas nommer de remplaçant à Alon Haimovich pour l’instant et la gestion de Microsoft Israël serait reprise par Microsoft France. Contactée par Next, celle-ci dément. De son côté, le communiqué de Microsoft publié sur le site de la région Europe, Moyen-Orient et Afrique affirme seulement que « Microsoft annoncera le successeur d’Alon en temps voulu ».
Des géants états-uniens qui travaillent avec le ministère de la Défense israélien, Microsoft est le seul à ne pas avoir signé de clause spéciale pour passer outre le contrôle d’autres États, contrairement à Google et Amazon, ce qui leur a permis d’obtenir en 2021 le contrat du « projet Nimbus » de refonte de l’infrastructure cloud de cette même armée. Selon des sources de Globes, Alon Haimovich a été nommé au poste de DG de Microsoft Israël pour essayer de conserver les contrats de Microsoft avec Israël comme ceux concernant les licences Office et Windows, malgré cela.
