Published on 24 juin 2026

4 min

« L’Étrangère », le « récit d’émancipation féminine » d’une exilée syrienne à Bordeaux

#Genres #Culture

Le deuxième long métrage de la réalisatrice syro-française Gaya Jiji arrive dans les salles françaises ce mercredi 24 juin. L’Étrangère a été tourné en grande partie à Bordeaux, sur le Bassin d’Arcachon et à Biscarrosse, et a bénéficié d’un accompagnement de la Région Nouvelle-Aquitaine.

Source:

Open link

L’Étrangère, un film de Gaya Jiji sur une exilée syrienne à Bordeaux (DR)

Le deuxième long métrage de la réalisatrice syro-française Gaya Jiji arrive dans les salles françaises ce mercredi 24 juin. L’Étrangère a été tourné en grande partie à Bordeaux, sur le Bassin d’Arcachon et à Biscarrosse, et a bénéficié d’un accompagnement de la Région Nouvelle-Aquitaine.

Après Mon tissu préféré (présenté à Cannes en 2018), Gaya Jiji poursuit son exploration des destins bouleversés par la guerre et l’exil. Avec L’Étrangère, la réalisatrice, née en 1979 à Damas et installée aujourd’hui à Paris, suit le parcours de Selma, une Syrienne qui fuit son pays en laissant derrière elle son fils de six ans et son mari, disparu dans les prisons du régime.

Arrivée à Bordeaux après un long périple, elle tente d’obtenir l’asile tout en cherchant à faire venir son enfant en France. Sa rencontre avec Jérôme, un avocat, ouvre une nouvelle perspective, mais vient aussi compliquer une situation déjà fragile.

Une histoire de reconstruction

À travers Selma, personnage interprété par l’actrice iranienne Zar Amir Ebrahimi, aux côtés d’Alexis Manenti, Amr Waked et Megan Northam, Gaya Jiji s’intéresse moins au statut administratif des personnes exilées qu’à leur reconstruction intime. Son héroïne mène avant tout « un combat pour sa liberté », traversant différentes formes d’étrangeté : à son corps, à elle-même et aux autres.

Le film s’attarde ainsi sur les conséquences très concrètes de l’exil : la procédure Dublin, les démarches auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), la séparation familiale, mais aussi les injonctions administratives. Gaya Jiji raconte avoir été frappée par les témoignages de réfugiés qu’elle a recueillis :

« On doit effacer une partie de nous-même, celle qui n’intéresse pas les organismes sociaux ou judiciaires. On peut avoir vécu des moments insoutenables, c’est hors sujet. Ce qui importe, c’est la raison de notre présence en France, et quel danger nous a incité à venir demander asile. […] Selma se rend compte que la vérité est accessoire, elle apprend à dire ce qui correspond à la procédure. »

La réalisatrice revendique également une héroïne complexe. « C’est une femme forte et fragile à la fois et j’ai voulu lui rendre sa complexité, ne pas en faire un symbole », explique-t-elle. L’enjeu dépasse la seule obtention de papiers : « Il ne s’agit pas uniquement des papiers et de son fils, il s’agit de vivre et non plus de survivre. »

Bordeaux et l’émancipation féminine

Le tournage s’est déroulé principalement à Bordeaux et dans ses environs, mais également à Arcachon et à Biscarrosse, dans les Landes. Le choix de Bordeaux n’a rien d’anodin. Gaya Jiji souhaitait « tourner dans une ville qui ne soit pas très cosmopolite et confrontée aux enjeux de migrations comme Marseille ou Paris, où Selma aurait vite trouvé ses repères ».

« Je voulais qu’elle soit vraiment isolée et j’ai montré la ville à travers ses yeux, d’abord un peu floue, avec des couleurs pâles. Puis, à mesure qu’elle trouve ses marques, l’image se fait plus nette et les couleurs plus franches. »

Cette évolution accompagne le cheminement intérieur de Selma, dont le parcours est aussi celui d’une émancipation. Si le film aborde la guerre, l’asile ou la culpabilité, il raconte également la possibilité de retrouver le désir et l’amour. « Tout est un combat, pour renouer avec l’amour ou simplement ressentir la possibilité du bonheur », résume la cinéaste, qui voit dans L’Étrangère « un récit d’émancipation féminine ».

Pour Gaya Jiji, devenue elle-même citoyenne française après avoir quitté la Syrie, ce deuxième long métrage est aussi profondément personnel. « Une grande partie » de son histoire nourrit le film, confie-t-elle, rappelant que les rencontres faites en France ont été déterminantes dans sa nouvelle vie. Comme son précédent film, L’Étrangère interroge le déracinement, le désir et la manière dont le corps devient le lieu d’un combat.

Une nouvelle vitrine pour la région

Avec cette sortie en salles, L’Étrangère constitue aussi une nouvelle vitrine pour la filière cinéma de Nouvelle-Aquitaine. Soutenu par ALCA (agence régionale du livre et du cinéma), il a reçu une aide à l’écriture de 15 000 euros en 2019, une aide au développement de 14 000 euros, puis une aide à la production de 180 000 euros accordée par la Région Nouvelle-Aquitaine en 2024 dans le cadre de son fonds de soutien au cinéma.

À ces dispositifs s’ajoutent les soutiens du Département de la Gironde et de Bordeaux Métropole, en partenariat avec le Centre national du cinéma (CNC).

Avant sa sortie nationale, L’Étrangère a été présenté au Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz ainsi qu’aux Rencontres cinématographiques de Limoges.

Written by Walid Salem

Published on 24 juin 2026

article.similars

Hello 👋

Here is the edition of  

Par Jean-Marie Leforestier

Les librairies se portent mal. Victimes qui plus est d'erreurs de gestion, les chaînes Decître et Furet du Nord, ont été placées en redressement judiciaire. Les 600 salarié·es de ces enseignes du groupes Nosoli sont laissé·es dans l'expectative, documente Mediacités. 

Comment nos élu·es tentent-ils de prédire l'avenir ? Next décrypte le travail de la très sérieuse mission prospective du Sénat sur notre rapport à la vérité, à l'heure des "faits alternatifs" trumpiens. 

#Économie #Culture

Le Furet du Nord‐Decitre : le silence des actionnaires inquiète les libraires… et il y a de quoi

Published on 26/06/2026 à 06:28

13 min

Les salariés du groupe de librairies Nosoli, désormais en redressement judiciaire, se plaignent de n’avoir aucun signal des propriétaires, des fonds d’investissement qui se retranchent derrière les décisions à venir du tribunal. Or, les difficultés ne viennent pas seulement de la crise du livre mais aussi de décisions stratégiques qu’ils ont validées. A commencer par celle de financer le rachat de Decitre en endettant le groupe...