Un routard fait sa toilette dans la fontaine des Quinconces (SB/Rue89 Bordeaux)
Les associations de maraude alertent sur une aggravation de la situation des personnes sans abri et réclament des mesures d’urgence pour éviter de nouveaux drames. De son côté, la mairie annonce avoir renforcé ses dispositifs de terrain, alors que l’opposition l’accuse de ne pas déployer des moyens suffisants face à la canicule.
Alors que la métropole bordelaise est toujours en vigilance orange canicule, les associations de maraude s’inquiètent. Dans un communiqué diffusé ce jeudi 27 mai, plusieurs collectifs et structures d’aide aux personnes sans abri dénoncent « une situation sanitaire grave », entre l’augmentation des températures et celle du nombre de personnes vivant à la rue à Bordeaux et son agglomération.
« Nous distribuons actuellement 150 repas au lieu de 120 habituellement », précise Cécilia Fonseca, des Gratuits Gironde Solidarité. Une hausse qui serait, selon elle, la « conséquence de la fin de la trêve hivernale [comme les associations en faisaient l’alerte, NDLR], avec la reprise des expulsions d’un côté et la fermeture des places d’hébergement d’urgence ouvertes durant l’hiver de l’autre ».
« Il y a urgence », écrivent les signataires, qui réclament une réponse immédiate des pouvoirs publics face aux risques liés aux fortes chaleurs. Selon eux, « l’été tue autant que l’hiver » et la chaleur représente « une menace sanitaire immédiate » pour les personnes les plus vulnérables.
Plus de personnes vivant à la rue
Les associations s’appuient notamment sur les données de Santé publique France, qui a estimé à 3 711 le nombre de décès attribuables à la chaleur durant l’été 2024, et à plus de 5 000 en 2023. La chaleur peut provoquer « déshydratation, coups de chaleur, aggravation des pathologies chroniques, malaise » et conduire « à la mort en quelques heures chez les personnes isolées, âgées, malades ou sans abri ».
Les maraudes évoquent également plusieurs décès récents observés dans un contexte de fortes températures. Leur communiqué cite « deux morts signalés lors de l’épisode de chaleur de juin 2025 » ainsi que « plusieurs morts rapportés fin mai 2026 dans un contexte de chaleur précoce et exceptionnelle ». Il évoque aussi « la mort du SDF mort noyé dans le lac de Bègles dimanche dernier » en voulant sauver son chien.
Sur le terrain, les bénévoles disent constater « une augmentation préoccupante du nombre de personnes vivant à la rue ». Selon eux, la hausse du nombre de bénéficiaires rencontrés pendant les maraudes, combinée à l’intensification des températures, rend les conditions de vie « encore plus éprouvantes ».
La chaleur accentuerait aussi les tensions autour des distributions alimentaires et dans les campements, tout en compliquant l’organisation des maraudes.
« Il ne s’agit plus seulement d’une question d’assistance sociale : c’est une question de protection de la vie humaine », insistent les signataires.
Des mesures déclenchées par la mairie
La veille, mercredi 26 mai, la Ville de Bordeaux a déclenché plusieurs mesures dans le cadre du passage en vigilance orange canicule de la ville, comme de toute la Gironde, par Météo-France.
« Les services de la Ville et du CCAS de Bordeaux sont mobilisés pendant toute cette période pour accompagner au mieux les personnes fragiles et les plus vulnérables, notamment les enfants, les seniors et les personnes vivant à la rue ou dans les bidonvilles », écrit la mairie dans un communiqué.
Elle indique notamment que les équipes du CCAS et les médiateurs « renforcent leur présence dans l’espace public et intensifient les maraudes ». Des distributions d’eau sont organisées à la halte de jour Stalingrad et Gabriel Pery, tandis que plusieurs sites identifiés comme prioritaires ont bénéficié d’approvisionnements directs en eau en raison d’un accès insuffisant aux points d’eau.
La municipalité annonce également des distributions de gourdes pour permettre aux personnes à la rue d’utiliser le réseau de fontaines de la ville. L’accès aux douches Bubble Box, place de la République, est proposé de 17 heures à 20 heures en partenariat avec l’association Les Gratuits.
Parallèlement, afin de permettre aux habitants de bénéficier d’espaces plus frais, plusieurs parcs bordelais voient leurs horaires étendus – jusqu’à 23h pour le jardin public, 22h pour le parc bordelais, le jardin de la Béchade, le jardin des Dames de la foi et le jardin botanique. Certaines piscines municipales ferment également plus tard pendant l’épisode de chaleur.

« Prévenir les drames à venir »
Ces annonces ne sont toutefois pas suffisantes pour les élus des groupes d’opposition « Écologie et Solidarité » et « Bordeaux avenir écologique et solidaire ». Dans un communiqué, ils demandent à Thomas Cazenave l’ouverture « d’un lieu pour les sans-abris » en cas de canicule, comme l’avait fait la précédente majorité municipale dont ils faisaient partie, et de nouvelles douches.
Ils appellent également à « amplifier les moyens de préparation et de réaction face aux vagues de chaleur qui s’intensifient avec le changement climatique et qui commencent de plus en plus tôt ».
De leur côté, les associations demandent « l’ouverture sans délai d’un échange opérationnel avec la Préfecture, les services de l’État, les collectivités et l’ensemble des institutions concernées ». Elles souhaitent connaître « précisément les mesures d’urgence prévues » pour faire face à la situation.
Parmi les mesures réclamées figurent notamment « la mobilisation renforcée de lieux de mise à l’abri, d’accès à l’eau, de distribution de matériel de prévention, d’équipes mobiles supplémentaires, de dispositifs d’orientation médicale » ainsi que des réponses adaptées « aux femmes et aux personnes les plus fragiles ».
Les maraudes métropolitaines demandent enfin que « soient clarifiées, publiquement et rapidement, les actions d’urgence engagées pour prévenir les drames à venir ». « Face à la chaleur extrême, l’inaction se paie en vies humaines », conclut le communiqué.
