Publié le 15 mai 2026

4 min

Un hommage sera rendu à Ruben Torres, assassiné dans son pays après le rejet de sa demande d’asile à Bordeaux

#Pouvoirs #Libertés

Débouté de sa demande d’asile en France, un ressortissant hondurien de 37 ans, Ruben Asdruval

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Ruben Asdruval Torres Acosta (DR)

Débouté de sa demande d’asile en France, un ressortissant hondurien de 37 ans, Ruben Asdruval Torres Acosta, a été retrouvé mort quelques jours après son retour au Honduras. Sa famille et plusieurs associations organisent un rassemblement à Bordeaux le 20 mai en sa mémoire et dénoncent les effets des obligations de quitter le territoire.

Dans une décision rendue le 2 juin 2025, la Cour nationale du droit d’asile a confirmé le rejet de la demande d’asile de Ruben Asdruval Torres Acosta, ressortissant hondurien arrivé en France en juin 2024. Il contestait une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui avait refusé de lui accorder le statut de réfugié ou la protection subsidiaire.

L’homme de 36 ans avait fui son pays après avoir été menacé, fin mai 2024, par un membre d’un gang au Honduras qui lui reprochait les actions de son demi-frère. Ce dernier l’avait dénoncé pour un meurtre avant de se réfugier en France, pays dont son père est originaire. Cette affaire a ensuite entraîné des représailles visant sa famille, comme le détaille Libération.

Un récit de menaces

Originaire du quartier populaire d’El Chile, à Tegucigalpa, Ruben Torres travaillait comme serveur et livreur tout en poursuivant des études d’ingénierie informatique. Il s’est ainsi retrouvé mêlé malgré lui à une vengeance.

Son agresseur « lui a mis un pistolet dans la bouche » explique l’avocat bordelais Pierre-Antoine Cazeau, et l’a sommé de quitter le pays sous peine de mort. Ruben Torres a quitté le Honduras quelques jours plus tard, le 5 juin 2024, et rejoint son frère, en France, via Panama et Amsterdam.

Mais la Cour a estimé que les éléments fournis n’établissaient pas la réalité des faits invoqués. Elle a souligné que « ni les pièces du dossier ni les déclarations faites à l’audience » ne permettaient de tenir les craintes pour fondées, pointant des déclarations jugées insuffisamment précises et documentées.

Pour Maître Cazeau, la procédure reposait essentiellement sur l’examen du témoignage du demandeur avec des « standards de preuve élevés ». La décision s’inscrivait dans une appréciation stricte de la crédibilité des récits, dans des dossiers où les preuves matérielles sont souvent difficiles à produire.

« Son désespoir a été plus fort que sa peur »

Après le rejet de sa demande, Ruben Torres a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Sans droit au travail ni perspective de régularisation, il a quitté finalement la France. « Son désespoir a été plus fort que sa peur », résume maître Pierre-Antoine Cazeau.

« Il espérait partir, vivre une année dans son pays faisant profil bas, réunir les éléments pour revenir et apporter les preuves de son récit », ajoute l’avocat.

Dix jours après son retour, Ruben Torres a été retrouvé mort au fond d’un ravin au Honduras. Une autopsie a conclu à une mort accidentelle, version que sa famille conteste fermement. « Sa mère l’a retrouvé elle-même », raconte l’avocat, évoquant un visage « détruit » et des blessures qui, selon les proches, seraient incompatibles avec une simple chute.

« Ils n’attendent même pas que justice soit rendue au Honduras, parce qu’ils n’y croient pas une seconde », poursuit-il.

Selon Maître Cazeau, un autre frère de Ruben Torres ferait désormais lui aussi l’objet de menaces.

« En solidarité avec toutes les personnes exilées »

Dans un communiqué, la famille – son demi-frère vivant en France – et plusieurs associations appellent à un rassemblement, « en hommage à Ruben Torres et en solidarité avec toutes les personnes exilées ». Il se tiendra le 20 mai à 18h30, sur le Parvis des droits de l’Homme à Bordeaux.

« L’histoire de Ruben n’est pas un fait divers isolé. Elle dit quelque chose de notre système d’accueil des étrangers, de ses limites, des difficultés de la preuve en matière d’asile, et des conséquences humaines désastreuses de la prononciation des OQTF », peut-on lire dans l’appel. 

Parmi les signataires figurent notamment l’ASTI Bordeaux (Association de solidarité avec tou•te•s les immigré•es, la LDH Bordeaux et Gironde (Ligue des droits de l’Homme), La Cimade, ARTS (Association des réfugiés à Talence – Solidarité), le SAF Bordeaux (Syndicat des avocats de France) et la FSU Gironde (Fédération syndicale unitaire).

Par Walid Salem

Publié le 15 mai 2026

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