L’Assemblée nationale a adopté la loi sur l’aide à mourir à une courte majorité.
L’Assemblée nationale a voté pour l’instauration d’un droit au suicide assisté pour les malades atteints d’affections « graves et incurables ». Le texte est passé avec les voix de la gauche, malgré la mobilisation de collectifs contre la discrimination des personnes handicapées.
Les députés ont validé la loi donnant droit à l’aide à mourir jeudi 15 juillet, pour les personnes atteintes de maladies « graves et incurables » et dont la « souffrance physique ou psychologique » est constante. Avant d’accepter l’administration d’un produit létal, les médecins devront s’assurer que les patients ont aussi eu accès à une solution de soins palliatifs, que leur affection « engage le pronostic vital en phase avancée ou terminale » et que leur discernement n’est pas « gravement altéré ». Ces dispositions ont convaincu une faible majorité de parlementaires (291 ont voté pour, 241 se sont prononcés contre).
À quelques exceptions près, la droite et l’extrême droite s’y sont opposées. Le texte a été adopté avec les voix du centre et de la gauche. Les député·es avaient pourtant été alerté·es par le Front de gauche anti-validiste, qui lutte contre les discriminations des personnes handicapées. Pour celui-ci, c’est d’abord les manquements des politiques sociales et sanitaires qui créent les conditions pour que des personnes ne voient plus que la mort comme solution.
Collectifs de gauche opposés à la loi
« Aujourd’hui, plus d’une personne sur deux ayant besoin de soins palliatifs n’y a pas accès », regrette le collectif anti-validiste Strasbourg sur Instagram :
« Ce texte est dangereux dans une société capitaliste et validiste. Il entre en contradiction frontale avec les politiques de prévention du suicide. La mort administrée coûtera toujours moins cher que des lits, des soignants et des aides humaines. Nous voyons des camarades que le manque de soins et d’accessibilité épuise à petit feu, au point d’envisager la mort. Voilà ce que cette loi viendra “accompagner”. Cette politique est un eugénisme qui ne dit pas son nom. »
La loi doit encore être validée par le Conseil constitutionnel et ses décrets d’application doivent être rédigés avant qu’elle puisse être effective. En 2023, le principe de l’aide à mourir avait été voté à 75% par une convention qui avait réuni 184 citoyennes et citoyens tirés au sort. Ils n’ont pas été sélectionnés en fonction de leur état de santé ou de leur expérience personnelle de la fin de vie. Leur volonté était notamment de donner une réponse aux « limites de la sédation profonde et continue ». La convention a cependant aussi insisté sur la nécessité d’améliorer les conditions de la fin de vie, en assurant « l’accompagnement à domicile, la formation des professionnels de santé, l’accès aux soins palliatifs et la recherche pour prendre en charge la souffrance ».