Jean-Luc Mélenchon lors des Amfis, les universités d’été de La France Insoumise (LFI), à Châteauneuf-sur-Isère, le 23 août 2026.
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Écologistes : le parti tiraillé, Marine Tondelier rêve de liberté Sortir de la zone de confortEn mode rouleau compresseur. À entendre les insoumis, rien ne pourra les arrêter. « La campagne est presque trop rapide. On a l’impression d’être déjà dans l’entre-deux-tours », concède le député Aurélien Taché. Depuis Châteauneuf-sur-Isère, où se tiennent les universités d’été de La France insoumise (LFI) du 20 au 23 août, les stratèges de Jean-Luc Mélenchon se régalent des derniers sondages qu’ils exècrent pourtant. À huit mois du premier tour, ils voient leur candidat à 15, 16 voire 17 %. Déjà. Paul Vannier, le « Monsieur élections » du mouvement, se mue en prophète : « Vous allez voir qu’ils vont bientôt nous mettre bien plus haut que ça. »
Maintenant, la question est : “Comment Jean-Luc Mélenchon va gouverner ?”
M. Bompard
Certains se lancent même sur les premières décisions de Jean-Luc Mélenchon à l’Élysée : une dissolution, des décrets pour augmenter le Smic et abroger la réforme des retraites, un projet de loi de finances rectificative… « Il y a quelques mois, on en était à : “Est-ce que Jean-Luc Mélenchon peut se qualifier au second tour ?” Maintenant, la question est : “Comment Jean-Luc Mélenchon va gouverner ?” On avance vite », se réjouit Manuel Bompard, coordinateur de LFI.
Même l’ambitieux banquier d’affaires Matthieu Pigasse lui promet une victoire finale. « On va gagner en 2027 », glisse le propriétaire des Inrocks et de Radio Nova, venu discuter face au fidèle lieutenant insoumis. Et les sondages de second tour ? Une autre histoire. « Ils sont faits pour nous affaiblir », balaie Paul Vannier. Ils en sont convaincus : leur candidat bénéficiera de la magie du front républicain. De son côté, Ugo Bernalicis n’hésite pas à partager une vieille petite théorie politique. « La force va à la force, dit le député du Nord. Mais on n’a pas d’excès de confiance, il faut réussir chaque étape et on va avoir une discipline collective. »
Occuper le terrain
Les étapes, toutes les huiles mélenchonistes les ont en tête. À la rentrée, leurs livrets programmatiques seront publiés. Un par semaine. Début novembre, l’ultime réactualisation de leur sacro-saint programme, l’Avenir en commun, se retrouvera en librairie. Les derniers arbitrages sont en train d’être tranchés par Jean-Luc Mélenchon et sa garde rapprochée. En parallèle, les têtes pensantes du mouvement planchent sur des plans d’investissements productifs dans toutes les filières stratégiques. Objectif : inonder idéologiquement la campagne. Dès mi-septembre, les députés du mouvement enchaîneront les meetings dans leur circonscription. Manière d’occuper le terrain et de montrer que le collectif insoumis existe au-delà de leur candidat. L’effervescence permanente.
On aura un déploiement que personne ne pourra concurrencer.
P. Vannier
« On aura un déploiement que personne ne pourra concurrencer », promet Paul Vannier. Plus de vingt meetings par semaine partout en France. Une réunion publique par département. Rien que ça. « On sait gérer une montée en puissance », assure la députée du Rhône Anaïs Belouassa-Cherifi, qui pilotera ces réunions publiques dans le pays. Et une fois leur programme publié, les insoumis organiseront une grande convention. Après le grand meeting de Saint-Denis le 7 juin, l’événement pourrait être une nouvelle démonstration de force. Le lieu est tenu secret.
En attendant, les stratèges de la campagne déroulent le plan du candidat. Le 27 août, Mélenchon débattra face à Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann, Marine Tondelier et Marine Le Pen dans l’enceinte du Philippe-Chatrier, à Roland-Garros, pour les universités d’été du Medef. En septembre, la grande braderie de Lille et la Fête de l’Huma sont inscrites à son agenda. Et le 11 octobre, il tiendra un grand meeting à Clermont-Ferrand. Le lendemain du premier meeting de Gabriel Attal à Lyon.
Tout est calculé. « Et on verra qui gagne », défie Vannier. Désormais, Jean-Luc Mélenchon et les siens veulent installer le match face aux prétendants au trône. Gabriel Attal, Édouard Philippe ou Marine Le Pen… « On va faire une campagne de premier tour où on décroche des droites et des gauches à cet espace, anticipe Aurélien Taché. Le reste, ce n’est pas vraiment important. » En clair, ils ne comptent pas vraiment passer leur temps à commenter la course de petits chevaux à gauche.
« Après l’heure, ce ne sera plus l’heure »
Raphaël Glucksmann ? « Nous, on veut gagner une élection présidentielle. Lui veut gagner un congrès. On n’est pas sur le même terrain », lâche Bompard. Pas question non plus de s’attarder sur d’éternelles négociations concernant un éventuel rassemblement de la gauche. Malgré la tentation de certains écologistes. « Si certains veulent participer à la campagne de Jean-Luc Mélenchon, on est capables de discuter du programme, d’une équipe gouvernementale, admet Bompard. On est ouverts. Mais on ne va pas aller dans des palabres qui peuvent durer des mois. »
Dans l’appareil écolo, les lignes bougent. Ils sont d’ailleurs nombreux à avoir quitté les terres grenobloises, où se tiennent les journées d’été des Écologistes, pour se ramener à la rentrée insoumise : Cyrielle Chatelain, Léa Balage El Mariky, Boris Tavernier, Marie Pochon, Sabrina Sebaihi, Benoît Biteau, Karima Delli… Mais le temps presse. Les insoumis se disent prêts à débattre de certains points programmatiques, y compris l’Europe, une question fondamentale pour les Verts. Mais ils ne veulent pas remettre en cause leur candidat. Ils optent pour un ralliement en bonne et due forme et ne se satisferont pas de quelques débauchages.
On a un calendrier de campagne et on compte le dérouler.
C. Guetté
« Soit ils comprennent le rapport de force et ils intègrent notre dynamique, soit on continue notre chemin, expose Ugo Bernalicis. Ce qui m’inquiète, c’est qu’ils nous rejoignent dans des conditions étranges, cela peut démobiliser les gens. Les Français ont besoin de clarté. » En réalité, les marges de manœuvre des écolos sont maigres. Et les insoumis ne s’en cachent pas. Si les Verts souhaitent ouvrir des discussions, ils doivent accélérer. Et vite. Car le manuscrit du programme de Jean-Luc Mélenchon doit être rendu à la fin du mois de septembre pour être publié dans les temps. « On a un calendrier de campagne et on compte le dérouler », prévient Clémence Guetté, chargée du programme insoumis.
Pour les mélenchonistes, Marine Tondelier, la patronne des Écologistes, tergiverse trop. Parie-t-elle sur une victoire d’Olivier Faure lors de la primaire social-démocrate pour s’allier avec lui ? « Elle paralyse son organisation, selon Paul Vannier. À un moment donné, on passera à autre chose. » Moins raide, Manuel Bompard est conscient du dilemme posé aux écolos : « Est-ce que les écologistes ont envie de participer à une dynamique puissante autour de notre candidature ? Est-ce qu’il s’agit d’ajouter une candidature supplémentaire ? Ou veulent-ils rallier un Parti socialiste en phase de “réhollandisation” express ? »
La députée écolo Léa Balage El Mariky refuse de céder. « Les écolos veulent rester libres du moment et du choix de leur décision, martèle celle qui est aussi porte-parole de Marine Tondelier. Il n’y a pas de coup de pression ou de claquage de porte qui viendra forcer notre décision. » Clémence Guetté informe tout ce petit monde : « Après l’heure, ce ne sera plus l’heure. » L’OPA a donc une date de péremption.