Strasbourg, ville respirable, possible ou impossible ?
La majorité à l’Eurométropole de Strasbourg assure que la zone à faibles émissions n’a jamais disparu. Les véhicules Crit’Air 3 seront bien interdits à partir du 1er janvier 2027. Pourtant, plus de 43 000 véhicules restent concernés et les élus débutent à peine une nouvelle phase de concertation. Comme si le compte à rebours n’avait pas commencé.
La zone à faibles émissions (ZFE) n’a pas disparu. C’est le message qu’a tenu à faire passer l’exécutif de l’Eurométropole lors du conseil métropolitain du 29 mai. Alors que le dispositif a été d’abord annulé par l’Assemblée nationale, puis maintenu par le Conseil Constitutionnel ces derniers mois, l’interdiction des véhicules Crit’Air 3 dans l’agglomération est toujours prévue pour le 1er janvier 2027. Une échéance qui concerne encore plus de 43 000 véhicules sur le territoire.
« Certains ont pensé que les ZFE étaient abandonnées ou suspendues, mais ce n’est pas le cas », a déclaré Thibaud Philipps, premier vice-président (Les Républicains) de l’Eurométropole et maire d’Illkirch-Graffenstaden. « La ZFE de l’Eurométropole de Strasbourg est bien en vigueur. C’est un projet voté et délibéré par cette assemblée. »
Initialement prévue pour le 1er janvier 2025, l’interdiction des Crit’Air 3 avait été repoussée de deux ans après l’amélioration de la qualité de l’air observée en 2023. Puis est venue la remise en cause des ZFE, alimentant l’idée que Strasbourg pourrait également revoir ses objectifs. La nouvelle présidente de l’Eurométropole et maire socialiste de Strasbourg, Catherine Trautmann, a elle-même qualifié le sujet de « serpent de mer » en ouverture des débats.
« Certains pensaient que la ZFE était suspendue »
Mais pour l’exécutif métropolitain, le maintien de la ZFE repose avant tout sur des considérations sanitaires. « C’est une question de santé publique sur laquelle il faut qu’on soit extrêmement collectif », a insisté Thibaud Philipps.
Les données présentées dans le bilan 2025 de l’Agence d’urbanisme de Strasbourg (Adeus) montrent bien une amélioration de la qualité de l’air. Depuis 2023, les concentrations de dioxyde d’azote sont repassées sous les seuils réglementaires. « Mais sur les valeurs limites 2030, on a encore un certain nombre d’habitants concernés », souligne Thibaud Philipps.
43 000 véhicules encore dans le viseur
Si le principe de l’interdiction est réaffirmé, les chiffres présentés au conseil montrent l’ampleur du défi à relever d’ici la nouvelle année. Selon l’Adeus, les véhicules Crit’Air 3 représentent encore 15 % du parc automobile de l’Eurométropole. L’agence d’urbanisme souligne d’ailleurs que le renouvellement du parc est « en retard » par rapport au calendrier de la ZFE.
Thibaud Philipps a également insisté sur la dimension sociale du dossier, lors du conseil de l’Eurométropole. « Dans des quartiers prioritaires de la ville et dans certaines communes de première couronne aux populations fragiles, on est à plus de 22 % de véhicules Crit’Air 3, 4 et non classés », a-t-il expliqué.
Le prochain défi s’appelle Crit’Air 2
Une enveloppe de 50 millions d’euros avait été annoncée au lancement du dispositif. Environ 35 millions étaient directement fléchés pour des aides à la transition. À ce jour, près de 25 millions d’euros ont été distribués, selon l’Eurométropole. Au total, environ 7 000 aides ont été accordées aux ménages.
Des chiffres importants, mais qui illustrent également l’écart entre le nombre de bénéficiaires accompagnés et les 43 000 véhicules Crit’Air 3 encore recensés dans l’Eurométropole. « La ZFE permet aussi d’adosser des aides. Il ne faut pas la remettre en cause », a estimé Thibaud Philipps.
Ne pas la remettre en cause, car derrière l’échéance de 2027 se profile déjà celle des Crit’Air 2. Selon les chiffres présentés par l’exécutif, près de 100 000 véhicules appartenant à cette catégorie circulent encore dans l’Eurométropole. Leur interdiction n’est aujourd’hui prévue que dans quatre communes au 1er janvier 2028 : Strasbourg, Schiltigheim, Ostwald et Holtzheim.
À six mois de l’échéance, les élus ouvrent une nouvelle concertation
L’exécutif métropolitain métropolitain annonce une « nouvelle méthodologie de travail », présentée comme plus « participative » et plus « collective » et travailler avec les communes de l’Eurométropole et les intercommunalités voisines afin de construire une réflexion à l’échelle du Bas-Rhin. Le Scoters (Schéma de cohérence territorial de la région de Strasbourg) pourrait être mobilisé.
Une conférence des maires est prévue le 1er juillet afin d’échanger sur l’avenir du dispositif et ses modalités d’application. « Il faut pouvoir remettre l’ouvrage sur le métier », reconnait Thibaud Philipps, ce qui interroge si la ZFE « n’a jamais disparu ». Membre du même parti, mais dans l’opposition, Jean-Philippe Maurer (LR) a d’ailleurs mis en garde contre « l’émotion massive » qui pourrait accompagner l’application de l’interdiction des Crit’Air 3 dès 2027.
Des contrôles toujours pas au point
Dernière question dont il a finalement peu été question pendant les débats : celle du contrôle. Aujourd’hui, aucun système automatisé n’est déployé pour vérifier le Crit’Air des véhicules circulant dans la ZFE. Dans son bilan de 2025, l’Adeus estime pourtant que la question du contrôle effectif deviendra centrale si le calendrier est maintenu.
Ce paradoxe contribue sans doute à expliquer la tonalité du débat. Comme si une partie des acteurs politiques savait qu’une règle, même votée, n’a pas la même portée lorsqu’elle n’est pas contrôlée. L’amende pour la circulation d’un véhicule dans une zone dont ce véhicule devrait être exclu est en théorie de 68 euros.